Univ.of Toronto

llBRARY

I

REVUE

DES

ÉTUDES RABELAISIENNES

/

.^

I (

k

REVUE

DES

ÉTUDES RABELAISIENNES

PUBLICATION TRIMESTRIELLE

CONSACRÉE

A RABELAIS ET A SON TEMPS TOME VIII 1910

-1%

PARIS HONORÉ CHAMPION

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES RABELAISIENNES

3, QUAI MALAQUAIS

I9IO

?Q

SOCIETE

DES ÉTUDES RABELAISIENNES

STATUTS.

Article premier.

La Société des Études rabelaisiennes a pour but l'étude de Rabelais et de son temps, ainsi que la publication de docu- ments et de travaux relatifs au même sujet.

Elle pourra former des collections et organiser des excur- sions offrant un intérêt pour ses études.

Elle s'interdit toute discussion qui aurait trait à des questions actuelles politiques ou religieuses.

Art. 2. Le siège de la Société est à Paris.

Art. 3.

La Société se compose des personnes dont l'admission aura été prononcée dans les formes suivantes :

Les candidats devront adhérer aux statuts de la Société et être présentés par deux membres. Si le Bureau agrée la demande d'admission, celle-ci sera portée à l'ordre du jour de la plus prochaine séance de la Société et devra réunir la majorité absolue des voix des membres présents.

Art. 4.

La Société se réunit au moins six fois par an.

Outre ces séances, consacrées aux travaux ordinaires, elle tient, au mois de janvier, une assemblée générale annuelle, qui entend les rapports du président et du trésorier, approuve les comptes et nomme les membres du Conseil.

II STATUTS.

Une assemblée générale extraordinaire peut être convoquée par le Conseil toutes les fois que des circonstances exception- nelles l'exigent.

Art. 5.

Le Conseil de la Société, composé de vingt membres, est renouvelable par quart tous les ans. Les membres sortants sont désignés par le sort.

Le Conseil choisit dans son sein le bureau et les com- missions.

Le Bureau est nommé au scrutin secret, à la majorité abso- lue des membres présents. En cas d'égalité de suffrages, le plus âgé des candidats est élu.

La Commission de publication se compose de trois membres, nommés chaque année et rééligibles, auxquels sont adjoints de droit le président et le secrétaire de la Société. Ses déci- sions sont souveraines. D'autres commissions pourront être créées ultérieurement.

Art. 6.

Le Bureau comprend un président, deux vice-présidents, un secrétaire, un secrétaire-adjoint, un trésorier.

Les membres du Bureau sont nommés pour un an. Ils ne sont rééligibles dans la même fonction qu'une année après l'expiration de leur mandat, sauf le président, les secrétaires et le trésorier, qui peuvent toujours être réélus.

Le Bureau est investi des pouvoirs les plus étendus pour la gestion de la Société.

Art. 7.

Les ressources de la Société se composent :

10 Des cotisations de ses membres, fixées à dix francs par an, et rachetables moyennant un versement minimum de cent cinquante francs;

20 Du produit de la vente de ses publications;

30 Des dons qui lui seraient faits;

40 Du revenu de ses biens et valeurs de toute nature.

Art. 8. Toute proposition portant modification aux statuts sera

STATUTS. JII

rédigée par écrit, signée par cinq sociétaires au minimum et adressée au Bureau, qui décidera s'il convient d'y donner suite. En cas d'avis favorable, la proposition sera mise à l'ordre du jour de l'assemblée générale annuelle du mois de janvier, et, pour être adoptée, devra réunir les trois quarts des voix des membres présents.

Art. g.

La Société ne peut être dissoute que dans une assemblée générale comprenant au moins les deux tiers des membres ayant acquitté leur cotisation.

Dans le cas la dissolution serait votée, la même assem- blée décidera du sort de l'actif.

Art. 10.

Un règlement d'ordre intérieur pourra être rédigé par le Conseil.

LISTE DES MEMBRES'.

Agache (Alfred), artiste-peintre; rue Weber, 14.

Albarel (D' p.) ; à Névian (Aude).

Andrews (C); Elmwood ave- nue, 52, à Belfast (Ireland).

Angellier (Auguste), ancien doyen de la Faculté des lettres de Lille, maître de conférences à l'Ecole normale supérieure; rue de la Barouillère, 5.

Arconati Visconti (Marquise); rue Barbet-de-Jouy, 16.

Ataneo cientifico, literario y ARTisTico; calle del Prado, à Madrid (Espagne).

AuBRY (H.); rue de Hambourg, 14.

Backer (Hector de), ingénieur; rue de la Révolution, i, à Bruxelles.

Baer, libraire; Hochstrasse, 6, à Frankfurt-am-Main (Alle- magne).

Baist (G.), professeur à l'Univer- sité de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne).

Bamann (Otto), Dr. Phil., pro- fesseur à la .Maria Theresia Realschule; à Straubing (Ba- vière).

Barante (Baron Claude de); rue du Général-Foy, 22.

Barat (Julien); passage Stanis- las, 2.

Barbier fils (Paul); Yorkshire Collège, Leeds (Angleterre).

Baudrier (Julien), C; rue Belle- cour, 3, à Lyon.

Baur (Albert), professeur au Gym- nase de Zurich; Forchstrasse, 144, à Zurich (Suisse).

Beaurain (Georges); à Hornoy (Somme).

BÉDiER (Joseph), professeur au Collège de France; rue Souf-

flot, II.

Behrend (Adolf), libraire-éditeur ; Unter den Linden, i3, à Berlin.

Behrens (D.), professeur à l'Uni- versité de Giessen (Allemagne).

Beltrand (Jacques), graveur; boulevard Pasteur, 6g.

Berge (Jules), propriétaire ; rue de la Victoire, 60.

Bernés (Henri), membre perpé- tuel, professeur au lycée Laka- nal, membre du Conseil supé- rieur de l'Instruction publique; boulevard Saint-Michel, 127.

Besançon (Henry), directeur des Écoles; à Aigle (Vaud, Suisse).

I. L'initiale C. signifie : membre du Conseil. Les adresses non suivies d'un nom de ville sont celles des membres habitant Paris. Nous prions instamment ceux des sociétaires dont l'adresse ou les titres appelleraient quelque changement de vouloir bien en aviser le secrétaire de la Société, M. Jacques Boulenger, 71, rue du Conné- table, à Chantilly (Oise).

LISTE DES MEMBRES.

BÉTHUNE (Baron François); rue de Bériot, 36, à Louvain (Bel- gique).

Bibliothèque des Archives na- tionales.

Bibliothèque de la ville de Be- sançon (Doubs).

Bibliothèque de la ville de Blois (Loir-et-Cher).

Bibliothèque de la ville de Çhi- NON (Indre-et-Loire).

Bibliothèque du Collège de France.

Bibliothèque royale de Copen- hague (Danemark).

Bibliothèque de l'Université de Dijon.

[Bibliothèque royale de Dresde] Kônigliche ôft'entliche Biblio- thek (Allemagne).

Biblioteca nazionale centrale à FiRENZE (Italie).

[Bibliothèque] Freiherrl. Cari von Rothschildsche ôft'en- tliche Bibliothek ; Frankfurt a. M. (Allemagne).

Bibliothèque publique de la ville de Genève (Suisse).

Bibliothèque de I'Institut de France.

Bibliothèque de l'Université de Leipzig [Twietmeyer corres- pondant].

Bibliothèque Mazarine.

Bibliothèque de la ville de Mont- pellier.

Bibliothèque du Musée Condé ;

à Chantilly (Oise). Bibliothèque publique de la ville de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Bibliothèque publique de la ville

de Niort (Deux-Sèvres). Bibliothèque de la ville d'OR-

LÉANS.

Bibliothèque de I'Université de Paris.

Bibliothcca Alessandrina, R. Uni- versité; à Rome (Italie).

Bibliothèque Sainte-Geneviève.

Bibliothèque impériale publique de Saint-Pétersbourg (Russie) [M. N. Likhatscheft", conserva- teur].

[Bibliothèque de Strasbourg] Kais. Universitats- und Lan- desbibliothek (Allemagne).

Bibliothèque de l'Université de Toronto (Canada).

Bibliothèque de l'Université royale d'UpsAL (Suède).

Bibliothèque historique de la Ville de Paris.

Bibliothèque de l'Université de Vienne.

BiLiBiNE (M"" Véra); rue Pail- let, 4.

Blanchard (D' R.), professeur à la Faculté de médecine, membre de l'Académie de médecine; boulevard Saint-Germain, 226.

Blum (Léon), homme de lettres; boulevard Montparnasse, 126.

BocHÉ; rue de Grenelle, ii3.

Bogeng (G.-A.-Erich), Stud. jur. et cam., membre de la « Ge- sellschaft der Bibliophilen » ; Martin Lutherstrasse, 74, à Ber- lin (Allemagne).

BoNZON (D'); rue de Berlin, i3.

Bos (D'); cours Lieutaud, 52, à

Marseille (Bouches-du-Rhône).

BouLAY de la Meurthe (Comte

Alfred), ancien président de la

Société archéologique de Tou-

raine; rue de l'Université, 23.

BouLENGER(Hippolyte); rue Frey-

cinet, 26. Boulenger (Jacques), archiviste- paléographe, sous-bibliothé-

LISTE DES MEMBRES.

VII

Caire à la bibliothèque Sainte- Geneviève, secrétaire ; rue du Connétable, 71, à Chantilly (Oise).

BouLENGER (Marcel), homme de lettres; même adresse.

Bourgeois (Achille-F.), agrégé de l'Université; rue Jeanne-d'Arc, 17, à Nîmes (Gard).

BouRRiLLY (V.-L.), professeur au lycée de Marseille (Bouches- du-Rhône).

BouTET DE MoNVEL (Rogcr), bi- bliothécaire de l'Imprimerie nationale; rue de Sèvres, 16.

BouTiNEAu (D' Ém.); rue de l'Aima, 73, à Tours (Indre-et- Loire).

Bouvier (Bernard), recteur à l'Université de Genève; rue Charles-Bonnet, 4, à Genève.

BovET (E.), professeur à l'Uni- versité de Zurich ; Bergstrasse, 2g, à Zurich.

BoYLESVE (René), homme de let- tres; rue des Vignes, 27.

BoYSEN, libraire; à Hambourg (Allemagne).

Bréal (iMichel), membre de llns- titut; boulevard Saint-Michel, 87.

Bredan (M"° Berthie), institu- trice; Mullerstrasse, 3, à Wies- baden (Allemagne).

Brette (Armand); rue Guéroux, 33, à Picrrefitte - sur - Seine (Seine).

Brockhaus, libraire; rue Bona- parte, 17 [double souscription].

Brunot (F.), professeur à l'Uni- versité de Paris; rue Lene- veux, 8.

Bruzon (D'); rue Claude-Ber- nard, 79.

Bunau-Varilla (J.), licencié es lettres, membre perpétuel; ave- nue du Trocadéro, 22.

Cahen (Albert), inspecteur d'Aca- démie; rue Condorcet, 33.

Cardot (Philippe), docteur en droit; rue Saint-Sulpice, 18.

Carry (D^); rue de l'Hôtel-de- Ville, 54, à Lyon.

Casanova (Paul), professeur au Collège de France; rue de Rennes, 63.

Gavasse (D'^ Alfred); villa des Bleuets, Le Cannet (Alpes- Maritimes).

Chambard-Hénon (D'' E.); cours Morand, 4.3, à Lyon.

Champion (Edouard), homme de lettres, libraire-éditeur; quai Malaquais, 5.

Champion (Pierre), archiviste-pa- léographe ; rue Michelet, 4.

Chaumier (Etienne), greffier du tribunal civil de Chinon (In- dre-et-Loire).

Claretie (Jules), de l'Académie française, administrateur géné- ral de la Comédie-Française; boulevard Haussmann, i53.

Clément (Louis), chargé de cours à la Faculté des Lettres; rue Brûle-Maison, 108, à Lille.

Clouzot (Etienne), archiviste- paléographe, attaché à la bi- bliothèque de la ville de Paris ; rue des Vignes, 39.

Clouzot (H.), conservateur de la bibliothèque Forney, tréso- rier; rue Titon, 12.

Cohen (Gustave), rue Sévéro, 3.

CoLLOMP (Paul), professeur au

Lycée de Brest. Comber (H. G.); Pembroke Col- lège, à Cambridge (Angleterre).

VIII

LISTE DES MEMBRES.

CoNARD (Louis), libraire; boule- vard de la Madeleine, 17.

CoRoi (Jean); rue de Commail- Ic, 8.

CoRTADA (Alexandre); avenue de Messine, 17.

CouDERc (Camille), archiviste- paléographe, conservateur-ad- joint au département des ma- nuscrits de la Bibliothèque nationale; rue de Harlay, 20.

CouET (Jules), archiviste de la Comédie française; rue Le- conte-de-Lisle, 14.

Courbet (Ernest), receveur mu- nicipal-trésorier de la ville de Paris; rue de Lille, i.

CoLRCEL (Valentin de); rue de Vaugirard, 20.

Couturier (Paul), directeur ho- noraire au ministère de la Guerre; avenue de Villiers, 88.

Cusenier (Elisée), industriel; boulevard Voltaire, 226.

Dassy de Ligniêres (D'); boule- vard Péreire, 46.

Daupeley (Paul), imprimeur; à Nogent-le-Rotrou (Eure-et- Loir).

Dauze (Pierre), rédacteur en chef de la Revue biblio-iconogra- phique ; boulevard Malesher- bes, 10.

Delacour (Th.), trésorier de la Société botanique de France ; rue de la Faisanderie, 94.

Delmas, archiviste départemen- tal; à Tours (Indre-et-Loire).

Detken et RocHOLL, libraires; à Naples.

DoRNis (Jean); rue des Mathu- rins, 34.

Dorveal'x (D' Paul;, bibliothé- caire de l'Ecole supérieure de

pharmacie, C; avenue d'Or- léans, 58.

Dreyfus (Alfred); boulevard Ma- lesherbes, loi.

Driesen (Otto), Dr. Phil.; Giese- brechstrasse, 6, à Charlotten- burg (Allemagne).

Drujon, chef de division hono- raire à la Préfecture de police; à Saint-Médard-en-Jalles, près Bordeaux (Gironde).

Du Bos (Maurice), homme de lettres, trésorier-adjoint ; rue Saint-Sauveur, 26.

DuFOUR (Théophile), directeur honoraire des archives et de la bibliothèque de Genève, C; route de Florissant, 6, à Ge- nève (Suisse).

Dugas; rue Gay-Lussac, 68.

Dulau et C", libraires ; à Londres [double souscription].

Dupont-Ferrier (G.), docteur es lettres; rue du Sommerard, 2.

DupuY (Ernest), inspecteur géné- ral de l'Instruction publique ; avenue du Parc-de-Montsou- ris, 2.

DuREAU (André); rue de Vaugi- rard, 41.

DuREL (A.), libraire-expert; rue de l'Ancienne-Comédie, 21.

Éguilles (Marquis d) ; rue d'A- lençon, 7.

Endres (Joseph); assistant alle- mand au Collège Henri IV.

Fabre; à Gaspari, par Lésignan (Aude).

Fabre (Albert), conseiller à la Cour d'appel; avenue de l'Ob- servatoire, 18.

Fallières (André), avocat à la Cour d'appel; rue de La Boé- tie, 53.

LISTE DES MEMBRES.

IX

Fanet (Maurice) ; quai de la Mé- gisserie, 14.

Faucillon (D"' E.); quai Charles- VII, à Chinon (Indre-et-Loire).

Ferlov (Knud); Pilestrâde, 40, à Copenhague (Danemark).

FicKER, libraire; rue Bonaparte, 86.

FiLHO (D' Thomas Alves); Cam- pinas, estado de S. Paulo (Brésil).

Flaction (D'F.); les Jordits, 24, à Yverdon (Vaud, Suisse).

Fletcher (Jefferson B.); Colum- bia Universiry, New-York City (États-Unis).

FociLLON , ancien membre de l'Ecole française de Rome; pro- fesseur au Lycée de Bourges (Cher).

FouRNiER (Benjamin); rue Ho- che, 22, à Chinon (Indre-et- Loire).

Fox (W. H.); Crown Court, 62, Old Broad Street, London E. C.

France (Anatole), de l'Académie française; villa Saïd, 5.

Franz, libraire; Hermann Lu- kaschik Perusastrasse,4, à Mu- nich (Allemagne).

Frautzen (J.-J.-A.-A.), professeur à l'Université d'Utrecht; Oud- wijkerlaan, 4, à Utrecht.

Froussard (D') ; rue Cardinct, 55.

Furcy-Raynaud (Marc), attaché à la Bibliothèque de l'Arsenal; avenue des Champs-Elysées, 120.

trinastraat, 7, à Amsterdam (Hollande).

Galle (Léon); rue du Plat, 2, à Lyon.

Gambier (Gabriel), notaire; à Fontenay-le-Comte (Vendée).

Gaudier (Charles), professeur au Lycée; rue Libergier, 75, à Reims.

Geuthner (Paul), libraire; rue de Buci, 10.

Girard (Paul-Frédéric), profes- seur à la Faculté de droit; avenue des Ternes, 70.

Giraud-Mangin (Marcel), conser- vateur-adjoint de la biblio- thèque de la ville de Nantes; rue Prémion, 9, à Nantes.

Godet (Marcel), conservateur de la Bibliothèque et des Musées, rue des Rapporteurs, 8, à Ab- beville (Somme).

Goetz (Ernst), fabricant; Ferdi- nand Roderstrasse, 10, à Leip- zig (Allemagne).

GoMBAULT, directeur de l'Enre- gistrement; rue de Bonneval, 1 1 bis, à Chartres (Eure-et-Loir).

Gonse (Louis); boulevard Saint- Germain, 205.

Greban (Raymond), notaire; à Saint-Germain-en-Laye (Seinc- et-Oise).

Grimaud (Henri), membre de la Société archéologique de Tou- raine, C; rue de l'Aima, ii5.

Groisard; avenue de Breteuil, i5.

Grosset (D' e.); à Ligré, par Chinon (Indre-et-Loire).

Gaidoz (Henri), directeur d'études à l'École pratique des hautes études; rue Servandoni, 22.

Gallas (K.-R.), professeur d'en- seignement secondaire; Pales-

Hallays (André), rédacteur au Journal des Débats, C; rue de Lille, 19.

Hanotaux (Gabriel), de l'Acadé- mie française; rue d'Aumale, i5.

LISTE DES MEMBRES.

Hahrassowitz, libraire; à Leip- zig (Allemagne).

Hartmann ( D' Hans); Hoch- strasse, 65, à Zurich (Suisse).

Haskovec (Prokop M.), Ph. Dr.; Jâma, 7, à Prague (Bohême).

Hauser (Henri), professeur à l'Université de Dijon; place Darcy, 8, à Dijon.

Hauvette (Henri), chargé de cours à l'Université de Paris; boulevard Raspail, 274.

Heina (Edouard); rue de la Pompe, II.

Heiss (H.), philologue; Mun- sterstrasse, 17, à Bonn (Ba- vière).

Helme (D'); rue de Saint-Péters- bourg, 10.

Hervieu (Paul), de l'Académie française; avenue du Bois de Boulogne, 7.

Heulhard (Arthur), C; à Bor- deaux,par Claye-Souilly(Seine- et-Marne) [grand papier].

Hofkschmidt (N. d); square Ma- rie-Louise, 75, à Bruxelles (Bel- gique).

HoTTOT (Robert); rue Poncelet, 19.

HuDiG (Jean), échevin de la ville de Rotterdam (Hollande).

Huguet (Edmond), professeur à l'Université de Caen; boule- vard Saint-Michel, 127.

Jacobs (D' H. B.); Mount Ver- nont Place W., 11, à Balti- more (U. s. a.).

Jacqukmin; rue de Rennes, 108. Janson (Paul), ancien bâtonnier,

député de Bruxelles; rue De-

facqz, 73, à Bruxelles. Jaurâs, député; rue de la Tour,

96.

Karl (Louis); rue Egyelan, 2, à

Budapest (Hongrie). Ker (William Paton), membre

perpétuel; Ail Soûls Collège,

à Oxford (Angleterre). Kerr (W. a. R.), professeur à

rUniversity of Alberla, Strath-

cona (Canada). Kœnigs (Directeur Franz); à

Campina (Roumanie).

La Balme (comtesse de); rue Jouffroy, 57.

Lafenestre (Georges), membre de l'Institut, conservateur du Musée Condc; à Chantilly (Oise).

Lamotte (Albert); square La- garde, 2.

Langlois (Ernest), doyen de la Fa- culté des lettres; parvis Saint- Michel, 26, à Lille (Nord).

Lanson (Gustave), professeur à l'Université de Paris; boule- vard Raspail, 282.

La Perrière (J. de), licencié en droit, membre associé de l'Aca- démie de Mâcon; à Saint-La- ger (Rhône).

Laroze (Lionel), maître des re- quêtes honoraire au Conseil d'Etat, ancien directeur au mi- nistère de la Justice, vice-pré- sident; rue de la Baume, 9.

Lataste (D'); à Saint-Emilion (Gironde).

Laumonier (Paul), maître de con- férences à l'Université de Poi- tiers; rue Le Cesve, 14, à Poi- tiers.

Lavagne ; rue du Ranelagh, iSy.

Lazard (Michel); rue Boutarel, 2.

Le Brun (P. L. ); Joralemon- Street, m, Brooklyn, à New- York (U. S. A.).

LISTE DES MEMBRES.

XI

Le Cherpy, député; rue Dan- ton, 7.

Leclerc (Henri), libraire; rue Saint-Honoré, 219.

Le Double (D"' A.), membre cor- respondant de l'Académie de médecine, professeur à l'Ecole de médecine de Tours.

Lefranc (Abel), professeur; au Collège de France, directeur- adjoint à l'Ecole pratique des hautes études, président; rue Monsieur-le-Prince, 26.

Le Gendre (D' P.), médecin des hôpitaux; rue Taitbout, 95, et à Samois (Seine-et-Marne).

Lemoigne (Jean), ancien négo- ciant; route des Flamands, à Tourlaville (Manche).

Lemoisne (P. -A.), archiviste-pa- léographe, attaché à la Biblio- thèque nationale; rue de l'U- niversité, gi.

Lenseignk (Georges); rue Edouard-Detaille, 10.

Lepère (Auguste), graveur; rue de Vaugirard, 2o3.

Le Soudier, libraire; boulevard Saint-Germain, 174.

Lévy (Raphaël-Georges), profes- seur à l'Ecole des sciences po- litiques; rue Noiziel, 3.

L10UVILLE (D"' Jacques) ; rue de l'Université, 35.

Louis (M°" G.); avenue de Ver- sailles, 53.

LouYS (Pierre), homme de let- tres; rue de Boulainvilliers, 29.

LoviOT (Louis), attaché à la bi- bliothèque de l'Arsenal, secré- taire-adjoint ; place S'-Fran- çois-Xavier, 6.

Luthringer (Joseph); à Ville, près Schlestadt (Alsace).

Maindron (Maurice), homme de lettres; quai Bourbon, 19.

Marcheix (Lucien), conservateur de la bibliothèque et des col- lections à l'Ecole des beaux- arts; rue de Vaugirard, 47.

Marsay (Vicomte R. de); boule- vard Saint-Germain, 191.

Martin (Henry), conservateur à la bibliothèque de l'Arsenal ; rue de Sully, i.

Martin-Dupont, inspecteur des Enfants -Assistés; villa Mira- beau, à Annecy (Haute-Savoie).

Massis (Henri); avenue d'Eylau, 35.

Masson (Maurice), professeur à l'Université de Fribourg (Suisse).

Menget (Paul); rue de Belzunce, 16.

Meunier (Charles), relieur d'art; rue de la Bienfaisance, 5 [grand papier].

Meynial, libraire; boulevard Haussmann, 3o.

Milette (Charles-Albert), expert en publicité; rue Saint-Hubert, 871, à Montréal (Canada).

Ministère de l'Instruction pu- blique {20 souscriptions).

MoNOD (Gabriel), membre de l'Institut, président de l'École des hautes études, professeur au Collège de France, direc- teur de la Revue historique; à la librairie Alcan.

MoNOD (Henri), conseiller d'Etat; rue de Rémusat, 29.

Morel-Fatio (Alfred), directeur- adjoint à l'École des hautes étu- des, professeur au Collège de France; rue deJussieu, i5.

MoRF (Heinrich), professeur à

XII

LISTE DES MEMBRES.

rAcadémie de Francfort; Klet-

tenbergstrasse, 8, à Frankfurt

a. M. (Allemagne). MoRRisoN (H. P.); Lordswood,

Harborne (.\ngleterre). Mùnthe-Brun (J.), docteur en

droit; Ny Vestergade, i5, à

Copenhague. MuTiAL'x (Eugène); rue de la

Pompe, 66.

Naquet (Félix) ; rue de Bondy, 58.

Nève (Joseph), directeur hono- raire des Beaux-Arts; rue aux Laines, 36, à Bruxelles.

NovATi (Francesco), professeur à l'Université de Milan; Borgo- nuovo, i8, à Milan (Italie).

NuTT (David), libraire ; Long Acre, 57-59, à Londres.

Oleyre (E. D')(librairieTrùbner); à Strasbourg (Alsace).

Oliphant (D'); Newton Place, 23, à Glascow (Angleterre).

Onfroy de Bréville (Jacques), dit Job ; villa Guibert, 18 (XVI').

Orsier-Suarès (D' J.), avocat, docteur en droit; rue Notre- Dame-des-Champs, 85.

OsLER (W.), regius professor of medicine; à Oxford (Angle- terre).

Ori.MONT (Charles); place Ma- lesherbes, 5.

Parker (Sir Gilbert), M. P., D. C. L.; Carlton House Ter- race, 20, London.

Patry (H.), archiviste aux .\r- chives nationales; quai d'Or- léans, 32.

Peisk, licencié en droit; rue de Rivoli, 24.

Pélissier (L.-G.), doyen de la Fa- culté des lettres de l'Université de Montpellier, vice-président; villa Leyris, à Montpellier.

Pelletan (Edouard), éditeur; boulevard Saint-Germain, i25.

Perdrieux (Pierre); rue de La Boëtie, 53.

Pkreira (A.-Baptista), secrétaire de la Légation du Brésil; Pa- lace-Hôtel.

Peslouan (Jean-Lucas de), audi- teur au Conseil d'Etat; bou- levard Saint-Michel, io3.

Petit (Paul); cité Vaneau, 6.

PèTRE(.\ugustin}; rue Faidherbe, 32, à Saint-Mandé (Seine).

Petrucci (R.), professeur à l'Ins- titut de sociologie; rue des Champs-Elysées, 55, à Bruxel- les (Belgique).

Pfeffer (Georg), Dr. Phil.; Fal- kensteinerstrasse, i3, à Frank- furt a. M. (Allemagne).

Phii-ipot (E.), professeur à l'Uni- versité; galeries Méret, 2, à Rennes (Ille-et-Vilaine).

Picard (.\uguste) ; rue de Rennes, 109.

Picot (Emile), membre de l'Ins- titut, professeur à l'Ecole des langues orientales vivantes, C; avenue de Wagram, i35.

Pineac-Chaillou (Fernand);quai Ernest-Renaud, 12, à Nantes.

Pinvert (Lucien), docteur es let- tres; boulevard Saint-Michel, 16.

Piquet (Paul), commis greffier au tribunal civil de Chinon (Indre-et-Loire).

Pirenne (Henri), professeur à l'U- niversité de Gand ; rue Neuve- Saint-Pierre, i32, à Gand (Bel- gique).

LISTE DES MEMBRES.

PiRSON (J.), professeur à l'Uni- versité; Stenkerstrasse, 2811, à Erlangen (Bavière).

Plattard (Jean), agrégé, docteur es lettres, C; boulevard Saint- Michel, III.

PoËTE (Marcel), administra- teur de la Bibliothèque his- torique de la ville de Paris; rue Honoré-Chevallier, 4.

Poisson (P. M.), sculpteur; ave- nue de Ségur, 49.

PoLACK (D' Alfred); Hansas- trasse, 42, à Hamburg (Alle- magne).

PoLAiN (M. -Louis), C; rue Ma- dame, 60.

PoLLOCK (Sir Frédéric), bar', membre correspondant de l'Institut, membre perpétuel; Hyde-Park Place, 21, Lon- don W.

Port (Etienne), inspecteur des économats; rue des Volontai- res, 29.

PoRTAL (Charles), archiviste du Tarn, correspondant du minis- tère de l'Instruction publique; rue de la Caussade, i3, à Albi.

PosENER ( D"' Paul), Assessor; Bleibtreustrasse, 18, à Char- lottenburg-Berlin.

PoTEz (Henri), professeur à l'Uni- versité; faubourg de Roubaix, iio, à Lille.

PouYANNE (Albert), ingénieur des Ponts et Chaussées (travaux publics de l'Indo-Chine); quai d'Orléans, 12.

PouvDEBAT (Frédéric) ; place Eu- gène-Sue, i, à Suresnes (Seine).

Pozzi (D' S.), professeur à la Faculté de médecine, membre de l'Académie de médecine; avenue d'Iéna, 47.

Pressât (Roger); rue de l'Arba- lète, 38.

Prévost (Marcel), président de la Société des gens de lettres; rue Vineuse, 49.

Protat, imprimeur; à Mâcon (Saône-et-Loire).

Prou (Maurice), professeur à l'Ecole des chartes; rue des Martyrs, 5i.

PsiCHARi (Jean), directeur d'étu- des à l'École pratique des hautes études, professeur à l'Ecole des langues orientales vivantes; rue Chaptal, 16.

PuLLEM (Lucien); boulevard Vol- taire, 194, à Asnières (Seine).

Raisin (F.), avocat; rue Senebier, 8, à Genève.

Ramet (André); rue Edouard- Fournier, 12.

Raynaud (Gaston), bibliothécaire honoraire à la Bibliothèque nationale; avenue de Villicrs, i3o.

Reinach (Joseph), député; ave- nue Van Dyck, 6.

Renouard (Philippe); rue Ma- dame, I.

RiBBERGH (E.); à Rolduc (Hol- lande).

Ricci(Seymour de); rue Edouard- Detaille, 7.

Richard (Justin); rue Rabelais, 36, à Chinon (Indre-et-Loire).

Richepin (Jean), de l'Académie française; villa Guibert, 8 (XVI-).

Rilly (Comte de); à Oysonville, par Sainville (Eure-et-Loir).

Ritter (Eugène), professeur à l'Université de Genève ; chemin des cottages, 3, Florissant, Ge- nève (Suisse).

LISTE DES MEMBRES.

RoBiDA(A.),dessinateur et homme de lettres; route de la Plaine, i5, au Vésinet (Seine-et-Oise).

RoBissoN (Capitaine A. C); c/o miss Robinson, Charlton court, Charlton kings, Cheltenham (Angleterre).

ROMANISCHES SeUINAR 3. d. Kô-

nigl. Rhein. Universitât; [Paul Menge, bibliothécaire, Bing- strasse, 178], à Bonn (Alle- magne).

RoviER (Lucien), archiviste-pa- léographe; rue de Géole, 56, à Caen (Calvados).

RosALEs (Ordono de), sculpteur; rue Pierre-Charron, 2.

Rothschild (baronne James de); avenue de Friedland, 42.

RoujON (Henry), secrétaire perpé- tuel de l'Académie des Beaux- Arts; à l'Institut, quai Conti,

25.

Roussellb (Gaston), professeur au lycée de Constantine (Al- gérie).

RocssELOT (L'abbé), docteur es lettres, sous-directeur du labo- ratoire de phonétique expéri- mentale; rue des Fossés-Saint- Jacques, 23.

Roy (Jules), professeur à l'École des chartes et à lÉcole pra- tique des hautes études; rue Hautefeuille, 19.

Ruutz-Rees (M"*); Rosemary Cottage, Greenwich, Conn. (États-Unis).

Sainéan (Lazare); rue Denfert- Rochereau, 47.

Salomé (M»') ; rue Erlanger, 25 (XVI-).

Samitca (Railau), imprimeur; à Craïova (Roumanie).

Santi (D' de), médecin principal de 2* classe; rue Deville, 11, à Toulouse (Haute-Garonne).

ScHNEEGANs (F.-Ed. j, profcsseur à l'Université de Heidelberg; Neuenheim (Bade).

Schneegans (Heinrich), profes- seur à l'Université de Bonn (Allemagne), C; [librairie Co- hen].

Segerson-Mahoney (M"'); Saint- Dunstans Road, West Ken- sington, 8, London.

Seinglerlet (Edouard); fau- bourg Saint-Honoré, 178.

S1BIEN (Armand), architecte; rue du Quatre-Septembre, 14.

Sibber ( Henri ), à La Morlaye (Oise).

Simon (Jules), docteur es lettres, lecteur à l'Université; Loths- trasse, 12", à Mùnchen (Alle- magne).

SiRVEH (Paul), professeur de lit- térature française à l'Univer- sité; 3o, avenue Rumine, à Lausanne (Suisse).

Smith (William Francis), agrégé du collège de Saint-Jean; S' John's Collège, à Cambridge (Angleterre).

Sneisel (D'); à Preborg (Frei- berg), Moravie, Autriche,

Société belge de librairie; rue Treurenberg, 16, à Bruxelles.

Sôltoft-Jensen (H. K.), licencié es lettres ; Duntzfeldts Allée, 16, à Hellcrup (Danemark).

Stapfer (Paulj, ancien doyen de la Faculté des lettres, profes- seur à l'Université de Bor- deaux; rue Turenne, 44, à Bordeaux (Gironde).

Stéchbrt, libraire; rue de Ren- nes, 76 {cinq souscriptions).

LISTE DES MEMBRES.

XV

Stern (Jacques); avenue Gabriel, 24.

Stewart (H. F.), fellow of S' John's Collège; the Mailing house, Newnham, Cambridge (Angleterre).

Stilling (D'' h.), professeur à la Faculté de médecine de Lau- sanne (Suisse).

Stockum (Van) et fils, libraires; à la Haye (Hollande).

Sturel (René); professeur au Lycée; à Saint-Étienne (Loire).

SwARTE (\''ictor de), critique d'art, C; rue Bassano, 5.

Symes, libraire; rue des Beaux- Arts, 3 {double souscription).

Taupenot de Chomel (M"° J.) ; rue Saint-Placide, 3i.

Tausserat-Radel (Alex.), sous- chef du bureau historique au ministère des Affaires étran- gères; rue Friant, 36.

Terquem (Em.), libraire-commis- sionnaire; rue Scribe, 19 [Con- tremarques : N. Y. P. L. et P. L. B.] {double souscription).

Thomas (Antoine), membre de l'Institut, professeur à l'Univer- sité de Paris, C. ; avenue Vic- tor-Hugo, 32, à Bourg-la-Reinc.

Tièche-Cusenier, directeur d'u- sine; à Charenton.

TiLLEY (Arthur), fellow and lec- turer of Kings Collège; Selwyn Gardens, 2, à Cambridge (An- gleterre).

ToBLER (Alfred); à Heiden (Ap- penzell, Suisse).

ToLDO (Pietro), professeur à l'Université de Turin, C; via Giusti, 3, Torino (Italie).

ToRAUDE (Léon-G.); Grande-Rue, 23, à Asnières (Seine).

TouRNEUx (Maurice), homme de lettres, C. ; quai de Béthune,

TwiETMEYER, libraire; à Leipzig (Allemagne) {double souscrip- tion, dont une pour l'Univer- sité de Leipzig).

Vaganay (Hugues), bibliothécaire à l'Université catholique de Lyon; rue Auguste-Comte, 3, à Lyon.

Val DE GuYMOND (Fernand-Louis de); rue Guersaint, 12.

Vandérem (Fernand), homme de lettres; avenue Montaigne, 33.

Varenne (Marc), chef du secré- tariat particulier du Président de la République; au palais de l'Elysée.

Verdaguer (A.), libraire; Ram- bla del Centro, 5, à Barcelona (Espagne) [pour Luis Fernando de S' Germain].

Viefville (Paul de), premier président honoraire de la Cour d'appel de Paris; rue Murillo, 20.

VizERiE (D"'); rue du Cherche- Midi, i3.

VizERiE (Philippe); hôpital prin- cipal de la Marine, à Toulon (Var).

VoLLMÔLLER (Karl), professeur à l'Université de Dresde; Wie- nerstrasse, 9, Dresden A^ (Alle- magne).

Walser (Ernest); via Nazionale, 10, à Florence (Italie).

Weddehkop (Magnus von), Regie- rungsrath, Justitiar im Ver- waltungsrath der Kgl. Museen; Kastamen Allée, 18, à Char- lottenburg (Allemagne).

LISTE DES MEMBRES.

Welter (H.), libraire-éditeur; villa Gutenberg, rue des Tibyl- les, 5, à Bellevue (Seine -et- Oise).

Whibley (Charles), homme de lettres ; Wavendon Manor, Wo- burn Sands, R. S. O. (Angle- terre).

Whiblev (Léonard), lecturer in the University of Cambridge; Pembroke Collège, à Cam- bridge (Angleterre).

Wiese (Berthold), professeur à l'Université de Halle; Ludwig- Wuchererstrasse, 72, à Halle (Saxe, Allemagne).

W1LMOTTE (M.), professeur à l'Uni- versité de Liège; rue de la Ferme, 118, à Bruxelles (Bel- gique).

Wright (C. H. C), professeur- adjoint à l'Université de Har- vard; à la librairie Welter, Paris.

Nogent-lc-Rotrou, impr. Daupelky-Gouvernkur.

LES TERMES NAUTIQUES CHEZ RABELAIS.

Le roman de Rabelais contient une foule de détails qui accusent un savoir encyclopédique, trait commun aux érudits de la Renaissance. Les notions de médecine et d'histoire naturelle, de théologie et de droit, d'art mili- taire et de navigation, pour nous en tenir à quelques ensembles des plus remarquables, ont de tout temps rempli d'admiration les lecteurs de Gargantua et de Pan- tagruel. Certains d'entre ceux-ci virent en maître François un savant universel, le représentant de toutes les sciences et de tous les arts. Le type de ces enthousiastes vécut dans la première moitié du xvii« siècle : ce fut Antoine Le Roy, ancien professeur de philosophie au collège d'Harcourt à Paris. Le deuxième livre de son ouvrage resté manuscrit, Elogia Rabelcesina, conservé à la Bibliothèque nationale (mss. latins 8704), est consacré tout entier à cette science universelle de Rabelais. Il ne lui faut pas moins de quarante-deux chapitres pour exposer en détail les connaissances encyclopédiques de son héros, et le cha- pitre xxv« se rapporte précisément au sujet de notre étude : « De nautica arte de qua aptissime, et expertissime, scrip- sit Rabelaisus. »

Au commencement du xix^ siècle, c'est de l'Aulnaye qui hérite cet enthousiasme pour notre auteur, et, dans le troi- sième tome de son édition de Rabelais (Paris, 1820), en fait ce panégyrique (p. 38) : « Rabelais posséda, réuni en lui seul, toutes les sciences connues de son temps et, comme Pic de la Mirandole, il eût pu soutenir une thèse de omni re scihili. Il fut médecin, naturaliste, astronome,

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VIII. \

LES TERMES NAUTIQUES

mathématicien, antiquaire, jurisconsulte, philologue, musicien, poète, physicien, architecte, théologien, mythographe , versé dans l'histoire et la littérature grecque et romaine, dans la science des armes, la marine et dans tous les arts. »

Ces éloges outrés finirent par irriter un excellent con- naisseur des choses de la marine, feu Auguste Jal (mort en 1873), qui soumit à un examen systématique les chapitres du IV* livre sur le « naviguaige » de Pantagruel. Jal leur consacra d'abord une longue étude, en 1840, dans son Archéologie navale (t. II, p. 496 à 56o) et, huit ans plus tard, il revint sur le même sujet dans plusieurs articles de son Glossaire nautique. Sa critique aboutit à ce résultat (qu'il formule à la p. 527) : « Rabelais avait des notions très superficielles des choses navales, la nomenclature maritime lui était à peine connue; il ignorait la tactique aussi bien que la valeur des termes spéciaux... Enfin, la marine est dans Rabelais une chose vainc ci creuse. »

Cette conclusion est-elle justifiée? Et les données sur lesquelles elle se fonde sont-elles solidement établies? Voilà ce que je me propose de rechercher dans les pages qui suivent '.

I. Mes sources sont : Les Comptes du clos des Gallées de Rouen au XIV' siècle ( 1 3^2-1 3S4}, éd. Ch. Brcard, Rouen, 1894. Et. Cleirac, Explication des termes de marine employé^ dans les edicts, ordonnances et reglemens de l'amirauté, Paris, i638. Père Georges Fournier, Hydrographie contenant la théorie et la pratique de toutes les parties de la navigation (précédé dun « Inventaire des mots et façons de parler dont on use sur mer »), Paris, 1643. A. Jal, Archéologie navale, Paris, 1840, et Glossaire nautique, réper- toire polyglotte des termes de marine anciens et modernes, Paris, 1848. Ch. de La Roncière, Histoire de la marine française, t. I à IV, Paris, 1899 ^ '9*^9-

Bartol. Crescenzio, Nautica Mediterranea ... nella quale si mos- Ira la fabrica délie galee, Rome, 1604. Pantero-Pantera, L'Ar- mata navale (suivi d'un « Vocabulario nautico »), Rome, 1614. F. Corazzini, Vocabulario nautico italiano, Turin, 1900 et suiv.

A. Oudin, /?ec/ierc/îe5 italiennes et françoises, Paris, 1640. Giu- seppe Bocrio, Diiionario del dialetto vene\iano, Venise, i856.

CHEZ RABELAIS.

La critique de Jal.

Ce qui frappe tout d'abord, dans cette criiiquc, c'est la passion qui l'inspire et la guide. Le spécialiste moderne veut à tout prix trouver en défaut l'illustre écrivain. Cette prévention devient chez Jal une véritable hantise qu'il s'efforce de faire partager au lecteur. L'examen dégénère en diatribe, le ton familier va jusqu'à l'irrévérence et l'animosité s'exhale dans des apostrophes comme la sui- vante (p. 5 12) : « Vous ne savez pas la marine; qui vous force d'en deviser? Pourquoi ramasser les termes sur les quais d'un port, ou dans un vocabulaire, et nous les jeter ainsi à poignées? »

Quels sont donc les griefs que Jal adresse à Rabelais? On pourrait, je crois, les résumer sous les trois rubriques suivantes :

A. Anachronismes.

Jal, en abordant le « navigaige » de Pantagruel, a envi- sagé les chapitres que lui consacre Rabelais comme un tout à part et sans attache avec le reste de l'ouvrage. Cette manière de traiter le sujet lui a fait méconnaître le carac- tère spécial du roman rabelaisien, dans lequel la satire, le comique et le burlesque se côtoient. Le procédé cumula- tif, si fréquent chez Rabelais, en dérive. Ses groupements

Don Pere Labernia y Esteller, Diccionari de la lengiia catalana. Barcelone (sans date). Mistral, Lou Trésor don Felibrige, Avi- gnon-Pains, 1878. Cf. Kemna, Der Begriff « Schiff)^ im Frai^ôsi- schen, Marbourg, 1901.

Voir également Abel Lefranc, Les Navigations de Pantagruel, Etude sur la géographie rabelaisienne, Paris, igob.

Je dois des remerciements particuliers à M. Ch. de La Roncière, qui a bien voulu lire ce travail en le faisant ainsi profiler de sa haute compétence, ainsi qu'à mes chers confrères MM. Jacques Boulenger et Henri Clouzot, qui mont communiqué plusieurs remarques fort utiles dont j'ai tiré parti.

LES TERMES NAUTIQUES

lexiques sont puisés aux sources les plus diverses, à l'anti- quité comme au moyen âge, et le grec, particulièrement, est souvent mis à contribution pour enrichir ses nom- breuses séries verbales. Un exemple typique de ce mélange intentionnel des mots appartenant à toutes les époques se trouve dans le prologue au Tiers livre. Des termes mili- taires, puisés tour à tour aux langues anciennes et modernes, y sont alignés dans le seul but de former groupe : le grec, le latin, l'ancien français et l'italien y sont également représentés.

S'agit-il, par exemple, dune tempête? Rabelais fera suivre (1. IV, ch. xviii) « le maistral accompaigné d'un cole effréné, de noires gruppades^ de terribles sions, de mortelles bourrasques... », des « catégides., thielles, Iclapes et presteres «, c'est-à-dire, des orages (xaTSYiSsç), des tempêtes (OuéXXat), des tourbillons de vent avec pluie [kxi'hxzeq) et des ouragans* accompagnés de foudres et d'éclairs (-pYjcxYJpeç), et tout cela « enflamber tout autour de nous par les psoloentes, arges., elicies et autres ejacu- lations ctherées » , c'est-à-dire des foudres accom- pagnées de fumées (tl/oXôsvxa), des foudres éclatantes de lumière (àpYïjxeç) et des éclairs en spirales (éXixiai), auxquels l'auteur ajoutera finalement « les horrificques typhons... «^.

S'agira-t-il des vaisseaux marins? Rabelais citera à la fois (1. III, ch. Li) : « Les grosses arcades », èXxâSsç^, vaisseaux de transport et de charge, « les amples tJia-

1. Cf. Pline, Hist. nat.y 1. II, ch. l : « Idem [turbo] ardentior acccn- susquc dum furit, Prester vocatur, amburcns contacta pariter et proterens. »

2. Dans son beau livre qui vient de paraître [L'invention et la composition de l'œuvre de Rabelais, 1909, p. 178), M, Jean Plattard a indique la source notre auteur a puisé cette nomenclature mété- orologique: c'est le V" chapitre du traité d'Aristote De Mundo, les phénomènes atmosphériques se trouvent énumérés dans le même ordre.

3. Et non pas dérivé d'owque, comme le suppose Burgaud des Marets. Cf. sous le rapport phonétique : ourque en rapport avec son primitif ho7ilque.

CHEZ RABELAIS. 5

latneges y>, OaXx;xr)Yot, sortes de gondoles égyptiennes garnies de chambres, « les fors guallions, les naufs chiliandres et miriandres », y.Ai'avopoi et [x'jptavopci, qui contenaient, ou pouvait contenir, mille hommes et dix mille hommes, sans oublier « les liburnicques » (1. IV, ch. i) et « les celoces » (1. IV, ch. m) de son père Gar- gantua.

Reprocher maintenant à Rabelais, comme le fait Jal, d'avoir transporté au xvi^ siècle des appellations de navires antiques (telles que « liburniques, thalamèges, trirèmes, céloces »), autant de souvenirs classiques % c'est absolu- ment méconnaître les particularités stylistiques du roman rabelaisien et faire ainsi, de sa propre ignorance, un grief à l'auteur de Pantagruel.

Que les nefs de la flotte pantagruélique soient des galions, c'est à merveille; qu'elles soient des ramberges, rien de mieux; mais des liburniques ou liburnes, mais des trirèmes, non, et cela je ne puis passer à notre romancier (p. 5oi).

Il y avait au xne siècle plus d'une espèce de navires légers et rapides, mais aucun n'avait gardé le nom de celoce (p. 5o4).

De pareilles remarques sont d'une candeur qui aurait fait sourire d'indulgence maitre François.

Rabelais dira également (1. IV, ch. xx) : « Nostre amé, plongez le scandai et les bolides... », en faisant suivre le terme technique italien pour « sonde » [scandaglio] de son équivalent grec ((îcAtç), selon un procédé cumulatif qui lui est familier, et non pas comme le pense Jal [Glossaire, s. V.) : « Rabelais fait une bathologie, pour avoir le plai- sir de mettre un mot grec à côté d'un mot italien, et sans s'inquiéter d'être raisonnable; ce qui lui arrive un peu trop dans son IV'= livre. »

I. Cf. oXxaç, chez Hérodote, Thucidide, Xénophon; 6aXa;j.r,Yb;, chez Strabon, Athénée (chez Suétone : sorte de yacht); trircmis. chez César, Tite-Live, Suétone; liburnica (navis), brigantine ou felouque, chez Pline le jeune, Tacite, Suétone; celox, fin voilier, aviso, chez Varron, Plaute, Tite-Live. La Briefve Déclaration défi- nit celoces par « vaisseaulx legiers sur mer ».

LES TERMES NAUTIQUES

Une méprise analogue a amené Jal à une série de con- fusions (dont il fait autant de griefs à Rabelais), à propos du rôle que joue dans le « naviguaige » la galère de Pan- tagruel.

La galère a été, pendant le moyen âge, le vaisseau par excellence, le croiseur de l'époque, en usage surtout dans la Méditerranée depuis le xF jusqu'au xvii« siècle. C'était un navire effilé, éminemment propre aux évolutions rapides. Sa haute antiquité et sa grande rapidité la recom- mandaient également à l'attention de Rabelais. Avec la liberté qu'on a de tout temps reconnue aux conteurs, celui-ci prend donc galère au sens de grand bateau ou de nauf*, sur laquelle il fait embarquer Pantagruel et ses gens, non sans l'avoir auparavant pourvue de tout l'atti- rail de l'époque : « Pilotes, nauchiers, fadrins, espaliers, argousins, comité... » Sa description répond à peu près exactement à celle de la Grand Maistresse de Marseille de i525 (voy. ci-dessous) ou à une galère vénitienne de la même époque, telle que la décrit Bartolomeo Crescenzio fp. 95) : « In ogni galea [di xvi seculo] questo era lo stato maggiore : Capitano, Padrone, Comito di mezzania, Sottocomito a prora, Piloto con duo consiglieri, l'Algoz- zino con almeno sedici compagni o marinari di guar- dia... » 2.

L'identification chez Rabelais de la natif a^vec \a galère une fois admise, et cette identification saute aux yeux, que signifient les objections que Jal ne se lasse pas

1. Jal ocrit constamment nef, mais ce terme, déjà vieilli à l'époque de Rabelais, ne se rencontre nulle part dans le cours du « navi- guaige » (l'édition du V' livre a nef, mais le manuscrit, qui lui est antérieur, a nauf); c'est nau/ qui y est son remplaçant habituel, à cote de navire, qui était alors relativement nouveau et qui a sur- vécu seul en français aux nombreux descendants du latin naris (voir, dans la seconde partie de cette étude, les mots nauf, nave, nef).

2. Il suffit de jeter un coup d'oeil dans l'opuscule de J. Hobier [De la construction d'une gallaire et de son équipage, Paris, 1622) pour constater combien la nomenclature de la galère rabelaisienne dillèrc de Celle du commencement du xvii' siècle.

CHEZ RABELAIS.

d'étaler sur plusieurs pages et qui tournent autour du même cercle vicieux? D'une part, il reproche à notre auteur d'avoir confondu les deux catégories de navires et, d'autre part, une fois ce cas pendable admis, il ne reproche pas moins amèrement à Rabelais, et à vingt reprises différentes, d'avoir équipé sa galère suivant les disposi- tions des galères et non pas (comme l'aurait souhaité Jal suivant la pratique des naufs de l'époque. Voici les griefs répétés qu'il fait à cette occasion (p. 514 à 5 16) :

Il n'y a des rembades que sur les galères, et Pantagruel est sur une nef...

Sur la nauf il n'y a point de comité ... il n'y a plus à!argou- sins ... et la nef n'a point d'estanterol...

Encore une erreur grossière! Il ne saurait y avoir d'espaliers sur la nef, puisqu'une nef n'est pas un bâtiment à rames.

Ces prétendues confusions, Jal qui elles appartiennent en propre) les reproche à Panurge comme autant de « bévues y> ; mais lisons la suite :

Je passe à Panurge ses bévues; il est fou de peur et ses ter- reurs peuvent l'excuser; mais frère Jean, qui a toute sa tête, qui est un homme intelligent et qui, depuis son embarque- ment sur la thalamège, a apprendre quelques termes parti- culiers aux nefs, que penser de lui quand il ne dit pas un moi qui n'appartienne pas au vocabulaire des galères?

Ce n'est pas fini. Suivons frère Jean et voyons s'il aura par hasard une expression juste dans tout son discours : « Il seul, dit-il à Panurge, ne aide à la chorme. » Encore les galères ! Les matelots d'une nef ne composaient pas une chorme, mais un équipage.

Panurge et frère Jean ont fait assaut de non-sens et de balourdises.

On a peine à croire ses yeux quand on lit ces passages. Essayons d'y voir clair.

Jal, à tort ou à raison, reproche à Rabelais, comme une « faute grossière », d'avoir pris une galère pour un navire.

LKS TERMES NAUTIQUES

Cette erreur, si erreur il y a, capitale d'après Jal, semble un pcché véniel à tout lecteur tant soit peu familiarisé avec les procédés du Maître. Car, pour parler franchement, il ne faut pas être grand clerc es pilotaige pour savoir dis- cerner un navire proprement dit ou une «azi/d'un vaisseau à rames; et si Rabelais, qui sans être un savant univer- sel, possédait des clartés sur toutes choses et qui était parfaitement renseigné sur les sujets qu'il traite dans son livre, a préféré la galère à la nef, comme bâtiment type plus familier à ses lecteurs, ce choix est chez lui inten- tionnel, et il est peu raisonnable de lui en faire un grief sérieux et continuel.

Cependant, adoptons un instant la maitière de voir de Jal et admettons que Rabelais a eu tort de substituer une galère à sa nef primitive. La galère l'a donc emporté, la galère seule, c'est chose entendue. Mais alors, si galère il y a, pourquoi lui en vouloir de l'avoir armée à l'instar de toutes les galères méditerranéennes du commencement du xvi"-' siècle? Pourquoi, alors, lui reprocher dix fois, vingt fois, que ses personnages, Panurge, Frère Jean, etc., emploient exclusivement le langage des galères?

Ces prétendus anachronismes, ces prétendues confu- sions sont chez Rabelais voulus, réfléchis. Les objections de Jal à cet égard reposent sur une méconnaissance totale de la facture du roman rabelaisien et sur une véritable pétition de principe qui a induit le critique h toutes sortes de contradictions.

Envisageons maintenant un autre aspect du problème.

B. La nomenclature.

« Si on passe brusquement des récits maritimes de Frois- s«n à la Navigation du compaignon à la bouteille {iby 4)* , on est stupéfait de la transformation qui s'est opérée dans

I. L'opuscule en question date sous ce titre de 1345, mais en fait il remonte à i5?7, sous celui de : Le voyage et navigation que fit Panurge, disciple de Pantagruel...

CHEZ RABELAIS.

la nomenclature navale », nous dit M. Ch. de La Roncièrc (t. II, p. 460).

Ce contraste est encore plus frappant si on passe du « naviguaige » de Pantagruel au Thresor de Nicot (1606), qui enregistre spécialement « les mots propres de marine » en usage à la fin du xvi= siècle. La grande majorité des termes nautiques de Rabelais manque à Nicot, et Cotgrave (161 1) n'a fait que les tirer de Rabelais lui-même. Aucun écrivain parmi ceux qui ont traité des sujets maritimes n'a disposé d'une nomenclature aussi abondante que celle de Rabelais, aussi originale ^ et, en somme, plus parfaitement authentique. Nulle part la bonne foi du Maître et ses procédés d'élaboration n'éclatent plus clairement que dans ces chapitres du « naviguaige », il a déposé le résultat de longues et consciencieuses recherches. Ce n'est pas dans les livres, c'est à la source même qu'il a puisé sa riche nomenclature; il l'a recueillie de la bouche des matelots bretons, catalans, languedociens, provençaux, vénitiens; et ces termes, alors encore vivaces et apparte- nant au double vocabulaire océanien et méditerranéen, il les a ajoutés au stock de mots nautiques français de son époque, réalisant ainsi un ensemble unique dans son genre.

De toutes les critiques que Jal adresse à Rabelais, la plus injuste certes est celle qui touche l'ignorance de la valeur des termes nautiques. « L'intention de Rabelais, dit-il (p. 523), fut bien plus de faire entrer le plus grand nombre possible de mots techniques dans son livre que de les y encadrer en connaissance de cause. »

I. Pour apprécier la richesse et la nouveauté de cette nomencla- ture, il suffit de la comparer avec celle d'Ant. de Contlans (vers i52o), dont Les faits de la marine (ouvrage resté manuscrit) citent « les noms de navires grandes et petites, marchandes et subtilles fc'est-à-dire à formes fines] qui vont par les mers de Levant et de Ponant, par les mers Oceanes et Méditerranéennes », et qu'on trouve énumérés dans le 111° appendice de l'ouvrage de Pierre Margr}-, Les navigations françaises et la révolution maritime du XIV' au XVI' siècle, d'après les documents inédits..., Paris, 1867, P- 4^^ ^ 419.

lO LES TERMES NAUTIQUES

Jal conteste à la fois la réalité de certains termes nau- tiques employés par Rabelais (leur valeur technique et leur usage au xvi« siècle), ainsi que le sens qu'il attribue à d'autres. Examinons ce double point de vue.

a. Termes contestés.

Voici les termes que Jal conteste soit sous le rapport chronologique, soit quant à leur usage nautique propre- ment dit :

CoNTREMEjANE. Nous n'avoDS rcncontré cette forme du mot contremisaine que dans le IVe livre de Rabelais (Glossaire). Le contre-artimon que Rabelais, fidèle à ses formes bizarres, appelle contremejane, de l'italien mei, fort peu usité, même en ce temps-là, et qui était un synonyme de me^^o (p. 5o5).

Ce terme serait donc, suivant Jal. propre à Rabelais, et notamment « une de ses formes bigarres ». Or, la Grande Maistresse de Marseille \i525) porte comme voiles, en partant de l'arrière, une mejane et une contremejane (de la Roncière*, t. II, p. 482); et cette forme est si peu « bizarre >> que le provençal l'a toujours connue comme telle : Contremejano est la source immédiate du terme rabelaisien et l'étymologie proposée par Jal est purement illusoire.

EsTA.NTEROL. Rabclais a jeté le mot estanterol dans le ch. xix du 1. IV de Pantagruel, au milieu d'autres termes de marine, sans avoir égard à leur véritable sens : « Deçà, Gymnaste, icy sur Vestanterol » est une phrase inintelligible pour un marin (Glossaire).

Jal aurait ajouter pour un marin du xix» siècle; mais, au xvi« siècle, Vestanterol., c'est-à-dire le pilier placé à la tête du coursier d'une galère, près de la proue, était

1. D'après l'Inventaire de la Grande Maistresse conserve aux Archives nationales (X'* 8621, fol. 200 et suiv.). Le document méri- terait d'être publié intégralement.

CHEZ RABELAIS.

également familier (comme on le verra ci-dessous) au langage nautique catalan, languedocien et vénitien.

Fadrin. Les fadrins étaient les argousins, gardiens de la chiourme, selon Oudin. Ce mot, que je n'ai lu dans aucun document, appartient à l'idiome de Valence (p. 5o2).

Cette définition d'Oudin est inexacte \ comme le recon- naît Jal plus tard dans son Glossaire, il cite en même temps ce passage extrait des Faits de la marine (i5i5-i52o) d'Antoine de Conflans : « ... quarante fadrins au prix de .1111. livres par moys chaicun... » Le terme^ est catalan et signifie proprement « marin novice ».

Fernel. Fernel pour frenel, qui n'était pas usité dans la marine, mais qui venait de l'italien /re)îe//o.

Cette assertion , comme l'exemple précédent , est erronée : M. Ch. de la Roncière cite fresnelles, comme terme nautique, déjà dans V Inventaire de la barge de i36g (t. II, p. 481), et l'origine du mot est également catalane ou languedocienne, langues dans lesquelles yerne/ garde encore cette valeur technique. Remarquons encore que fernel manque au Glossaire de Jal, faute d'avoir connu cet usage nautique du mot.

In'Sail. C'est un hissas ou issas, une drisse que Rabelais appelle ainsi contre l'usage qui n'admettait pas plus Cette pro- nonciation en ail que celle en aile à propos de maestra (p. 5i6)... Insail est une de ces formes étranges que l'auteur de Panta- gruel affecta souvent, ou par caprice ou pour reproduire les prononciations familières de son temps à certaines provinces. Les Normands criaient probablement quand ils hissaient :

1. Comme celle qu'on trouve dans le Glossaire de l'édition Moland : « Fadrin, officier de galère. »

2. On le rencontre également dans le Voyage d'outre-mer de Jean Thenaud (éd. Scheôér, p, 144) : « ... capitaines, pillotz, nau- chers, mariniers et f radins (sic). »

12 LES TERMES NAUTIQUES

insa là! (hisse là!) et Rabelais aurait fait insail de ces deux mots (p. 5i8).

L'impropriété des termes trahit ici, comme ailleurs, l'inexpérience de Jal en matière philologique. N'est -il pas plaisant de le voir reprocher à Rabelais d'avoir forgé un terme contre l'usage, sous prétexte que le suffixe ail avait cessé d'être un élément formatif? Des termes comme attirail, éventail, portail, etc., ne sont attestés qu'après Rabelais. En réalité, insail est un dérivé de inser, forme normande de hisser, d'après l'analogie de gouvernail. Rabelais n'a pas « appelé « la chose ainsi, il a simplement emprunté son mot aux marins normands^ Quant à l'allusion à maestra, voir l'article suivant.

Maistralle. La maîtresse voile, ce qu'en terme des galères on nommait la maistre ou mestre... Je ne connais aucune analogie qui puisse justifier l'orthographe maistralle que Rabelais crut devoir adopter. Au surplus, en F'rance et au xvie siècle, la grande voile d'un vaisseau rond ne s'appelait pas mestre, mais grand pacjî ou papefic (p. Sog).

Si Jal avait connu le terme provençal maistralo, source directe du maistralle de Rabelais, et qui désignait préci- sément la grande voile de tout navire latin, il aurait été moins affirmatif. Sa désignation : orthographe (au lieu de : finale ou terminaison) est un non-sens, et la dérivation du terme rabelaisien de l'ital. maestra, ne l'est pas moins; c'est maestrale qu'il voulait dire et qui répond au prov. maistralo. Ajoutons que pape/il figure également chez Rabelais (1. IV, ch. lxiv), seulement il ne désigne pas la voile maîtresse, mais une voile quelconque, d'accord en cela avec le prov. papafigo, mât de perroquet, et avec

I. C'est cette origine dialectale qui explique l'absence de hinser chez les lexicographes; Nicot l'ignore; Cotgrave l'a tiré de Rabelais même, et de Cotgrave le mot a passé chez ses successeurs : Duez (1639) enregistre hinser ou hisser, tandis que Monet (i635) ne con- naît que isser et hisser.

CHEZ RABELAIS. l3

l'ital. pappajîco l/( une sorte de voile ou couverture », Oudin), vénitien papajî go asta a cui s'attacca la bande- ruola in cima ail' albero délia nave », Boerio).

Peautre. C'est un mot emprunté au vocabulaire des mari- niers des rivières qui ne se disait pas sur mer (p. 527).

Le terme peautre, qui remonte au xiii«-xive siècle, s'applique exclusivement dans l'ancienne langue au gou- vernail des navires (voy. Godefroy). Je me borne à citer deux exemples tirés des écrivains contemporains de Rabe- lais : « ... la. peatitre du navire... » (Du Fail, Propos rust., p. 56) et : « Si un patron de galère garnist icelle d'une meschante peautre et des meschans rames » (Dolet, Œuvres, p. 78). Robert Estienne enregistre (1549) : « Peautre, gubernaculum. » L'acception indiquée par Jal est moderne et se trouve en usage sur les bateaux de quelques rivières de France.

ScANDOULA. Garde l'escantoida, c'est-à-dire reste dans le scandolar; par malheur, il n'y a pas à bord de la nef de chambre portant ce nom. Au xni^ siècle, les nefs avaient un scandolar, mais elles n'en avaient plus au xvi<: siècle (p. 5 16).

Toujours la même hantise : Rabelais parle de galères, et Jal tient à sa nef. Quant à la galère, il n'y a pas de doute, elle a toujours eu un escandelar ou scandolar, un escandole* ou escantole (comme écrit Rabelais). Voici quelques données chronologiques sur ce dernier point :

Dans les Comptes du clos des Gallées de Rouen, de i382, hgure un estandelar, forme altérée"-^ d' escandelar (éd. Bréard, p. 91 : « ... une table de xv piez de lonc »), et on

1. Appellation conservée jusqu'au xvn" siècle : « La seconde [pièce de la galèrej s'appelle chambre de Vescandola, se loge l'argousin avec les armes et s'y descend par le sixième banc à main droite » (J. Hobier, De la construction d'une gallaire, Paris, 1622, p. 30).

2. Voir aussi une note de M. Ant. Thomas dans la Romania (t. XXXVI, p. 2G8).

14 LES TERMES NAUTIQUES

lit cene dernière forme dans un texte de i53o, cité par Ducange : « Le prince feist appeler messire Guil. de Ville- neufve et il envoya quérir en soutte dedans Vesquandelar par le patron Matthieu Corse. »

Et quant aux galères vénitiennes du xvi^ siècle, Crescen- zio (p. 94) affirme ceci : « Il luogo dell' Aguzzino è allô scandolaro, ove sono locate le armi » ; et Pantero-Pantera (161 4) le définit ainsi : « ScanJolaro è la stanza vicina alla caméra délia poppa. »

On voit combien les présomptions de Jal sont risquées, ce qui ne l'empêche guère de faire remarquer (p. 5o5) « dans quelle confusion tombe Rabelais quand il donne à corps perdu dans la technique navale ».

b. Termes mal interprétés.

Jal n'est pas plus heureux dans les essais d'interpréta- tion qu'il prétend donner aux divers passages nautiques de Rabelais. Voici quelques échantillons :

Caveche. Guare la caveche hau, mousse. Veut-il avertir le mousse à qui il s'adresse de prendre garde à une corde qui s'enroule autour de son cou (cave^^^^a, italien) ou bien le pré- vient-il que quelque chose à droite va tomber sur sa tcte (cabe:;:^a, espagnol) et qu'il faut qu'il passe vite à gauche pour éviter une blessure? Je n'en sais rien (p. 5i6).

Le terme en question (qui manque au Glossaire), n'est tiré ni de l'italien, ni de l'espagnol ; c'est un mot patois au sens de « tôte » (voy. ci-dessous) et il désigne le cap ou tête de mouton, espèce de poulie, que Frère Jean ordonne au mousse de surveiller.

A propos de cosse. « Je tressue de grand hahan. Zalas, les vettes sont rompues, le prodenou est en pièces, les cosses esclattent... », s'écrie Panurge (1. IV, ch. xviii), au fort de la tempête. Dans l'édition princeps du IV« livre, celle de 1 348, on lit velles, faute évidente au lieu de vettes, leçon qui figure dans la deuxième édition (i552) et les sui-

CHEZ RABELAIS. l5

vantes. Jal, qui ne connaissait que la première forme, avait entrevu cette faute d'impression (p. 514). Quant à co5.ye5, Jal demande : a Quelles cosses, Panurge? », et il ajoute : « Je crois encore ici à une faute d'impression; probable- ment il faut lire castes, les côtes du navire. »

Cette interprétation, déjà proposée par Cotgrave', n'est pas vraisemblable. Je crois qu'il faut maintenir cosse, ancien terme de marine, qu'on retrouve plus loin (1. IV, ch. XXXIV : les cosses et portehaubans de la*carine); dans l'exclamation de Panurge, citée plus haut, il s'agit d'abord de la destructiojn des cordages de l'antenne {vettes), puis de la corde du mât (du prodenou], ensuite des anneaux cannelés, des cosses^ qui maintenaient les cordages et pré- venaient les effets du frottement.

En parlant de coursoir, Jal écrit : « Cette mauvaise con- formation pour coursier » (p. 5 18).

Il s'agit ici d'un terme d'origine dialectale et qui ne paraît pas avoir fait double emploi avec le coursier ou la coursie (voy. ci-dessous, p. 33).

Pour ESCANTOULA, Jal avait d'abord identifié ce terme rabelaisien avec l'ancien escandolar, et cette interpréta- tion me paraît la plus vraisemblable. Le terme rabelai- sien est une graphie imparfaite d'escandoula, le nom provençal de la chambre de l'argousin sur les galères marseillaises ; et lorsque Frère Jean ordonne au mousse de garder Vescantoula (1. IV, ch. xix), il l'engage à veiller à ce que cette pièce de la soute (où se tenaient les armes et le trésor de la galère) ne prenne pas eau.

Jal est revenu plus tard (dans son Glossaire) sur cette interprétation. Ayant trouvé, chez Oudin^, escantoula au sens de « pompe », il fit sienne cette nouvelle acception. Une confusion entre les deux sens n'était pas impossible, vu leur analogie formelle : en provençal, escandola dési-

1. Dictionnaire (161 1) : « Cosse, tlie tippev part of tlie mast of a ship; also as cost, a rip. »

2. Oudin (1640) avait simplement emprunte ce sens à Cotgrave.

l6 LES TERMES NAUTIQUES

gnait le « scandolar » et escandoli la pompe. Une telle alternative suffit à montrer les difficultés que rencontrent les interprètes modernes pour saisir le véritable sens d'un texte technique du wx'' siècle. Chaque nouvelle difficulté de cet ordre irrite malheureusement Jal et, au lieu de s'en prendre à l'insuffisance des documents nautiques dont on dispose pour l'époque de Rabelais, il préfère rejeter sur le grand écrivain son dépit. Écoutez plutôt [Glossaire^ s. V. escantoula) :

Nous croyons cette fois être dans le vrai (il s'agit dCescantoula au sens de « pompe »). Il est bien permis d'hésiter ou de se tromper lorsqu'on est en présence d'un texte rempli de termes défigurés et jetés dans le récit comme à l'aventure et sans aucun souci de leurs véritables significations par un écrivain qui affecte la technique d'un métier il est tout à fait novice.

Il est possible que Rabelais ail été « tout à fait novice » dans le métier de marin, et aucun rabelaisant, fùt-il Antoine Le Roy ou de l'Aulnayc, n'aurait risqué, je pense, sa vie dans un esquif piloté par maistre Fran- çois. Mais en est-il de même, en dehors du métier, de la valeur des termes nautiques employés par notre auteur? Est-il vrai, comme le veut Jal, que ces termes soient, chez Rabelais, « défigurés et jetés comme à l'aventure »?

Tous les exemples cités et discutés jusqu'ici font res- sortir la parfaite bonne foi de Rabelais en regard de la pas- sion et de la légèreté de son critique. Tout ce qui échappe à Jal, et c'est le cas des termes nautiques d'origine dia- lectale (bretonne, normande, etc.), ou de provenance méridionale (catalane, languedocienne, provençale), c'est- à-dire la grande majorité de la nomenclature de Rabe- lais, — lui paraît être termes défigurés ou conformation bizarre. Le but que poursuit Jal n'est pas de comprendre (le seul digne du critique lorsqu'il aborde un grand écri- vain), mais de juger (le vilain mot!) et de prononcer des sentences, lesquelles d'ailleurs se trouvent toujours en défaut.

CHEZ RABELAIS. I7

Dans ce vaste tableau d'un naufrage, il n'y a en fait qu'un seul point sur lequel le doute puisse être permis. On est surpris de rencontrer, parmi les voiles que le pilote de Rabelais fait mettre bas en prévision de la tempête, le nom d'epagon, qui semble désigner tout autre chose. Il y a probablement une confusion, mais il ne suffit pas de la constater, il s'agit de l'expliquer.

Certes, une erreur de ce genre est compréhensible, étant données la multiplicité de ces noms des voiles et la variabilité de leur nomenclature. « Une des conséquences de la révolution opérée dans les constructions navales, nous dit M. Ch. de la Roncière (t. II, p. 479), fut de précipiter au milieu d'une nomenclature déjà formée, comme celle de nos marins normands par exemple, une avalanche de mots nouveaux qui amena un désarroi, un pesle-mesle indescriptible. Déjà en iSSg, le patron d'une galère royale s'embrouillait dans la nomenclature de ses agrès, parlait d'arbre et de mât, de prime dite étai, de haussière dite gume, alignant en un mot le gréement des nefs (itaque, raque, renc, haubans, betas, vergues) à côté des apparaux de galères (ost, aman, prouver, groupial). »

Un homme du métier, un patron de galère royale a pu donc commettre des bévues pires que celles que Jal reproche constamment à l'auteur de Pantagruel. Cepen- dant, le cas d'epagon est plus délicat : c'est le grec iTuaYwv, lequel, nous dit-on, signifie « poulie ». Comment peut-on ,

confondre une poulie avec une voile? Il s'agit, on le voit, non pas d'un terme nautique proprement dit et d'origine populaire, mais d'un emprunt littéraire et destiné simple- ment à faire groupe. Comment se fait-il alors que Rabe- lais, bon helléniste, ait pu se tromper au point de faire rentrer dans la nomenclature de la voilure un terme grec désignant tout autre chose? Voyons d'abord ce que nous en dit Jal [Glossaire) :

En grec Ènâywv était le nom d'une poulie, d'une mouHe; est-ce une poulie que prétendait désigner Rabelais? Nous ne

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VIII. 2

l8 LES TERMES NAUTIQUES

le croyons pas. Nous supposons que le mot espigon, qui était chez les Provençaux parmi les termes de galères, est celui qu'il eut l'intention de produire dans ce passage il accu- mula les mots techniques, en les défigurant à plaisir et sans trop se soucier de connaître la chose qui désignait en effet cette francisation de l'italien spigone. Uespigon n'était pas une voile, et il n'y avait point de voile du nom à^epagon.

C'est toujours la même antienne! Au lieu d'expliquer, Jal accuse et condamne... Epagon n'a absolument et ne peut rien avoir de commun ni avec le provençal espigon^ ni avec l'italien spigone (comme le veut Jal), pour la bonne raison que l'un ou l'autre n'aurait pu donner au français du xvie siècle que la forme espigon; et il s'agit epagon ^ simple transcription française de l'ancien grec èTrâ^wv.

La question reste tout entière : comment expliquer la possibilité d'une pareille confusion de la part de Rabe- lais? Je crois l'entrevoir dans l'éclaircissement dont Henri Esticnne accompagne le mot dans son Thésaurus : « 'K7:iY(i)v, trochlea in cujusdam machinae radice collocata (Vitruvc, X, 5). In radice auiem machinas collocatur icr- tia trochlea; eam autcm Gra.'ci èzaYcvxa, nostri artemonem appellant. » Suivant notre lexicographe, l7:iYo)v est donc le synonyme d'artimon^ lat. artemo, qui a ce double sens : i<> sens ancien, chez Vitruve, troisième poulie d'une moufle (c'est le grec èzaYtov); sens médiéval, chez Isi- dore, voile du màt d'artimon (grec àpTé[xtov).

La confusion de Rabelais peut donc s'expliquer par l'in- terversion de ces deux acceptions. Mais, encore une fois, il s'agit ici d'un terme de remplissage, d'origine purement littéraire, dont l'emploi, normal ou anormal, ne peut nul- lement influer sur l'ensemble de la nomenclature. Celle-ci, et particulièrement tout ce qui touche à la voilure, « le pilot tit mettre voiles bas, mejane, contre mejane, triou, maistralle, [epagon], civadiere » (1. IV, ch. xviii), est parfaitement exacte. Il ne s'agit pas là, comme le prétend Jal, de termes « jetés à l'aventure », mais tout simple- ment de la reproduction fidèle des noms des voiles établies

CHEZ RABELAIS. I9

sur toute galère méditerranéenne. Le dernier historien de la marine française, M. Ch. de la Roncière, recon- naît également (t. II, p. 482) que « la nomenclature de Rabelais s'applique bien à la voilure des nefs marseillaises et italiennes de i525 ».

C. Les variantes graphiques.

Les objections de Jal contre la forme de certains termes nautiques de Rabelais trahissent une ignorance totale des habitudes graphiques du xvi^ siècle, et il est singulier de voir un technicien de la marine vouloir apprendre l'or- thographe au plus illustre écrivain de la Renaissance. Voici les remarques de ce genre que Jal fait au cours de son mémoire sur les Navigations de Pantagruel :

Bien que Panurge dise Torgeau pour l'arjou..., il fait tira- dos de l'italien tiradore.... Ce ne sont pas les seuls mots qu'il prononce mal. Ecoutez plutôt : Aignkuillot, c'est Caiguillot qu'il faut dire (p. 5i5). /

Panurge disait orgeau tout bonnement parce que les marins marseillais de son temps appelaient orjau la barre du gouvernail; tirado accuse un intermédiaire languedo- cien itiradou) avant d'arriver à Tital. tiradore. Quant à aigneuillot, le problème est beaucoup plus important que ne le pense Jal. Il ne s'agit pas d'une « mauvaise pro- nonciation », mais probablement de deux termes radica- lement différents. Aigneuillot remonte seul au xvi= siècle, tandis que son représentant actuel aiguillât est dépourvu d'historique. L'hypothèse d'une « faute de transcription » (suivant le Dictionnaire général) est contredite par la cri- tique du texte du IV^ livre, dont les éditions portent toutes aigneuillot. Celui-ci suppose aigneuille, manceau aneuille., pour anille (cf. chez Rabelais, agueille pour aiguille), crochet, en ancien français et dans les patois, répondant au synonyme italien ganghero, aiguillot (litt. gond, cro- chet), lequel n'est qu'un des gonds fixés au gouvernail du navire et entrant dans des boucles ou pentures.

20 LES TERMES NAUTIQUES

Cappe, l'orthographe est mauvaise (p. 5i5). Chordes, orthographe vénitienne et grecque (p. 523).

Cappe est la transcription de l'ital. cappa, la grande voile, et le Dictionnaire général cite, de 1529, ce passage des Parmentier : « Nous eusmes vent contraire et nous fallut mettre à la cappe. » La graphie moderne cape est le reflet du provençal capo^ id. Quanta chorde, remarquons que la première édition du IV^ livre (1548) a corde, tandis que la deuxième ^1552) et les suivantes ont chorde, ortho- graphe savante qui est générale au xvi^ siècle. Robert Estienne, dans les deux éditions de son Dîc?fo;znafre (iSSq et 1549), renvoie de chorde à corde, et d'Aubigné écrit tantôt une forme tantôt l'autre.

GuALLioN, orthographe impossible à justifier (p. 523). Hespailliers. Mauvaise orthographe d'espaliers. Rabelais écrit hespailliers, c'est une orthographe que rien ne peut justifier {IbidetJi).

On trouve chez Rabelais ces diverses graphies du pre- mier des mots cités : galion et gualion, gallion et giial- lion; de même galère (éd. 1548) et gualere (éd. i552), gualleace (seul), à côté de giiaban, guabarrier, guabet, guaillardet, gualée, guatte, pour nous tenir aux seuls termes de marine. C'est l'orthographe courante de l'époque qui n'a pas besoin de justification et qui, d'ailleurs, n'a aucun rapport avec la nomenclature nautique.

Pour hespailliers, la première édition a hespaliers, mais toujours avec une h initiale superflue qui est un des traits de l'orthographe du xvi« siècle et tout particulièrement de celle de Rabelais (cf. chez lui : horche, houlque et proba- blement houlle).

Nauchiers. On disait nochers en France; mais Rabelais pré- féra la conformation italienne nocchiere, qui avait été fran- çaise au xK siècle parce qu'elle avait un certain air d'étran- geté (p. 5o2).

Ce n'est pas pour donner au mot un « air d'étrangeté »

CHEZ RABELAIS.

que Rabelais écrit nauchier : sa graphie est simplement influencée par le latin naiiclerus, type de l'italien noc- chiere.

Je me suis efforcé de montrer Tinanité des griefs que Jal avait formulés contre la terminologie nautique de Rabelais. On a vu que les soi-disant anachronismes s'ex- pliquent par des particularités du style satirique, que les inexactitudes quant à la valeur des termes nautiques que Jal ne cesse de reprocher à Rabelais sont en grande par- tie illusoires et se résolvent en simples présomptions, lesquelles, comme les remarques orthographiques, se retournent contre le critique lui-même.

Pourtant, si Ton fait abstraction de ces côtés subjectifs de la diatribe de Jal, il en reste des détails très utiles pour rintelligence du « naviguaige » de Pantagruel. Ces élé- ments positifs ont passé dans le commentaire de Burgaud des Marets et dans le lexique de Marty-Laveaux. Cette partie du travail de Jal est d'autant plus méritoire que Le Duchat est à peu près muet en ce qui touche la nomen- clature nautique et que l'édition Variorum, si prolixe par ailleurs, se contente, quant à la voilure, de cette affirma- tion de De Marsy : « Noms de voiles qu'il serait trop long et même inutile d'expliquer, ainsi que beaucoup d'autres termes de marine qui se rencontrent dans ce chapitre ; mes remarques ne seraient guères entendues que des marins qui n'en ont que faire. «

M. W.-F. Smith, le dernier traducteur de Rabelais en anglais, consacre un curieux excursus au même sujet, à propos du 1. IV, ch. xviii. Touchant la confusion de la nef avec une galère, M . Smith suppose que Rabelais aurait appris ses termes nautiques dans ses voyages sur la Médi- terranée, lorsqu'il se fut probablement embarqué dans une galère et qu'ensuite il aurait appliqué, par ignorance, ces termes à sa thalamège.

D'autre part, M. Smith pense que Rabelais aurait pris l'idée de sa Tempête, qu'il considère comme une poe-

22 LES TERMES NAUTIQUES

tica tempesîas, de celle de l'Odyssée, de V Enéide, des Fastes d'Ovide, et principalement de la XII* Macaronée de Folengo' ; et que, pour la rendre plus sensible, Rabe- lais l'aurait assaisonnée de termes qu'il avait recueillis dans ses voyages.

J'ai indiqué plus haut la raison purement littéraire des anachronismes relevés par J al et de la préférence de Rabelais pour la galère méditerranéenne. Quant aux sources de la Tempête de notre auteur, les analogies classiques citées par .M. Smith entrent pour bien peu : Rabelais les connaissait certes (il fait allusion à Virgile vers la hn du ch. xxii du IV« livre), mais je n'ai pu découvrir aucun point de contact véritablement frappant entre ces compositions purement poétiques et la description si réaliste de notre auteur; la Macaronée, elle-même, ne lui a suggéré qu'un détail exclusivement psychologique : le contraste entre la lâcheté de Panurge et le courage du frère Jean. Ce tableau rabe- laisien de la Tempête est fidèle à la réalité, comme le << naviguaige » de Pantagruel tout entier, et M. Abel Lefranc a pu suivre toutes les étapes de ce dernier dans son livre si attachant sur les Navigations de Pantagruel.

Il est fâcheux qu'un critique si délicat et si pénétrant que M. Paul Stapfer ait cru devoir admettre, comme des faits acquis, les assertions plus que hasardées de Jal, et écrire à sa suite des phrases comme celles-ci : « Sa des- cription d'une tempête est une véritable débauche de termes techniques prodigués au hasard, tel mot dési- gnant une poulie est pris pour une voile, gri\elles, coiistieres, boulingues, mejanes, contremejanes, trions, civadieres et « tous les diables dansent aux sonnettes »,

I. La même opinion a été dernièrement soutenue par M. L. Thuasne dans ses remarquables Etudes sur Rabelais, Paris, 1904. Nous comptons y revenir prochainement, à propos de l'œuvre de Folengo. Dans sa récente édition critique du Quart livre de Panta- gruel d'après le texte de 1548 (Publication de la Société des Etudes rabelaisiennes, Paris, 1909, p. 42), M. Plattard fait remarquer avec raison que, parmi les éléments qui distinguent la Tempête de Rabelais de toutes les autres, se trouve précisément le vocabulaire nautique.

CHEZ RABELAIS.

secoués par les categides^ thielles^ elicies et psoloentes, c'est-à-dire (en grec) par la bourrasque et par la foudre. La science nautique de Rabelais ne semble pas être de meil- leure qualité, en somme, que celle de Victor Hugo dans les Travailleurs de la mer\ »

Rabelais et Victor Hugo sont deux grands maîtres de la langue, mais ce qui distingue surtout l'auteur de Pan- tagruel, c'est sa grande sincérité et sa merveilleuse con- naissance des hommes et des choses. Sa terminologie nautique, précisément, témoigne de l'information la plus large et de la conscience de la mise en œuvre. Chacun de ces termes pris à part répond à une réalité et rend hom- mage à la parfaite bonne foi du grand écrivain. Cet exa- men individuel fera l'objet de la deuxième partie de cette étude,

II.

La nomenclature de Rabelais.

Nous allons passer en revue les diverses sources qui ont alimenté le vocabulaire nautique de Rabelais. On fera abstraction, dans le dénombrement qui suit, soit à cause de leur origine littéraire, soit comme appartenant au dictionnaire général de la langue, des termes qui dérivent des sources suivantes :

a. Grecs, emprunts purement littéraires : bolide (1. IV, ch. xx), sonde^, à côté de son synonyme italien scandal (voy. ci-dessus, p. 3); celeusme (1. IV, ch. xxii), « chant pour exhorter les mariniers et leur donner couraige » [Briefve Déclaration), de y.€kz\iQ\}.x, chant cadencé du chef des rameurs pour régler le mouvementdes rames (Eschyle, Euripide); epagon (voy. ci-dessus, p. 17); les vaisseaux orcadk et THALAMEGE (1. III, ch. Li), et Ics appellations

1. Paul Stapfer, Rabelais, sa personne, son génie, son œuvre, Paris, 1889, p. 458.

2. Ce sens n'a aucun rapport chronologique avec le néologisme bolide, météore (voy. R. É. R., t. III, p. 292).

24 I^KS TERMES NAUTIQUES

diverses pour tempête et foudre (voy. ci-dessus, p. 4); enfin naumachie, représentation d'un combat naval (Scio- machie : la naiimachie, c'est-à-dire le combat par eau), du latino-grec naumachia (vauixayja), terme d'ailleurs anté- rieur à Rabelais (i52o).

b. Latins, termes antérieurs à Rabelais, tels que : ANTENNE, verguc (ou antcmne), et artemon (1. IV, ch. xviii), aujourd'hui artimon (par un intermédiaire italien), sous cette dernière forme chez Rob. Estienne (1549); carine, la quille (1. IV, ch. xvm), aujourd'hui carène (par l'in- fluence italienne); onéraire, de transport (1. I, ch. l : huit grandes naufs oneraires ... menant les thresors de sa mai- son ...), répondant aux onerarii naves de Plante et de César; çrore (1. III, ch. lh), proue*, et vêle (1. I, ch. xxiii), voile, deux latinismes rabelaisiens, à côté des rérjiinis- cences classiques : celoce et liburnique (voy. ci-dessus, p. 5).

c. Français, soit termes encore vivaces et remontant à Rabelais lui-même : amure, cordage (1. IV, ch. xx), d'où amurer, tendre l'amure [Ibid.)\ bonnette, petite voile ajoutée à une grande (1. IV, ch. xxii), et bressin, induit du verbe bressiner (1. IV, ch. xx); guarant, extrémité d'une corde (1. IV, ch. xxii), et portehaubans (1. IV, ch. xxxiv) ; soitantérieursànotreauteur : nautonnier (1. III, ch. xxxiii); UTACQUE, itague, cordage (1. IV, ch. lxiv), et uretacque (1. IV, ch. xx), aujourd'hui iireteau, corde à poulie, les deux derniers termes d'origine obscure.

d. Germaniques, soit termes anciens, entre le xi« et le xiv<= siècle : bouline ou boline (1. I, ch. xxiii) et estail (1. IV, ch. Lxv), aujourd'hui étai'^; lo, lof (1. IV, ch. xxii),

1. Cf. Pantcro-Pantcra (1614) : « Prora à la parte anterior dcl vasccllo : alcuni la chiamano anco prua e i Veneziani protia ». La forme encore vivace proue remonte au xiv siècle et accuse une ori- gine vénitienne.

2. Nicot (1606) : « Estay est une corde qui est liée au bout du i;rand mast sur la hune. » Père Fournier (1643) : « Estay est la plus grosse corde de toutes les manœuvres qui, accolant le mast par en haut sous la hune, va se terminer au pied du mast opposé. »

CHEZ RABELAIS. 25

et MAST, mât (1. I, ch. xxin) ; tillac (1. II, ch. xxv); soit du xve siècle : escoute' (1. IV, ch. xxii), aujourd'hui écoute, cordage pour les voiles; soit remontant à Rabelais lui- même : BABORT et TRIBORT (1. IV, ch. XXIl).

A. Emprunts ancien-français.

Nous rangeons sous cette rubrique les termes suivants :

Arbre, mât il. IV, ch. xxii : Ne tenois je Varbre seure- ment des mains et plus droit que ne feroient deux cens gumenes?), répondant à Tital. albero ou arbore, Tun et Tautre reflets du latin arbor, mât. Cf. Fournier (1643) : « Mâts sont quatre dans un navire : le grand màt s'ap- pelle à Marseille Varbre de maistre. « Le plus ancien exemple est attesté, en français, dès 1296 (voy. Godefroy).

BouLiNGUE, petite voile au sommet du màt (1. IV, ch. xviii : sont nos boulingues?)., terme employé en i5i2 par J. Le Maire {Illustrât., 1. II, ch. viii : singlerent leur vent à la bolingue)\ le mot paraît identique à bouline (voy. ci-des- sus), lequel a le double sens de « corde » et de « voile « dans VHydrographie du Père Fournier-.

CouET-^, écouet •!. IV, ch. xxii : pare les couet\), d'où couer, amurer [Ibid.) ; l'exemple le plus ancien du mot est de 1445 (Godefroy).

Gaillard, ou château gaillard., partie élevée à l'avant ou à l'arrière des grands vaisseaux (1, IV, ch. xxxii), c'est- à-dire fort, solide, terme attesté en i543 (de la Roncière, t. II, p. 480).

1. Père Fournier (1643) : « Escoiites sont cordes doubles qui tirent le bout de la voile vers l'arrière, servent à tenir le vent dans les voiles et empescher qu'il ne les emporte. »

2. Voici ses définitions : « Boulines sont cordes amarrées à chaque bord d'une voile, vers le milieux pour luy faire prendre le vent dit de bouline ou de costé. Ce mot signifie aussi la voile qu'on met de biés du vaisseau pour recevoir le vent qui souffle de costé et aller ainsi à la bouline. »

3. Père Fournier (1643) : « Couets sont cordes simples qui servent à tirer et amener les voiles vers le vent. »

26 LES TERMES NAUTIQUES

Galerne, gualerne, vent du nord-ouest (1. IV, ch. ix : le vent de Galerne), pris en opposition avec le siroco (1. IV, ch. xLiii : l'un loue le Siroch ... Taultre Gualej'ne) : très ancienne expression du vocabulaire océanien qui a sur- vécu dans le langage nautique et dans plusieurs patois.

Galée, gualée, galère (1. I, ch. m : vogue la giialée), terme remontant aux origines de la langue, sous la forme galic, d'où les dérivés galion (1. III, ch. v) et galiote (dans la Sciomachie), attestés dès le xni«-xiv« siècle. Galée est encore vivace au xv« siècle, lorsqu'il cède la place à galère ; galée est donc au xvi<= siècle un archaïsme qu'on rencontre encore en poésie (fréquent chez Marot), mais Du Bellay déclare expressément (éd. Marty-Laveaux, t. I, p. 3i5) : » J'ai usé de gallées pour galleres... » ; ou bien, c'est un italianisme, comme chez Brantôme (t. II, p. 3oo) : « ... il avoit onze carraques, deux cens galleres et vingt cinq gallées à voiles. »

Heaulme, barre du gouvernail (1. IV. ch. xx : Des- manches le heaulme)^ ou, comme le définit Cleirac (1643) : « Le heaume ou timon est un manche attaché au gouver- nail. »

Malettes, petites ouvertures par lesquelles on transfi- lait les attaches des bonnettes (1. IV, ch. xxii : Malettes hau), proprement pochettes, petites malles; .Tal y voit à tort l'ital. maglietta, petite maille (qui aurait donné au français maillette).

MoRisQUE, nom de voile (1. IV, ch. lxiv : papcfilz, morisqiies et trinquetzj, littéralement voile mauresque (cf. voile latine), terme inconnu en dehors de Rabelais (il manque au Glossaire nautique et chez Godefroy).

Nef, une seule fois employé par Rabelais et en dehors du « naviguaige » (éd. Marty-Laveaux, t. III, p. 357 : ... la ne/ demeura sans gouverneur), terme très ancien (vers 1040), remplacé à la fin du xv<: siècle par navire, employé une quinzaine de fois par Rabelais (déjà Com-

CHEZ RABELAIS. 27

mines emploie une fois nef et trente-six fois navire): cependant, ne/ garde son sens technique, surtout en poé- sie (par exemple chez Marot) jusqu'au xvii«= siècle, lors- qu'il fut relégué dans le domaine métaphorique. Le lat. navis a donné en français nef, à côté de nave et naiif ces deux derniers par l'intermédiaire de l'italien et du pro- vençal.

Orque, navire de transport (1. IV, ch. xviii : neni orques chargées de moines), terme que le Dictionnaire de l'Aca- démie de 1694 orthographie hourque : « Vaisseau léger et plat; on l'appelle aussi oucre. >> L'ancien français connaît encore les variantes : hiirque (vers 1490), hiilque (Com- mines) et /ïOîf/^z<e (Monstrelet), à côté de hource iTh. Cor- neille, 1694) et d'orce (Ménage), d'origine germanique : angl. et holland. hiilk (voy. Kemna, p. i5i et 154).

Peautre, barre du gouvernail (1. IV, ch. lv : vire la peautre), terme attesté dès le xin«-xive siècle (voy. ci-des- sus, p. i3).

Tahut, espèce de navire (1. V, ch. xiv [manuscrit] : Tahii:{, barquettes et freguattes = [édition] : galleres et freguades), terme inconnu en dehors de Rabelais et iden- tique au vieux mot tahut, cercueil (encore dans Bran- tôme) \ d'origine méridionale : toulousain tahut, bière ou cercueil (Doujat) ; quant au rapport sémantique entre « navire » et « cercueil », comparez cet article du Diction- naire étymologique de Ménage : « Nau, bière, cercueil... de sa ressemblance à une nau; c'est ainsi que nos anciens appelloient un bateau, du mot navis. »

V0LANTAIRE, sorte de navire (1. IV, ch. xxii) que Jal inter- prète (p. 523) par « bateau public, à volonté », tandis que Kemna (p. 04) le rapproche du synonyme vo/an? (1476), c'est-à-dire bateau léger, qui vole. Pourtant, i'o/a;îfazre ne peut dériver que de volente, volonté (Palsgrave) et le sens

I. Œuvres, éd. Lalanne, t. II, p. 201 : « Fut ordonné... qu'on por- teroit Du Guesclin sur son tahut, cstoit le corps et les clefs de Château-Randon. »

28 LES TERMES NAUTIQUES

répond à peu près à celui donné par Jal. Le terme manque à l'édition princeps du IV<= livre (1548).

B. Emprunts bretons et normands.

Suivant une tradition rapportée par le chanoine Jacques Doremet, historien de Saint-Malo, Rabelais « vint apprendre de Jacques Cartier les termes de la marine et du pilotage à Saint-Malo pour en chamarrer ses bouflfon- nesques Lucianismes et impics épicuréismes «^

Le nom de Tillustre navigateur breton est mentionné au V^ livre, ch. xxxi, parmi les historiens qui ont rapporté des choses prodigieuses, et, croit-on, dans le IV'= livre, sous le pseudonyme de Jamet Brahierou Brayer^. La tra- dition, citée plus haut, a été admise par MM. Abel Lefranc (p. 62) et Ch. de la Roncière (t. III, p. 329). Elle n'est pas loin de la vérité, si on en restreint la portée : ce n'est pas la nomenclature nautique en général que Rabe- lais aurait apprise à Saint-Malo, mais un certain nombre de termes provinciaux qu'il a recueillis de la bouche des matelots bretons. Sous cette réserve, la tradition peut être corroborée par une série de faits d'ordre géographique et linguistique.

Rabelais cite le « port Sammalo » (1. III, ch. xxiv), ainsi que le « port de Thalasse, près Sammalo « (1. III, ch. XLix); de même, les « ratz de Sanmaieu » (1. IV, ch. v), qu'on retrouve ailleurs (1. V, ch. xviii) sous la forme bre- tonne « ratz de Saint Mahieu » (le mot ra\ est breton et il signifie courant très violent). Il fait également mention de deux petites îles Sark et Herm entre Guernesey et Jer-

1. J. Doremet, De l'antiquité de la ville et cité d'Aletli, 1628 (cité par M. Abel Lefranc, Navigations de Pantagruel, p. 66).

2. M. Abel Lefranc a depuis montre que Brayer est le nom d'un personnage contemporain de Rabelais, un ancien marchand touran- geau allié à sa famille et qui avait souvent navigué (voy. R. E. R., t. IV, p. i83-i83). D'ailleurs, ce nom n'apparaît que dans la seconde édition du IV" livre, celle de i552.

CHEZ RABELAIS. 29

sey (1. IV, ch. lxvi) : « Aultrefois j'ay veu les isles de Cerq et Herm entre Bretaigne et Angleterre. »

Ajoutons, quant à la Normandie, Ronfleur (I. II, ch. xxiii : Partans de Rouen, arrivèrent à Hommefleur, se mirent sur mer; et le Havre-de-Gràce (1. II, ch. iv : ... la grand navire Françoise qui est au port de Grâce en Normandie)'.

Voici maintenant les termes que Rabelais a appris des marins bretons et normands :

Aguyon, zéphyre (1. IV, ch. xxix : ... fut voile faicte au serain et délicieux Aguyoti), terme que la Briefve Decla- 7'ation explique ainsi : « Aguyon, entre Bretons et Nor- mans mariniers, est vent doulx, serain et plaisant, comme en terre est Zephyre. »

Le mot est absolument inconnu en dehors de Rabelais, et je l'ai vainement cherché dans les travaux lexicogra- phiques sur les patois normand et breton^, ainsi que dans les monographies spéciales sur la matière^. Le nom a pourtant survécu et, grâce à l'obligeance de mon ami Ch. Guerlin de Guer, l'éminent patoisant de la Norman- die, j'en ai pu constater l'existence dans le langage mari- time du Calvados. Un mémoire manuscrit sur les termes nautiques de cette région qui a été mis à ma disposition par M. Denis, instituteur à Maisy (Calvados), contient la notice suivante :

« AiON, ou alion de vent, brise. »

Quant à l'étymologie du mot, elle m'est tout à fait inconnue.

1. Voir l'article de M. Henri Clouzot, Le capitaine Cliappuys et maître Alcofribas, dans R. E. R., t. VII, p. 478.

2. Glossaires normands de E. et A. Duméril (1849), Dubois et Travers (i856), H. Moisy (i885), etc.; glossaires bretons, de A. Le- roux (Mée, 1881) et Ad. Orain (IlIe-et-Vilaine, 1891).

3. L. Quesneville, Termes de mer et de pêche en patois de Ber- nières-sur-Mer (dans le Bulletin des parlers normands, 1901 , p. 453 à 456), et Ernest Deseille, Glossaire du patois des matelots boulonnais, Paris, 1894.

30 LES TERMES NAUTIQUES

Chippe, vaisseau il. IV, ch. xxii : cinq chippes] ; le terme rabelaisien n'est pas directement une « francisation de l'anglais ship, navire », comme le pense Jal, mais un emprunt fait par Rabelais au patois breton, dans lequel le nom a survécu avec un sens plus restreint. Dans le Catho- licon de Schmidlin (1771), chippe est noté comme « bre- ton » et ainsi défini : « Dans le cercle maritime de Saint- Malo : petite barque de pécheur dont on se sert sur le Rancé. » Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire ancien, en dehors de celui de Cotgrave qui l'a tiré de Rabelais lui-même.

Flouin, suivant Nicot, « une manière de vaisseau de mer, approchant la rauberge, peu plus petit » (1. IV, ch. XXII [éd. i532j : xvoxsjlouins ; le terme n'est pas « une orthographe auriculaire du mot ângXsàs flowing » (de^;^, voler), comme le soutient Jal, ét^-mologie admise par M. Ch. de la Roncière ' et passée dans le glossaire de Marty-Laveaux, pour les deux raisons suivantes : Flo- u'ing est inconnu à l'anglais du xvi^ siècle, \e Dictionnaire de Murray ne le mentionne pas avant 1748 et encore comme simple épithète fîowing sail »); le terme, attesté dès la seconde moitié du xv<= siècle, se présente d'abord sous les formes Jlein, félin, pholin, dont l'origine reste obscure (voy. Kemna, p. 240). La forme flouin se lit dans un document de Saint-Malo, de i553, « iroïs Jîouins et deux chalouppes » (de la Roncière, t. II, p. 461).

GuABET, gabet, girouette (1. IV, ch. lxv : voyez le guahet de la hune), répondant à gabet, au même sens, usité dans la Manche, suivant le témoignage de Th. Corneille (1694). Le patois guernesiais emploie encore gabet au sens de « girouette » (Métivier).

Frizon, frison, pot de terre ou de métal pour conserver

I. Ouvr. cité, t. II, p. 261 : « On a reconnu dans flouin le mot anglais Jlowing, volant, qui trahirait, semble-t-il, l'origine de ce type de bâtiment. »» La même étymologie problématique se lit chez Corazzini au mot flouin.

CHEZ RABELAIS. 3l

la boisson (1. IV, ch. xxii : apporte \esfri:{ons, hau Gym- naste...), terme que Cotgrave rend par dutch tankard, ou pot hollandais, et que le Père Fournier délinit ainsi : « Frisons sont chopines d'airain ou de terre cuite pour tenir boisson ; en Normandie, on les faict d'estain et con- tiennent deux pots. » Le mot signifie peut-être « pot de Frise >> i Dictionnaire général), et il a pénétré en français par un patois normand.

Grain, orage accompagné de pluie et de grêle (1. IV, ch. XVIII : un tyrannicque grain et fortunal nouveau), que Cotgrave note également comme normand, et, en effet, le terme était et est encore familier aux marins de la Nor- mandie. Voici deux témoignages, l'un ancien et l'autre moderne, sur cette provenance du mot :

« Souvent s'eslevoient des tourbillons que les mariniers de Normandie appellent grain, lesquels ... tempestoyent si fort dans les voiles de nos navires que c'est merveilles qu'ils ne nous ont viré cent fois...^ »

« Grain, onde subite et passagère, avec ou sans bour- rasque ; cette expression, familière aux marins, est usitée dans tout l'arrondissement de Pont-Audemer'-^. »

C'est du patois normand que grain, au sens nautique, a passé au français, il est devenu d'un usage général^; et du français le mot passa au provençal avec la même accep- tion technique : « Gran, terme de marine, orage passa- ger » (Mistral).

Inse, hisse! cri pour animer la chiourme à hisser les voiles (1. IV, ch. xx), impératif de inser, forme normande (du norois hîsa, id.), répondant au méridional hisser

i. Jean de Lery, Voyage de V Amérique, ch. iv (cite d'après Le Duchat).

2. Robin, Prévost, etc.. Dictionnaire du patois normand en usage dans le département de l'Eure, nvreux, 1882, p. 2i3.

3. Dictionnaire de l'Académie de 1694 : « On appelle grains de vent, en terme de marine, certains tourbillons qui se forment tout à coup et qui, à proportion de leur violence, endommagent plus ou moins le vaisseau. »

32 LES TERMES NAUTIQUES

(prov. et catal. issar, ital. issare], d'où insail, drisse, le pendant normand de hissas (I. IV, ch. xx : la main à Vin- sail) que j'ai déjà relevé dans la première partie de cette étude. On rencontre la même forme nasalisée chez d'Au- bigné (Histoire, t. II, p. 5o : ... et hinsant la civadière..., il fait prendre les rames) et, au xvii« siècle, chez Cleirac [Termes de marine, 1643, p. 32 : les drisses servent pour tirer l'estague aux fins de hinser ou d'amener les voiles). Cette forme nasalisée, f;z.yer ou hinser, a précédé hisser, qui est moderne et d'origine méridionale.

Ramberge, vaisseau à voiles et à rames employé sur l'Océan (1. IV, ch. i), figure sous cette forme d'abord chez Rabelais, tandis que la forme primitive roberge, ou }'au- berge (cène dernière encore chez Nicot), lui est antérieure (voir R. E. R., t. VI, p. 293). Ramberge est une adapta- tion, dans la bouche des marins normands, de l'anglais ron'barge, barge à rames. Voici comment Du Bellay décrit cette sorte de vaisseau de guerre (Mémoires, éd. 1569, p. 598) : « Il y a une espèce de navire particulier, dont usoient nos ennemis [les Anglois], en forme plus longue que ronde, et plus estroite beaucoup que les gal- leres ..., avecques ces vaisseaux ils contendent de vitesse avecques les galleres et les nomment ramberges. »

C. Emprunts des autres patois.

Citons ici quelques exemples isolés, en dehors du groupe normano-breton, à savoir :

AiGNEuiLLOT, gond du gouvernail (1. IV, ch. xviii : Jeoy Vaigneuillot frémir. Est-il cassé?), mot radicalement dif- férent d'aiguillot, avec lequel on le confond d'habitude, celui-ci ayant le sens primitif de « petite aiguille », celui-là de « petit crochet » (voir ci -dessus, p. 19); le terme appartient au même patois qui a fourni à Rabelais la forme agueille, aiguille.

Caveche, sorte de poulie appelée « cap de mouton »

CHEZ RABELAIS. 33

(1. IV, ch. XVIII : Guare la caveche), répondant au sainton- geais cabeche, tête (Jônain) pris dans une acception tech- nique. Cotgrave note le terme comme languedocien, mais celui-ci ne connaît que cabesso avec le sens exclusif de « tête ».

Coursoir\ terme dont on ignore le sens précis, mais en tout cas différent de coursie (1. IV, ch. lxiii : Rhizo- tome estoit accropy sus le coursoir)^ du poitevin coiirsoir'^, cour ou espace libre entourant les habitations (Beauchet- Filleaul. Il est probable que Rabelais a entendu ce terme au port des Sables-d'Olonne ou de la Rochelle qu'il men- tionne fréquemment dans son roman (par exemple, 1. II, ch. V : passant à la Rochelle, se mit sur mer et vint à Bour- deaulx), port qui se trouvait dans le voisinage de Mail- lezais, notre auteur fit des séjours répétés chez son protecteur et ami, Tévêque Geoffroi d'Estissac (i5i8-43;.

D. Emprunts languedociens et provençaux.

Les ports du midi de la France sont souvent cités dans le roman de Rabelais, et en premier lieu Bordeaux (1. II, ch. V : ... à Bourdeaulx onquel lieu ne trouva grand exer- cice, sinon des guabarriers jouans aux luettes sur la grave), ensuite Bayonne (1. I, ch. xxiii : à Bayonne ... saisirez toutes les naufz) et Marseille (1. I, ch. xxii; 1. IV, ch. m). De même, le groupe d'îles d'Hyères, dans la Méditerranée, si cher à notre auteur (1. III, ch. l : mes isles Hieres, antiquement dictes Stœchades) et qu'il a souvent traversé : on sait que, sur le titre du Tiers livre^ il ajoute à son nom celui de « calloier des isles Hieres ».

Les voyages fréquents de Rabelais dans le midi de la

1. Cf. dans le Glossaire de l'édition Moland : « Coursoir, pompe d'un vaisseau » (même chose chez Godefroy). Je ne sais l'auteur a pris cette acception positivement erronée.

2. Lalanne cite, dans son Glossaire du Poitou, ce document de i658 : a ... jardrins, cours, coursoueres... »

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VIII. 3

34 LES TERMES NAUTIQUES

France l'avaient familiarisé avec le langage maritime du Languedoc et de la Provence, lequel a fourni, après l'ita- lien, le contingent le plus important de sa nomenclature nautique.

Voici les termes qui dérivent de cette source et qu'on trouve, pour la plupart, d'abord chez Rabelais :

AcAPPAYER, mettre à la cape (1. IV, ch. xx : Acappaye. En sommes-nous là? dist Pantagruel... Acappaye hau, s'escria Jamet Brahier, maistre pilot, acappaye), pro- bablement identique avec le simple capéyer ou capeer, « singler à la cape ... en trop excessive tormente », sui- vant la définition de Nicot, mais attesté après Rabelais (voy. le Dictionnaire général). Le Trésor de Mistral ignore un composé acapeia (il enregistre seulement : gascon capeia, à côté du marseillais capia), ainsi que les dictionnaires nautiques italiens'. Le type du dérivé rabe- laisien est encore à chercher, mais sa source méditerra- néenne est hors de doute. De l'Aulnaye se trompe lorsqu'il affirme, dans son glossaire, que Vacappaye de Rabelais « signifie en provençal achève de tendre les cordages » ^ : « achever » se dit acaba en provençal.

AiGUADK, provision d'eau douce sur mer (1. IV, ch. ii : les chormes des naufz faisoient aiguade), du provençal aigado, id. Cf. « Faire aigade est aller puiser, prendre ou faire provision d'eau douce » (Père Fournier, 1643).

Brague, braie, cordage (l. IV, ch. xviii : pour Dieu, saulvons la brague)., de brago, id. C'est du provençal que dérive également l'équivalent italien braga [del timone)., corde qui empêche que le timon ne sorte de son pivot (Duez).

Besch, vent du sud-ouest (1. IV, ch. xliii : l'un loue le

1. Corazzini donne accapiare, lier avec un nœud coulant, mais ni la forme ni le sens ne conviennent à Vacappaye de Rabelais.

2. De là, dans le Glossaire de l'édition Moland : « Accapaye (sic)! tends les cordages, terme de marine de la Méditerranée. »

CHEZ RABELAIS. 35

iroch, l'autre le Besch) ; Cotgrave enregistre labeche et lebeche : c'est le langued. labech, roussillonnais Icbech, italien libeccio vent appelle la bêche par les Proven- çaux ^ vent d'Afrique », Oudin) ; chez Rabelais, la syllabe initiale a été confondue avec l'article.

BiTOu, bitton, charpente servant à fixer les amarres (I. IV, ch. XIX : attache à l'un des bitous], et biton (1. V, ch. xviii), du langued. biton, biton, id.

Cap, l'avant du vaisseau (1. IV, ch. xx : le cap est en pièces], du langued. cap^ id.

Capestan, cabestan (1. IV, ch. xxii : le câble au capes- tan], forme particulière à Rabelais que donne également Cleirac (1643) : « Au milieu de la largeur du pont est le capestan ou cabestan... » La forme littéraire et moderne cabestan figure au xiv^ siècle dans le Clos des Gallées de Rouen (p. 121), sous les variantes cabestant et cabestens, l'une et l'autre forme d'origine méridionale : capestan et cabestan (ou cabestran). L'anglais possède, de même, cap- stan, attesté au xiv^ siècle, que les Anglais (suivant Murray) auraient appris des matelots de Marseille ou de Barcelone, à l'époque des croisades.

Chorme, chiourme, équipage (1. IV, ch. 11), répondant au langued. chonno et au marseillais chunno (d'où la forme cliem^me, employée par Commines, 1494), italien ciurma, d'où la forme littéraire moderne qui a été précédée par celle de chourme : « La plupart des provinciaux, remarque Ménage [Observations, t. II, p. 459), disent chourme; il faut dire chiourme. comme on dit à Paris. » Le Père Fournier enregistre, dans son Hydrographie, ce double sens du mot : « Chiorme ou chiourme, sur la Méditerranée, signifie premièrement le lieu les forçats tirent à l'avi- ron d'une galère, et secondement il signifie toute la bande de ceux qui voguent. »

I. Cf. Robert Estienne (1549) ^^ "^"^^ '^^"' " Celuy qui est entre occident et midi est nommé Suovcst ..., des Italiens Garbin et Labeche. >>

36 LES TERMES NAUTIQUES

CivADiERE, voile qu'on suspend sous le mât de beaupré (1. IV, ch. xviii), terme qu'on trouve cité en 1 525 dans l'/n- ventaire de la Grand Maistresse de Marseille (Ch. de la Roncière, t. II, p. 483) : c'est le prov. civadiero, id., de civado, avoine, ainsi nommée parce qu'on l'a comparée à un sac à avoine (Mistral). Cette forme méridionale, encore chez Thierry (1572) et Monet (i635), e«t antérieure à celle de cevadere, enregistrée seule par Nicot (1606) : « Ceva- dcre est un mot espagnol qu'aucuns mariniers usurpent ores qu'ils en ayent un de leur nation qui est beaupré. « L'italien ^{évadera quella vêla che si fa sopra li speronc dei vascelli quadri », Pantero-Pantera, 1614) accuse éga- lement une origine espagnole.

CoNTREMEJANE, coutrcmisaine ou contre-artimon (1. IV, ch. xvni), du langued. contromejano, nom d'une des voiles des galères (Mistral;, terme qui figure dans un document nautique marseillais, de i525, déjà relevé.

CvERCE, vent d'est-nord-ouest (1. IV, ch. xliii : ce bon vent de Languegoth que l'on nomme Cyerce] ; dans le Languedoc occidental, cers désigne le vent nord-ouest (que Doujat, i638, définit ainsi dans son Dictionnaire toulousain : vent d'occident, contraire à l'antan sud-est) et il figure dans ce dicton nautique : « Labech tardié, Cers marinié. » C'est le survivant du latin Circius ou Cercius, vent violent de nord-ouest dans la Gaule narbonnaise, dont parle Pline '.

Encarrer, échouer, en parlant d'un navire (1. IV, ch. xxi : nostre nauf est elle encarrée?; 1. V, ch. xvni : ... feurent nos naufs encarrées par my les arenesj, répondant au mar- seillais encara, échouer, engraver, donner sur un écucil (langued. encala et encalha^ ital. incagliare, id.).

I. Hist. tiat., 1. II, ch. xlvi : « In Narbonensi provincia clarissi- inus ventorum est Circius, nec ullo violentia inferior, Ostiam ple- rumquc recta Ligustico mari pcrferens : idem non modo in rcliquis partibus cœli ignotus est, sed ne Vicnnam quidem, ejusdem pro- vinciae urbem, attingens, paucis ante limitibus, jugi modici occursu lantus ille ventorum coercctur ».

CHEZ RABELAIS. 0"]

EscANTOULA, chambre d'une galère destinée aux argou- sins (1. IV, ch. xix : mousse..., garde Vescantoula), graphie erronée pour escandoula, forme languedocienne répon- dant au bas-lat. et ital. scandola, a. côté de scandolaro^ lieu proche de la chambre de la poupe (Oudin), d'où ancien français escandelar (xiii= au xvi^ siècle), déjà cité dans la première partie. Cotgrave donne à escantuole [sic] le sens de pompe d'un navire, acception admise par Oudin (1640) et en dernier lieu par Jal (voir ci-dessus, p. 17).

EscouTiLLE, écoutille, espèce de trappe (1. IV, ch. lxiii : transpontin au bout des escoutilles]^ du langued. escou- tilho, id. Le Dictionnaire général x\v&\q mot de l'espagnol escotilla, mais Rabelais, chez lequel on rencontre d'abord le mot, ignore les termes nautiques de source espagnole (qui sont d'ailleurs postérieurs : voy. ci-dessus civadière^ à côté de cevadère).

EscouTiLLON, écoutillon, petite écoutille (1. IV, prol. nouv. : la trappe des cieux ... semble proprement à un escoutillon de navire), du langued. escoutilhoiin, id.

GuAiLLARDET, gaillardet, pavillon échancré arboré sur un màt de misaine (1. IV, ch. xlv : Papefigues. Lesquels jadis ... les nommoit on GuaillardetO^ du langued. gal- hardet (Bordeaux, gnalhardet\ id., ital. gagliardetto. La variante guillardet {\. V, ch. xviii : ... cestuy costc dressa vers le guillardet) accuse peut-être une variante gasconne I gotialhardet] .

GuATTE, gatte, désigne la hune' au haut du mât (1. IV, ch. xviii : l'arbre du haut de la guatte), du prov. gato, partie du pont d'un navire (proprement « auge « dans le Tarn). Le terme se trouve déjà dans ÏOppugnation de Rhodes de Jacques de Bourbon (éd. i526, fol. 14 vo) : « Tous les navyres meisrent baniere en hault de la gatte,

I. Cotgrave rend gatte par « the top of the main-mast » et rac- compagne de l'abréviation : ff Norm. (c'est-à-dire Normand); gatte est, il est vrai, la forme normanno-picarde de jatte, mais le nor- mand ignore le sens nautique du mot.

38 LES TERMES NAUTIQUES

c'est à dire les navyres ronds et les galleres au bout de leurs arbres. »

Hespaillier, le premier rameur d'un banc, dans une galère (1. IV,ch. xix), du langued. espalié, id. Cf. I. Hobier, 1622, p. 6 : « Les deux premiers [forçats] e]ui manient le giron des rames joignantes l'espale s'appellent espaliers, qui sont ceux qui donnent la vogue au reste. >>

Houlle, lame (1. IV, ch. xx : cap en houlle), c'est le creux entre les crêtes de deux lames, ensuite vague d'une mer agitée, terme d'abord attesté chez Rabelais, qui Ta emprunté au provençal otilo, creux de rocher, concavité du lit d'un torrent (plusieurs cours d'eau du Dauphiné s'ap- pellent Olle, Ouïe), proprement marmite, pot, à l'exemple du catalan (et espagnol) olla, qui signifie à la fois marmite et remous, tourbillon, gouffre dans la mer ou dans un fleuve. Rabelais a donné au mot une graphie qui lui était habituelle (cf. horche) et qui n'a rien d'étymologique : aussi Cotgrave, Nicot et Oudin enregistrent-ils à la fois houle et ouïe, et Ménage ne connaît que cette dernière forme; Richelet (1680) remarque à ouïe qu'il s'écrit plus ordinairement par /?, et ce n'est qu'à partir de la fin du xvii<= siècle (Thomas Corneille, 1687) que la graphie houle l'emporte et est consacrée par le Dictionnaire de rAcadé- mie de 17 18.

Le terme n'est donc pas « une francisation du hollandais holle, creux » (Jal), lequel est représenté par le normand de Hague houle, trou, caverne surtout dans les rochers (Fleury), mais un emprunt méridional dont la valeur métaphorique se retrouve à la fois en provençal, en cata- lan et en espagnol.

Lignade, provision de bois sur mer (1. IV, ch. lxiv : vos chormes y porront faire aiguade et lignade), du prov. lignado. train de bois flotté.

Majourdome, nom de l'offîcier chargé du service des vivres sur les galères (1. IV, ch. xviii : Majordome, hau, mon amy. . du langued. majourdome, id. Le terme se

CHEZ RABELAIS.

trouve dans les Faits de la marine (i5i5-i520) d'Antoine de Conflans : « ... l'argouzin, xv fl.; le majour dosme, XV fl... »

Maistral, mistral (1. IV, ch. xviii : le maistral accom- paigné d'un cole effréné), du prov. maistral^ vent du nord- ouest. Cf. Monet (i635) : « Maestral^ mestral, vent direc- tement opposé au siroco; » le Dictionnaire de l'Académie de i835 et 1878 contient encore cette remarque : « Mis- tral. Quelques-uns disent et écrivent maestral^. »

Maistralle, la grande voile d'un navire latin (I. IV, ch. xviii), du prov. maistralo, id. Les glossateurs de Rabe- lais (Moland, Marty-Laveaux) confondent généralement ce terme avec le précédent.

Mejaxe, misaine (1. IV, ch. xviii), répondant au langued. mejano, mât d'artimon, terme qu'on rencontre dans l'in- ventaire d'une galère marseillaise de i525 (voy. ci-dessus, p. 10) ■^. La forme littéraire misaine^ de l'ital. me^^ana^ voile moyenne^, se trouve déjà dans Les comptes des galées de Rouen du xive siècle (p. 120) : « Une migenne...^ vielle et usée », et c'est cette forme normande qui a pré- valu en français; le Père Fournier (1643) dit à cet égard : « Artimon signifie la voile du mast d'arrière que les Nor- mans appellent mi\aine. »

Nauf, navire, terme fréquent chez Rabelais (qui l'a employé une vingtaine de fois) et rivalisant chez lui avec son synonyme navire, le remplaçant de l'ancienne nef '. c'est le prov. naii., nauf^ navire (vieux), barque, bac,

1. Cf. Rob. Eslienne (1549), s- v. vent : « Entre occident et septen- trion, northouest ... [est nommé] des Italiens Maestre ou Maestro, comme qui dirait Magister. »

2. Le mot se lit déjà dans les Illustrations de Gaule (i5ii) de Le Maire de Belge (éd. Stecher, 1. I, ch. xxxi) : « ... veille à tes cré- neaux, desploye la mejane et contremejane..., guindé la maistrcsse voile du mast..., lors aura vent en poupe, et prospérera ton navi- gage. »

3. Cf. Pantero-Pantera (1614) : « Me^ana (sic) à una vêla chc si fa tra l'arbore maestro c la poppa. »

40 LES TERMES NAUTIQUES

bateau (Mistral). Le terme nauf se rencontre d'abord vers i5o7 dans la Chronique de Jean d'Auton et ensuite dans VHistoire du royaume de Naples par Sauvage de Fonte- nailles (voy. Godefroy) ; Rob. Estienne (1549) enregistre la forme parallèle : « Nau, cerchez navire'^. »

Orgeau, barre du gouvernail (1. IV, ch. xviii : n'aban- donnez Vorgeau), du langued. ourjau, id. ^

Pane, panne, voilure d'un navire (1. IV, ch. xx : guare \a pane), du langued. pano, id. L'étymologie proposée par Jal, de Vhâl. pania, glu, est phonétiquement inadmissible.

Pontal, pont volant (1. IV, ch. xxiv : hespailliers, hau, jettez \e pontal), du langued. pontal, id.

Serper, lever l'ancre (1. V, ch. xviii : Ayans serpé nos gumenes, feisme voile...), du langued. serpa, id., et serpa lou ferre, id. Cf. Littré : « Serper. Ancien terme de marine. Sur les galères du temps de Louis XIW , serper le fer, ou, absolument, serper, lever l'ancre. « Le langued. serpa ou sarpa répond à l'ital. sarpare ou salpare levar l'ancora dal mare e tirarla nella nave per far vêla », Boerio).

Soutte, soute, réduit sous le pont du navire (1. IV, ch. Lxvi : Panurge se mussa au bas dedans la soutte), du prov. souto, id., peut-être identique à souto , sous; en dehors du provençal, le terme (antérieur à Rabelais) est inconnu au vocabulaire méditerranéen.

TiR.u)os. trait ou cordage (1. IV, ch. xviii : n'abandon- nez... le tirados), du prov. tiradou, qui dut avoir ce sens au xvi= siècle dans le langage nautique (aujourd'hui, il désigne le timon ou la flèche du charriot), à l'exemple de l'ital. tiradore, au même sens chez Oudin (1640).

I. Suivant M. Ant. Thomas [Romania, i. XXXI, p. 492), « nauf chez d'Auton et chez Rabelais est une forme poitevine, plutôt qu'un emprunt provençal ». En attendant la démonstration de cette provenance spéciale, je me borne à constater que les glossaires patois du Poitou et de la Saintonge ignorent l'existence du mot.

CHEZ RABELAIS. 4I

Triou, voile de fortune de la galère (1. IV, ch. xviii), variante du langued. treoii, voile carrée qui remplace les voiles latines pendant le gros temps; en ancien français, on disait fre/" (document de i383 chez Ch. de la Ron- cière, t. II, p. 481), ital. trevo une voile quarrée dont on se sert en temps de bourrasque, tref ou. treoti en langue provençale », Oudin).

Valentienne, sorte de cordage qui sert à tenir la vergue en équilibre (1. IV, ch. lxiii : nous ne voguions que par les valentiennes, changeant de tribort en babort, et de babort en tribort), forme altérée de valencine, comme le mot est écrit dans un document de i538 (cité par Ch. de la Ron- cière, t. II, p. 481), répondant au langued. balancino, balancine (avec la prononciation gasconne de la palatale initiale); Fournier connaît la même variante (1643) : « Balencines ou valencines sont cordes qui servent pour balancer la vergue comme Ton veut, haussant Tune des extrémités et abbaissant l'autre. »

E. Emprunts catalans.

C'est à Rayonne que Rabelais a probablement appris les termes catalans qu'on rencontre dans son « naviguaige » . Ces termes manquent en général au languedocien ou bien en diffèrent par la forme. Voici les expressions qui accusent cette origine pyrénéenne :

EsTANTEROL, pilier placé à la tête du coursier d'une galère près de la poupe (1. IV, ch. xix : Deçà, Gymnaste, icy sur Vestanterol), du catal. estanterol, « fusta à modo de columna qu'en las galeras se colocava à popa en lo pasa- dis, y en ella s'hi afirmava il toldo » (Labernia y Esteller), prov. estanteirol (Mistral), ital. stentarolo un travicello che s'appoggia alla corsia e sostiene la forbice dalla poppa », Crescenzio), esp. estanderol. Le mot catalan répond seul à la forme rabelaisienne, et il dérive (comme estantal, étai, soutien) (testante, Hxe, debout; Vestante- rol n'est donc pas « l'endroit de la poupe était arboré

42 LES TERMES NAUTIQUES

l'étendard » [stentarolo, italien, de stendale , étendard), comme on lit dans le Glossaire de Marty-Laveaux, mais le nom du pilier lui-même (l'ital. stentarolo étant emprunté au catalan). Radicalement différent est Thomonyme rabe- laisien : « Un estanterol de gens de cheval « [Sciomachié], c'est-à-dire un escadron qui portait un étendard (du bas- latin stantariim, pour standarum^ étendard).

Fadrin, jeune matelot, novice (1. IV, passim : trois pas- sages), du catal. fadri (pi. fadrin), au sens de « marin » dans l'ancienne langue. Le terme est d'ailleurs antérieur à Rabelais, comme je l'ai montré ci-dessus.

Fernel, estrope attachée au banc de la galère (1. IV, ch. XXIV : du fernel ne vous souciez), de l'ancien catal. frenell , id. La métathèse de la forme rabelaisienne se retrouve dans le langued.farnel, drosse, cordage qui sert à mouvoir la barre du gouvernail et drosse des basses vergues, estrope (Mistral); en italien, frenello désigne aussi « la stafta di corda per regere il remo » (Petrocchi). Le terme est également antérieur à Rabelais (voy. ci-des- sus, p. II).

F. Emprunts italiens.

Les termes italiens sont les plus nombreux dans la nomenclature nautique de Rabelais. On sait qu'il a fait quatre voyages en Italie (entre les années i534 ^^ i35o) et c'est pendant ces divers séjours que Rabelais a recueilli des matelots de l'Italie du Nord, et tout particulièrement de ceux de Venise, tout un stock de termes de marine. Nous allons aborder les emprunts italiens d'origine dia- lectale avant d'étudier les mots de provenance littéraire.

a. Termes vénitiens.

Cette classe d'emprunts se rapporte principalement à tout ce qui touche à la galère, Marseille et Venise ayant

CHEZ RABELAIS. 43

également enrichi sous ce rapport le vocabulaire de Rabe- lais. Voici les termes en question :

Algousan, argousin (1. III, ch. xx : mon comité, mon algoiisan, mon sbire...), de l'ancien vénitien algu\in^ aujourd'hui agu\in, « basso uffiziale di galera, che ha Tin- combenza di levare o di rimettere le catene ai galeotîi o forzati, e che invigila sopra essi « (Boerio). La forme litté- raire argousin, également attestée dès le xvi^ siècle [Dic- tionnaire général), vient par contre du marseillais argou- sin, id., reflet local d'algoiisin ou algusin, qui renvoie également à Venise.

Arsenac, arsenal maritime '1. IV, ch. xxv : en Varsenac de Venise), forme encore conservée au xvn<^ siècle : « On dit aujourd'hui [en 1672] plus communément arsenac... A Paris, on ne dit dans le discours familier ni arsenal, ni arsenac, mais arsena » (Ménage) et, « à l'égard de Var- senal de Paris, on prononce plus communément arsenac >> (Thomas Corneille, 1687). C'est la forme vénitienne arsena. à côté de l'ital. arsenale, d'où le français moderne arse- nal, qui n'apparaît qu'au xvif siècle ; par contre, la gra- phie arsenac, c'est-à-dire arsena, est attestée dans un docu- ment relatif à Venise de 1469 (Godefroy) : « Le duc [doge de Venise] nous mena veoir Varsenac est l'artillerie de la ville... » La variante plus ancienne, tarsenal (xm^ siècle), encore dans la Chronique de J. d'Auton tercenal de Gennes »), reproduit les anciennes formes dialectales ita- liennes Pise : tersana, Ancône : tersenale), toutes d'ori- gine orientale (voy. Devic), de même que darse (de l'ital. darsena), ainsi défini au xv^ siècle par le chroniqueur Boucicaut (t. II, p. 9) : « ... le port de Jeunes [Gênes], la les galées et les navires sont et arrivent, qu'on appelle la darse «. Ajoutons que les mariniers normands du xiv^ siècle avaient rendu arsenac par clos des galées.

Barizel, capitaine des sbires (1. III, ch. xx : mon algou- san, mon sbire, mon barisel), du vénitien barisèlo (ital. bargello], « capitano di birri » (Boerio). En provençal,

44 LES TERMES NAUTIQUES

barisel a le sens exclusif d'imbécile, niais, acception défa- vorable qu'on retrouve également en italien (voy. Petroc- chi). On rencontre la forme barisel également chez Du Bellay (éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 389) et chez Régnier [Saî. VI), et le Dictionnaire de l'Académie de i835 admet encore cette forme, à côté de celle de barigel^ plus géné- rale et plus littéraire.

CoLE, tourbillon de vent, ouragan ^1. IV, ch. xviii : un cole effréné) et colle (1. IV, ch. xxii : ce colle horrible), de l'ital. cola di vento, une continuation de vent par plusieurs jours (Duez); le terme est vénitien : « Cola di vento^ ter- mine marinaresco, la continuazione di un vento che dura senza alterazione per più giorni » (Boerio), littéralement colle de vent.

Comité, officier qui commandait la chiourme d'une galère (1. III, ch. xx : mon comité), du vénitien comito, « queir uffiziale che commanda alla ciurma délie galee » (Boerio); terme antérieur à Rabelais. M. Ch. Bréard cite une quittance de 1387 qui attribue à la galée Sainte-Croix un équipage de 239 hommes, parmi lesquels se trouvent « trois comités et neuf nochiels », c'est-à-dire nochers (Les comptes du clos des galées^ p. 60). Au xv^ siècle, on ren- contre aussi comitre (Eust. Deschamps a commutre), qui accuse une influence espagnole ; à Marseille, le comité d'une galère s'appelait como, ailleurs corne ou comi de galero.

FouGOiN, cuisine d'une galère (1. III, ch. lu; 1. IV, ch. VIII : à cousté d\x fougon), du vénitien /o^on, « certa foggia di stanzolino, ch'è nella prua délia nave » (Boerio), \xoi\. focotte, « fouyer, le lieu ou l'on cuit les viandes dans une galère » (Oudin); Marseille, fugoun, cuisine de vais- seau (Mistral).

Fregade, petit bâtiment à rames, employé jadis dans la Méditerranée fl. V, ch. xiv : galleres exjfregades arrivantes au port), à côté de freguate (1. IV, ch. xxii : quatre gon- doles et six freguates), la dernière forme italienne ifre- gata), la première vénitienne, frcgada, « bastimento di

CHEZ RABELAIS. ^S

guerra maggiore del brigantino » (Boerio). Le Père Four- nier les détinitainsi (1643) : « Frégates sont petits vaisseaux armés en guerre qui vont à rames et voiles, propres à des- couvrir et porter nouvelles. »

FusTE, petite galère ainsi délinie par le Père Fournier : « Vaisseau familier aux Vénitiens, qui va à voiles et à rames, moindre qu'une frégate » (1. III, ch. lu), du vénitien/w^fa, « specie di naviglio da remo o galera, che ai tempi del governo veneto si teneva presso alla Piazza di San Marco quasi di rimpetto aile colonne, per deposito dei forzati o condannati al remo fin che venivano disposti suUe galère » (Boerio). Le terme remonte au xiv^ siècle (voy. Kemna, p. 201).

Gondole, bateau léger, long et plat, dont on se sert par- ticulièrement à Venise (1. IV, ch. xxu : quatre gondoles)^ du vénit. gondola, « barchetta piatta e longa, con ferro dentelato posto verticalmente in prora, con un coper- tino nel mezzo, che va a remi e si usa particolarmente in Venezia per navigare sui canali interni » (Boerio). Cette forme, littéraire et moderne, attestée d'abord chez Rabe- lais (ainsi que son dérivé : gondoliers de Venise, 1. II, ch. xx), a été précédée par celle de gondele (1246) et de gondre (1441), le premier diminutif de gonde {iXiA. gonda, sorte de barque), la deuxième francisation de ^owû?o/e (par l'intermédiaire du bas-latin gondora).

GuABAN, capote de marin (1. IV, ch. xxiv : voulez vous un bon giiaban contre la pluie?), du vénitien gaban^ « mantello con maniche » (Boerio), ital. gahbano. La forme antérieure caban (Gay : 1448) dérive du prov. caban, man- teau à manche et à capuchon, bas-latin cabanus (i388). La dérivation habituelle de l'espagnol gaban est inadmis- sible : celui-ci est un emprunt fait à l'italien.

Prodenou, amarre de proue (1. IV, ch. xviii : \c prode- nou est en pièces), de l'ancien vénitien ^ro^/eno, ital. pro- dano^ « corde pour arborer ou desarborer l'arbre Maistrc » (Oudin); l'ancien provençal disait ^rodfe .• aujourd'hui, le

46 LES TERMES NAUTIQUES

mot désigne l'allonge qu'on met au timon d'une charrette, lorsqu'on est obligé d'y atteler plus d'une paire de bestiaux (Mistral).

SiON, rencontre tumultueuse de vents violents (1. IV, ch. xvni : ... terribles sions...), du vénitien sion (d'où l'ital. sione ou scione], « turbine o vortice d'aria che termina sul mare, dond" ella tromba o tira l'acqua con violenza » (Boerio) : le mot est une contraction de sifoti, ou siphon, espèce de trombe. Cotgrave enregistre la triple variante : cion, sion et scion; Nicot et Monet le définissent ainsi : « Cion, tourmente, tempeste qui s'esleve sur mer par l'impé- tuosité des vents imprévus » (1606) et « Cion ou birrasque, pluye et gresle, provenans de vants humides s'entre- battans » (i635)./^arot s'est également servi de ce mot [Œuvres, t. I, p. 8 : ... toute nation ployoit soubz luy comme au vent le sion). \j:-u^ £'-Vul^.

b. Termes italiens.

Voici les emprunts que Rabelais a faits au langage nau- tique de l'Italie, à côté d'un certain nombre d'autres qui ont été déjà employés avant lui et que nous allons noter comme tels :

BoNACHE, bonasse, calme de la mer (1. IV, ch. xxvi : en mer est bonache et sérénité continuelle), ancien terme nau- tique qu'on rencontre chez Rabelais sous cette forme chuintante', reflet de l'ital. bonaccia, id., à côté de la forme bonasse familière aux autres écrivains du xvi<= siècle (par exemple à Montaigne). Le doublet bonache-bonasse est le pendant, dans un autre ordre d'idées, de corniche- cornisse (de l'ital. corniccia).

Bourrasque, coup de vent (1. IV, ch. xvni : mortelles bourrasques), de l'ital. borrasca, id. Ronsard a essayé de

I. Burgaud des Marets voit dans bonache une forme picarde, mais ce patois ignore le mot (du moins les glossaires picards n'en portent pas trace).

CHEZ RABELAIS. 47

franciser le mot (éd. Marty-Laveaux, t. V, p. lyS) : « En mer une boiirrasche. »

Boussole, instrument de marine (1. I, ch. xxni : adjus- toit la boussole]^ de l'ital. bussola, id., terme d'origine sici- lienne dont le sens primordial est petite boîte de buis^ Belon [Observations^ i554, p. 84) emploie encore la forme italienne : « Les Coursaires ou Pirates... ont une boète de quadran à naviguer nommée le Bussolo^ qui est le qua- dran de marine. »

Brigantin, petit vaisseau de course armé en guerre (1. III, ch. xxxii), de rital. brigantino, id., terme déjà employé par Froissart une manière de vaisseaulx cou- rans lesquels on nomme brigandins »).

Callafater, calfater (1. I, ch. m : navire callafatée et chargée), terme appartenant au vocabulaire méditerra- néen dès le xiii« siècle (ital. calafattare, ancien prov. cala- fatar] et se présentant chez Rabelais sous de nombreuses variantes : calfater (1. III, ch. xxvi), calfreter (1. II, ch. xxiv) et gallefreter (1. II, ch. i). La forme calfetrer, que donne Palsgrave (i53o), devient calfeutrer chez Robert Estienne (iSSg); le Dictionnaire de l'Académie de 1694 enregistre encore calfeutrer ou calfater^ tandis que celui de 17 18 différencie leurs applications calfater un navire, calfeutrer une porte »).

Calamité, pierre d'aimant (1. IV, ch. i : le pilloi avoii dressé la calamité de toutes les boussoles), de l'ital. cala- mita^ id., terme qu'on rencontre déjà chez Brunetto Latini (xiii'= siècle), et, en i5i2, dans le Voyage d'oultre mer de Jean Thcnaud.

Carracque, grand bâtiment génois (1. II, ch. iv : une grande carracque de cinq cens tonneaulx), de l'ital. caracca^ id., terme également employé par Marot et déjà

1. Voy. Ch. de la Roncière, Un inventaire de bord en I2g4, Paris, 1897, p. 9.

48 LES TERMES NAUTIQUES

familier au français dès le xiii'^-xiv<= siècle {Dictionnaire général}.

Carracon, grand carraque, et spécialement nom du navire de douze cents tonneaux construit en 1 544 par Fran- çois pf (1. III, ch. lu), de l'ital. caraccone, id. Un docu- ment de 1320 rapporte qu' « il y a à Venise des carra- quons qui sont moindres que les carracques de Gennes, mais c'est tout une façon » (Kemna, p. 194).

CouRsiE, passage de la proue à la poupe d'une galère, entre les bancs des forçats (1. III, ch. lu; 1. IV, ch. xix : passans sur la coursie), de l'ital. corsia, « quella strada che è nel mezzo délia galea, per la quale si passa dalla poppa alla prora e nella quale, occorrendo disarborare, si carrica l'arbore maestro » (Pantero-Pantera, 1614). Nicot le définit ainsi (i5o6) : « Coursie est l'allée large de deux ou trois ais en une galère. » Le terme est anté- rieur à Rabelais [Dictionnaire général); on a dit plus tard : coursive (voy. Littré), variante de coursie (en ital. corsia et corsiva)., à côté de accourse et accoursie (cette dernière chez Belleau), compromis de coursie et du verbe accourir; coursier et coursière, sous l'influence des syno- nymes languedociens coursie et coursiero.

CousTiERES, cordages qui soutenaient les mats (1. IV, ch. xviii : les grizelles et les coustieres), de l'ital. costiere., cordages qui s'attachent au haut de l'arbre d'un vaisseau (Oudin); cf. Pantero-Pantera (1614) : « Costiere sono le funi che dall' una e dall' altra parte dell' arbore s'attac- cano al calzese, ed a basso sono attacaie ai colatori e si chiamano anche sarte dell' arbore. «

FoRTUNAL, tempête (1. IV, ch. xviii : prévoyant un tyran- nicque grain et fortunal nouveau), de l'ital. fortunale^ id. Rabelais a forgé le composé antifortunal (I. V, ch. XXVI : leur boire estoit un antifortunal, ainsi appel- loient ils ne scay quel bruvage du pays), appliqué à la boisson suivant le dicton rabelaisien : « Longues beu- veties rompent le tonnoirre » (1. I, ch. v).

CHEZ RABELAIS. 49

Gabie, demi-hune au sommet des mâts (1. IV, ch. xxii : trinquet de gabie), de l'ital. gabhia, idJ.

Gallere, galère, navire de guerre à rames employé surtout dans la Méditerranée (1. III, ch. lu : navires, galleres, gallions, brigantins;, de l'ital. galera, id., terme introduit en France à la tin du xv^ siècle, lorsque galère se substitua à Tancienne forme galée, déjà relevée.

Garbin, vent du sud-ouest (1. IV, ch. ix : Zephyre nous continouoit en participation d'un peu de garbin], de l'ital. garbino, id.

Grizelles, entîéchures, cordages qui traversent un hau- ban et servent d'échelons (1. IV, ch. xvni), de l'ital. griselle, « corde sottili disposte e legate orizzontalmente in tutta la lunghezza délie sarchie, le quali servono di scala ai marinai per montare in alto « (Boerioi; prov. grisello, enfléchure.

Gruppade, grain^, coup de vent (1. IV, ch. xviii : le Maistral accompaigné ... de noires gruppades\, de l'ital. gruppata di venta, id., et groppo di vento, litt. nœud de vent (1431), par un intermédiaire vénitien (manque à Boerio), d'où également l'espagnol grupada, averse accom- pagnée d'un grand vent.

Gualeace, galère vénitienne de grande dimension (1. IV, ch. lxvi), de l'ital. galeai\a, vénitien galia\:{a, « grosso bastimento di basso bordo, il maggiore di tutti quelli che vanno a remi » (Boerio), terme déjà employé au xv«^ siècle par Commines.

GuMh:NE, gros câble (I. IV, ch. xviii : Nos giimenes sont presque tous roupts), de l'ital. gumena, gomena, « la più grossa fune délia galea che sta sempre attaccata ail'

1. Gabie est traduit, dans le glossaire de l'édition Moland, par « moquerie, raillerie », confusion évidente de ce terme technique avec l'ancien français gabele, moqi^rie.

2. Le glossaire de l'édition Moland rend gruppade par « action de happer, de saisir, de grupper », ce qui ne donne aucun sens.

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VIII. 4

50 LES TERMES NAUTIQUES

ancora » (Pantero-Pantera, 1614); la forme ancien-fran- çaise gume est d'origine méridionale (prov. gumaj.

HoRCHF., à liorche, à gauche il. IV, ch. v : une navire marchande faisant voile à horclie vers nous) et orche, id. y\. IV, ch. XX : Orche. C'est bien dit), de l'ital. or:{a, orse, ourse, terme de marine (Oudin), vénitien or:{a : « Quella corda che si lega nel capo dell' antenna nel naviglio da man sinistra; ed anche il tianco d'unvascello a man sinis- tra quando noi siamo colla faccia verso la prua. Andare a l'orT^a, vale a nave sbandata, a sinistra » (Boerio). La forme rabelaisienne accuse une influence languedocienne [ouercho, bâbord, côté gauche), ou bas-latine [orcia).

Jalousie, balustrade d'une galère (1. IV, ch. xx : gardez- vous de la jalousie)., de l'ital. gelosia, jalousies, balustres à la poupe derrière la timonière (Oudin).

Landrivel, cordage' servant à touer (1. IV, ch. xviii : Enfans, votre landrivel est tombé), pour Vatnirivel, de l'ital. andrivello , prov. andrivau, petit grelin qui servait à touer une galère quand l'espace manquait pour faire aller les avirons (Mistral); Jal {Glossaire) cite un ancien français andrivelle, et dans la description du pavoiscment de la nef du duc d'Orléans de 1494 on lit des andrivets (Ch. de la Roncière, t. II, p. 5o3).

Lut, petit navire de forme arrondie 11. IV, ch. xxii : voyez cy près nostre nauf deux lut\...), de l'ital. liuta., id. Terme attesté dès 1439 (voy. Godefroy) et sur lequel Ménage nous renseigne ainsi : « On appelle lut une sorte de petit vaisseau de mer, à cause de sa ressemblance à l'instrument de musique qui porte le même nom. Liuta, un lut, sorte de barque, dit Ant. Oudin. Il pouvoii ajou- ter que le lut est une barque connue sous ce nom-là par les Provençaux qui s'en servent, je pense, à transporter le

I. Cotgrave traduit landrivel par « lanterne de vaisseau », inter- prétation fautive qui a passé dans le glossaire de de l'Aulnaye et de Moland.

CHEZ RABELAIS. 5l

sel » ; voici ce qu'en dit Mistral : « Lahiit, lut, tartane, petit bâtiment usité dans le golfe du Lion... Le navire rappelle la forme du luth par la disposition de ses cor- dages qui pendent de l'antenne inclinée. »

Mole, jetée (1. IV, ch. i : sus le mole), de l'ital. molo, id., terme employé par Guillaume de Villeneuve à la tin du xv^ siècle.

Mousse, jeune apprenti matelot (1. IV, ch. xvni : fadrins et mousses), de l'ital. mo:{\o, « ragazzo di bastimento, allievo marinaro « (Petrocchi); cf. Pantero-Pantera (1614) : « Moi\i sono quelli che servono aile camere délia galea e agi' ufficiali ». L'esp. mo:{o signifie « jeune garçon » 5n général et l'acception nautique lui est inconnue.

Nauchier, nocher, patron d'un petit bâtiment (1. III, ch. xLVHi), de l'ital. nocchiere, id.; Jal cite, dans son Glos- saire, ce passage du Triomphe des vertus^ de i5i8 : «... patrons, nochiers, pillotes, fradrins {sic), matellots... », et un document normand antérieur de 1387 (voy. ci-des- sus, p. 44) fait mention de « comités ... nochiels ».

Naule, fret d'un navire (1. V, ch. xv : ... payer ... à Caron le naule de sa barque), de Tital. naulo, nolo, id., d'où également les dérivés nautiques nolis einoliser. Cot- grave enregistre à la fois naule ei noie.

NaVjE, navire (éd. Marty-Laveaux, t. III, p. BSy), de l'ital. nave, id., terme déjà attesté vers l'an 1191 (Kemna, p. i5), fréquent chez Froissart, revient aussi chez Bran- tôme (éd. Lalanne. t. IV, p. 145 : onze grandes naves bien armées) et se maintient jusqu'au xvii^ siècle.

Papefil, la grande voile du grand mât (1. IV, ch. xliv), de l'ital. papafico, langued. papafigo (voy. ci-dessus, p. 12); le terme est d'ailleurs antérieur à Rabelais (M. de la Roncière, t. II, p. 484, cite un papefil de 1404 et des pappefil{ de 1482I, et sa forme moderne pacfi ou pafi en est une contraction.

Pavesade, toile tendue autour d'une galère [Scioma-

52 LES TERMES NAUTIQUES

chie)^ de l'ital. pavesata^ sorte de mantelet sur une galère, fait de canevas pour couvrir les soldats, bastingue (Oudin) ; prov. pavesado, pavois, bande d'étoffe qui sert à pavoiser.

Peneau, banderole (1. IV, ch. xviii : les voltigemens du peneau sus la pouppe), de l'ital. penello, « una picciola bandiera di taffetano che si tiene sopra la freccia délia poppa, overo alla battagliola délie spale, per conosccr del moto di essa da quella parte venga il vento » (Pantero- Pantera, 1614).

Phanal, fanal (1. IV, ch. xix : voyla nostre phanal estainct), de V\xd\. faixale^ lanterne sur le bord de la mer ou dans les principaux vaisseaux (Oudin); voici la défini- tion qu'en donne Cleirac (1643) : « Le falot om fanal est la lanterne d'orée sur son chandelier au plus haut de la pouppe sur le derrière du navire. » La graphie moderne se lit chez Belon [Observations, i554, p. 87) : « ... il y a des haultes tours, et fanais ou lanternes qui esclairent pour adresser les navires à bon port. »

Phark, tour élevée sur un littoral portant à son sommet un feu ou fanal (1. III, ch. vu : comme nous voyons les phares ex haultes tours sus les havres de mer cstre érigées, pour de loin estre veue la lanterne), de l'ital. /a/-o, id. La graphie, comme celle du mot précédent, est artificielle, ni l'un ni l'autre ne venant directement du grec. Le terme manque encore aux dictionnaires de Robert Estiennc (1549) et Nicot (1606); chez Rabelais même c'est un néolo- gisme que la Briefve Déclaration explique ainsi : « Phares^ hauhes tours sur le rivaige delà mer, csquelles on allume une lanterne en temps qu'il tempesie sur mer pour addres- scr les mariniers, comme vous povez veoir à la Rochelle et Aigues-Mortes. » On rencontre également //î^rc chez Du Bellay et Ronsard.

PiLOT, pilote (1. I, ch. III : la navire ne reçoit son pilot)^ ou piLLOT (1. III, ch. xLviii : pillots, nauchiers). à côté de riLLOTE (voy. ci-dessus au mol nave), variante qu'on ren-

CHEZ RABELAIS. 53

contre déjà en i5i8 (voy. ci-dessus au mot nauchier)^ de l'ital. piloto, id.

PoGE, côté droit se trouve placée la corde qui porte ce nom (1. IV, ch. xviii : rencontrasmes àpoge neuf orques), de l'ital. poggia. « quella corda che si lega ail' un dei capi deir antenna a man destra délia barca : andare a poggia vale a mano destra » (Boerio).

PouppE, poupe, arrière d'un vaisseau (1. III, ch. lu), de l'ital. poppa, que Christine de Pisan transcrit pope (voy. Godefroy .

Rambade, construction élevée à la proue des galères (1. III, ch. LU : coursies et rambades), de l'ital. rambata, id., terme également employé par Brantôme (t. I, p. 211); prov. rambado, château d'avant sur les anciennes galères; on y établissait une tente qu'on appelait pavaioiin de ram- bado (Mistral).

Remolquer, remorquer (1. IV. ch. xxi : nostre nauf est- elle encarrée? vertus Dieu, comment la remolquerons- nous?), de l'ital. j-emolcare (bas-lat. remiclcare), a côté de rimorchiare^ d'où remorquer, forme déjà employée par Guillaume de Villeneuve, à la fin du xv^ siècle, et qui a seule survécu.

ScALLE, escale (1. I, ch. ix : .le retourne faire scalle au port dont suis issu), de l'ital. scala, id.

ScANDAL. sonde (1. IV, ch. xx : Nostre amé, plongez le scandai), de l'ital. scandaglio, prov. escandal, id.

SiROCH, vent brûlant du sud-est (1. IV, ch. xxii : Advisez le Siroch), de Tital. sirocco (voy. R. É. R., t. VI, p. 3i5) ; cf. Rob. Estienne (1549), au mot vent : « Le vent nomme des mariniers suest ... de ceux qui fréquentent la mer Méditerranée Syroch. »

Transmontane, tramontane (1. II, ch. xxii : de par- tans, feirent voile au vent de la transmontane]^ de l'ital. tramontana, id.; cf. Rob. Estienne (1549) au mot vent :

$4 LES TERMES NAUTIQUES

« Le vent septentrional ... de nous appelé bize ou vent de bize; des Italiens. Tramontane; des mariniers north ». L'orthographe du mot a été rapprochée du latin, suivant les habitudes graphiques de l'époque (cf. ci-dessus : nau- cliie/\ phanal, phare, etc.) et la variante trasmontane de l'édition de 1548 (1. IV, ch. xxii : du costé de la trasmon- tane) confirme cette origine'.

Transpontin, matelas ou hamac de galère (1. IV, ch. xx : Tenez ici sus ce tratispontin], de l'ital. traspontino, id., et strapontino, d'où la forme moderne strapontin; Brantôme écrit extrapontin (t. V, p. 134 : Nous trouvasme la nef vénitienne fort leste et en deffense de pavesades et d'extra- pontins à l'entour), forme qui accuse un intermédiaire provençal [estrapontin, lit de matelot). Le terme est attesté dès 1428-48 par la Cour des comptes de Provence, sous la forme strampontin (Godefroy).

Trinquet, mât de misaine (1. IV, ch. xii), de l'ital. trin- chetto, « una vêla che si fa alla prora » (Pantero-Pantera, 1614), terme antérieur à Rabelais (voy. Dictionnaire géné- ral). Cf. Nicot (1606) : « Artimon, une petite voile de navire qu'on dit autrement trinquet. »

Truscheman, truchement, interprète (1. III, ch. xlviii : pilotz. nauchiers, truschemens)., forme primitive qu'enre- gistre encore le Dictionnaire de l'Académie de 1694 trii- cheman : plusieurs escrivent truchement »j, de l'ital. tur- cimanno, id., mot ancien de la langue (voy. Dictionnaire général).

I. Voir, sur le sens de ce mot chez Rabelais, une note de M. Abel Lefranc [R. É. R., t. 111, p. 328) : « Rabelais emploie, selon toute vraisemblance, le mot transmontane au sens de « pôle... » Cf. Le Maire, Illustrations de Gaule (éd. Stecher, 1. 1, ch. xxxiii) : « ... le pol arctique, la plage septentrionale, la froideuT transmontaine... ^^ ; et avant lui Eustache Deschamps qui emploie également le mot au sens d' « étoile polaire » {Œuvres, éd. Raynaud, t. II, p. i83, et t. 111, p. 287) : « Comme estoile trasmontaine De toutes parts regar- dée... Aux desvoyez estes la tresmontaine... »

CHEZ RABELAIS. 55

Vettes, drisses de l'antenne d'une galère (1. IV, ch. xviii : les vettes sont rompues), de Tital, vette^ certains cordages pour hausser et abaisser l'antenne (Oudin); prov. veto, amarre qui remorque un tilet de pêche, (Mistral).

Ajoutons les locutions nautiques suivantes, tirées de l'italien : Casser l'escoute, la serrer (1. IV, ch. xxii : cassa l'escoute de tribort), de cassar la scotta, serrer l'escoute (Oudinj; tailler vie, couper la voie, c'est-à-dire la mer 1. IV, ch. xxii), de tagliarvia, id., et tirer vie, tirer outre, passer son chemin (1. IV, ch. lxvi : tirons vie de long), de tirar via, id.; finalement : vent grec levant (1. IV, ch. i) ou vent marin [Pant. Progn., ch. viii) répondant à venta greco levante que les Vénitiens appellent vento di mar.

On peut maintenant embrasser d'un coup d'œil l'en- semble de cette nomenclature et en admirer l'ampleur et la nouveauté. Des cent cinquante termes ou à peu près qui constituent le vocabulaire nautique de Rabelais, plus de la moitié trouve dans son livre, et tout particulière- ment dans le « naviguaige », leur premier témoignage lit- téraire. Et pourtant ce n'est ni dans le nombre ni dans l'originalité qu'est le mérite de cette nomenclature : son grand intérêt historique réside dans le fait que chacun de ces mots évoque une réalité nautique de l'époque et que, dans leur ensemble, ils représentent un véritable docu- ment pour la marine du xvi^ siècle.

J'ai essayé, par un classement méthodique, de faire ressortir les sources multiples Rabelais est allé cher- cher son information. Ce ne sont pas les dictionnaires (il n'y en avait pas à cette époque), ni les quais des ports qui auraient fourni « au hasard « à Rabelais ses rensei- gnements. Ceux-ci concentrent les efforts d'une enquête large et souvent reprise : le langage nautique de l'Océan et celui de la Méditerranée ont été par lui également mis à contribution.

Un premier déblaiement linguistique a mis en évidence

56 LES TERMES NAUTIQUES CHEZ RABELAIS.

le caractère foncièrement réel de cette nomenclature. La sincérité, qui est la vertu cardinale de Rabelais et la marque perpétuelle de son œuvre, y éclate à chaque pas, et quand on possédera le dossier complet des docu- ments nautiques du xvi= siècle, cette bonne foi du Maître apparaîtra sous un jour plus lumineux encore. La vision de Rabelais, à la fois calme et pénétrante, a projeté une vie intense sur cet épisode de la tempête comme sur son « naviguaige » tout entier, image réduite des grandes expéditions qui ont illustré le xvi<: siècle.

Lazare Sainéan.

UN NOUVEL EXEMPLAIRE

GRANDES ET INESTIMABLES CHRONIQUES.

S'il est un joyau bibliographique bien digne d'exciter l'envie des bibliophiles rabelaisiens et tous autres, c'est à coup sûr l'édition originale des Grandes et inestimables Chroniques du grand et énorme géant Gargantua; s'il est un événement capable de les faire tressaillir, c'est la décou- verte d'un second exemplaire de ce livre réputé unique; hâtons-nous de leur dire que ce second exemplaire, celui dont nous donnons ici une reproduction fidèle, n'est à vendre à aucun prix : c'est une grande bibliothèque qui en est l'heureux propriétaire.

Ce n'est que depuis l'année 1834 que l'on connaît Texis- tence de cette véritable édition originale de Rabelais. A cette date, les frères Jean-Jacques et Marie-Jacques De Bure, libraires de la Bibliothèque royale et décidés à se retirer des affaires, résolurent de liquider leur stock important de livres anciens en une série de ventes aux enchères; la première fut annoncée pour le 22 janvier i835 et le catalogue en fut distribué dès la fin de 1834'. Aux pages 1 1 i-i 12 de ce catalogue figure, couvert d'une simple demi-reliure et relié devant une Pantagrueline pronosti- cation pour l'année 1 533, un exemplaire des Grandes et

I. Catalogue des livres faisant partie dit fonds de la librairie ancienne et moderne de J.-J. et M.-J. De Bure frères, libraires de la Bibliothèque royale, Dont la Vente se fera le jeudi 22 janvier i835 et jours suivants.... Première partie (Paris, De Bure, 1834, in-S"), p. 111-112, n. 2272,

58 UN NOUVEL EXEMPLAIRE

inestimables Chroniques du grand et énorme géant Gar- gantua. « Nous avons, disent les auteurs du catalogue, détaillé les titres de ces ouvrages, parce que nous pensons qu'ils ne sont point connus et qu'ils n'ont pas encore été indiqués. »

Cette même année, Jacques-Charles Brunet, dans ses Nouvelles recherches*, voyait, dans l'édition de 1 533 de ces mêmes Chroniques, « la plus ancienne édition connue, avec une date, du premier livre de Rabelais. « Il n'en parlait pas de visu; mais la citait d'après la description, donnée par Ebert, de l'exemplaire de Dresde. « Au reste, observe Brunet avec sa perspicacité habituelle, ce petit volume qui n'a que 24 f., ne saurait être, à beaucoup près, aussi complet que l'édition de i533 qui en a 102. » Quelques mois plus tard, quand Brunet eut entre les mains l'exemplaire de l'édition de 1532, appartenant aux frères De Bure, il put constater le bien-fondé de cette remarque, se rendit compte qu'il avait devant lui un ouvrage différent du Gargantua classique, établit la prio- rité des Chroniques et exposa tout au long cette décou- verte capitale dans une brochure qui parut en décembre 18342.

A la vente De Bure, l'exemplaire fut pavé 262 fratlcs et entra dans la riche collection d'impressions gothiques formée par François-Victor Masséna, prince d'Essling, duc de Rivoli et fils aine du célèbre maréchal. Cette admirable série, formée entièrement dans les années 1827 à i836, fut en 1845 cataloguée par Silvestre^ en vue d'une

1. J.-Ch. Brunet, Nouvelles recherches bibliographiques pour servir de supplément au Manuel du libraire et de l'amateur de livres, t. III (Paris, Silvestre, 1834, in-8°), p. 128.

2. J.-Ch. Brunet, Xotice sur deux anciens romans intitulés : « les Chroniques de Gargantua, » oit l'on examine les rapports qui existent entre ces deux ouvrages et le Gargantua de Rabelais, par l'auteur des Nouvelles Recherches bibliographiques (Paris, Silvestre, décembre 1834, in-8°), 28 ou 39 p.

3. Catalogue de livres rares et précieux (anciennes poésies, romans de chevalerie, chroniques, etc.), provenant de la bibliothèque de M. le

^ DES GRANDES ET INESTIMABLES CHRONIQUES. bg

vente qui n'eut pas lieu, les livres ayant été acquis en bloc par le libraire J.-J. Techener; mais la vente ne fut qu'a- journée et deux ans plus tard on vit reparaître tous ces beaux livres à la salle des Bons-Enfants. Les enchères furent brillantes et Duprat, le libraire de la Bibliothèque nationale, ne réussit à obtenir pour cet établissement les précieuses Chroniques qu'au prix, élevé pour Tépoque. de 700 francs^.

Le volume qui a conservé sa modeste demi-reliure en veau brun, avec plats en papier vert, mesure o^ijG de hauteur et porte la cote Rés. Y- 2124 (= anc. 4. 817), acq. 25682. Il est incomplet du troisième feuillet (sur seize).

Cet exemplaire passe pour unique depuis plus d'un demi- siècle; M. Plan, dans sa Bibliographie rabelaisienne, n'en signale pas d'autre et, pour rétablir le texte du feuillet manquant, l'on était obligé de recourir à une réimpres- sion contemporaine dont la Bibliothèque nationale a acquis, à la vente Renouard, le seul exemplaire connu.

Au cours de l'été 1909, un voyage bibliographique à travers l'Allemagne m'a amené à la Bibliothèque de Munich, dont M. Plan d'ailleurs^ a déjà signalé les richesses. A ma stupéfaction joyeuse j'y découvris, caché sous un vilain cartonnage brunâtre et moderne, un superbe exemplaire complet de l'édition originale des Chroniques. Cette précieuse plaquette autrefois inscrite dans la classe des belles-lettres (Po. gall. 1766 K) se trouve aujourd'hui dans la réserve (Rar. 54 m).

Heureux de pouvoir enfin combler la lacune de l'exem- plaire de Paris, je demandai et j'obtins sans peine, grâce à l'amabilité de MM. Freys et Petzet, l'autorisation de faire photographier l'exemplaire : l'habileté d'un spécia-

P. d'E******, dont la vente se fera le lundi 16 février 1S46... (Paris, Silvestre, 1845, in-S"), p. 71-72, n. 337. Joli catalogue imprime par Crapelet avec ses caractères gothiques.

1. Catalogue des livres précieux (même titre), dont la vente se fera le 3 mai 184- (Paris, Techener, 1847, in-8°), P- 76, n. 337.

2. Bibliographie rabelaisienne., p. 109.

60 UN NOUVEL EXEMPLAIRE, ETC.

liste de Tendroit, M. Cari Kuhn, me permit d'en emporter avec moi, sous la forme d'excellents clichés, la reproduc- tion exacte que l'on a ici sous les yeux.

J'ajouterai que cette réimpression est au moins la septième que l'on a exécutée depuis soixante-dix ans; car l'exemplaire de la Bibliothèque nationale a été reproduit intégralement dans les éditions Marty-Laveaux et F'avre, ainsi que dans les Recherches de Brunet; de plus elle a été réimprimée séparément par Silvestre (1845), par Chenu (i853) et par Paul Lacroix (1868), mais toujours en typo- graphie.

L'on assure d'ordinaire que les Chroniques de Gargan- tua sortent de l'atelier de Claude Nourry, dit le Prince; il est vrai que son nom figure sur le titre du Pantagruel de 1 532 ; mais comme les caractères en sont tout différents, il était peu vraisemblable que les deux ouvrages fussent dus aux mêmes presses.

Un examen attentif des particularités typographiques qui caractérisent les Chroniques de Gargantua m'a convaincu qu'elles ont été imprimées par Jacques Moderne de Pinguente, fécond et habile artisan istrien qui, de 1529 à i536, publia, outre de nombreuses plaquettes musicales, toute une série d'opuscules littéraires en langue française, plaquettes rarissimes dont M"i^ la baronne James de Rothschild possède une incomparable série.

Seymour DE Ricci.

lE$grânoe$et

mcfîimaSree £tonicqe:hu gtant(imo2i me çcant ^at^antua: Contenant fa gcncafogie/ jLa^tâ^tm i^foicc be for) C02p6*2iu/fi fee mtxutxù feup f ai'ct^ bawnca (|mf fifî poHC fc î^op 2(rtu6/c5;î me îeccc^ cp ap2c64 31 wpjimc rwuucftem^t* i n «

ILiCommcnt au ttmpe bu ^ot) toy ^tfqe tf efloit i5ng trcfc^pcrt fi igcomarictef; que

£)u6 6on6c5nic3ffîcr6ct gciitif^Çô^ M1C6Î0U6 bcGiic; fcuiioir q au tempe bu 6of) rop 2(rtu6ifcfîoit fui5 gidiit pÇiforopÇcuônicOpcrfn; iicqfcfîoit c5>pcrtci[)rartbc uigrottiance pfueq '^^^ uuffiôtticbu /tiûu^c^iFcqucf lamars ne ccffa bc fccoutit (efuit \^c uaGfr /fcbont if rncnta patceefinct}cfltcappc(Ccp2in:cbc6niqtomaciÎ6^ £c^ict (^ct(ii) fifî bcgroîiîift; mctuciïCceXefqneÇi: ÙGfontfo2tceactoitcnccu(v q ne keonfïicucê^ COnh) cfîoit bu grauÉ confciV bu ro)> 2lrtU6 et (ou tce rc6bcma5c6 quiffaifoitcj; fa court buSitlAO)?/ fu))c|^opcîit octro^ece f»|i pour fupou pour auù trc6*']^rguarcntitrcKopctpruî'icur6befc6 6arÔ6 etgcntir;fiomi:tc6begran6pcnT^ et bangicre*^!^ fiffpfn fleure graii6mcrueifrc6*éntrcfefqucffc6rf fifi \)nc nauirc bc cinq ceiie t^neauC^ quiaCCoit 15a Qant fur terre ainft que %ou3 ay îope^ fur mcr*^t pfafieure auftree mcrueiCree q fout trop pioU^te a racomptcr comme "Doue "Scrrcj; pîne a pfaîjj* CE^ommcut C^)crfii) bifî au rop :2(rtu6 que îf aujî roit ôcaucoup baffauce contre fce enncmye* ~^ Pîee prufieuremctueiffce faictce p

?^ /r§iti\^)ctùr)/a Ca foucnac (t an p:ouffif bu ^)^i?,S^J|t-or2(rtu6/a?crfu;|b (LtefcÇiet et y !i)À ^|maguanimcp2Îuce1)ucirfc>fcauûir(î ab^Ê^^' îousaurc) Beaucoup baffaircecôtic

tcmc<Sictpui6C\finea'éo]hc fennec, cui tonfioine uypouttapcf{tcc(iticfcta>f>ttôpc(ihcUnupinfcm mcctnaie foyc^cevUm) que tout que fctay en mot) fiBcrafiirOitreicîouegat-Ôcrarbe fa mai>)bcîo; amcmye^Ztant parla fe toy a <^}ei(iî) et fup bîfî*

tout nioj)ro^aurmc pacbifîCt^cifn^poui: tout fe inoii§c.2l5onc bijî feKop que iffifî ce (|nc iT rpp pfairoit et qm( ne fpai^nc ncns bc fot) l\oyau(me. 2(fo!6 COct(it)mc[cia (c rop befo ffrcqT ùiyfaifoit* iTu p qfcauoitto II te6c6ofc6/ii2e(t a (cauoii (ctîpe paffcpar fee are^ct (c tempe a îcin't par (c îcnfo «c tciicu^itcdit <X>ev(i\) pimtcongiebu 6oî; Uoy.ç, fc fifi poitcrafapfnGpaurtcmontaigne be oncnt^ct poîta ^ncamporfc Ui fungbc £mcc(ot qinf aiioit rccuciffie bc fee pfapee apice qucifaucit fonriiopc OH comddtu cotre anCcnn cfieuarricr+£Dnrrrc pùia p02tafaiongiicurebe'3 0if5re6be6boi66bera6eric gcnieurc cfpoufc bu rop2(rtU6/quipcfbpctrrft{ma ttoi^be.x^^fiuree^^^krfifjffTantarauiontaiçjîefuc fcÇauftbtcerrcfifci)nceucrumebaCîVr QrofJ'ecomiî me 1)rie tour et fee mattcauC^ côiicnii(^(ce lufquce auuoniBicbEtrope^iTcfqucr^par fee ave iTfif? que iT^ frappement fi uiipetnrufenif nt fur fe ncfume que if fcfn6tûit que fcfu(?foufD2cquibcfccubi(îbucicf/ cttoutparcottipac^ CliCû/iiiucnt Operfii) fifî apporter (ce offe uie ne

b e bcu ç) 6a fi cuiee pour faire fe père et (nmac

bc^at^antuaf

% a

^ ('fltontinent(\uc<X^ct(it)cuta\Un^u (c^ ifmaïtcau(^ii'fiflapvoîtcï(c6offim<6^c

Ê^_4^S fuiig bc (<idicteom\)o(Cc(i (ce mifî fut ff n cfumrctn; 62icf furent confom/nc^fcfïi offcmene et nue cj) poufD2e/(i aSonc par fa cÇaffcurbu fofcif bc iV McCumc (I bee martcauQp futcngsdtc (e pete ht <5urgaiitua mopaiâtfaï) pou(^ic,7ip2C6à[}ct(it) fift'iippoitcï (c6 06 beîiic SaCCcmcfumctCc.ct mofi lafcefufDiCt^onçfcebc faropjic puiemifî fc tout fnrrciicrnmcc5mcratiuoitfaict»<Btl)ciCfffcpour;^ èzcfutfaictcfii mcrcUi'dict gargantua* CîrommcntOpcrru;fif!'5ne mctuciCkuic iumît pour po:tcr Ce pctc (i fa mcrc be <ôargantua» ~jiP:c6 que (Çcrln^cut acÇeuecef?emerueiT;? ^ ifcufe 6cfong»iet'}';f neufî pae fi to(? poufcfa îbcrmcrc poufôic pour faire Ca fe Himc que if 15ci|î(^om»icqef?Oïtbcragro/fcurbunc6areme/(ï befoiigueura fequipoOfent comnic boi6te(?reîng bioict 0oMinic:ce "ïioyant O^erfu; ^ctta (ot) foit fut (uycKc fi(]bo2mir nifquee'aneuf loureaufquef^ nnif loure bc6uoitf f?rc faicte fa feuirtic^iTe p2mcc COcrCity îopat Ce ^cant cndoitny p2opofa Cuy fane îne 6e(?c pour fc po2tcr*<St pourcc regarda ca (i Ca^ et ^eit ff t^ reficquce bc "ï^ne mment q ifp2mt/(ï mifî fri6 ff iirfume (i er) fi(î ÎHC fi grant lumcut (ifi puif^

fuiucqi/f ffcpouoit 6ie>) p02ter fe6 beuç) auffi ftïnf^ Canmi q ftuctîngc$euaf bebiç>cfcu6|15ng fiiupfc fiàmc (iap2e6ecfci>ofa paifîre auaf fa mÔtaigne* tUZommmt (Çcrfir; rompit Cce enc^antcmcne^

t)mt Cï>ct(it) eut faicte ccf?e grande et mcxuci(fcii(eiumcnti(tdpitÇc6cnd)â^ tcmciie (i uppci'Cf ut q fa femme efiott ta faicrcbcfti grandeur bcrt5ôjjic:(iaÇonc fcï) Çôfîic îa i cgar5f r fa fcmmeU(mt/ (\u€faict}tn(a qal'cmcùci'bifi (a femme ie aitens grant Oofiet m5 ump*2i5onc C^etùt) (e piint a vy re/(iCemhi\}c\fcepatoC(e6e^oyent 6eCfee^ct (\iieiC îoufoi^ q ii)euf(mt amfi non},Z^onc uSuifcrciit fe5ict<i?crrir)''ctrup firent Çonncnr comme a fcur founcrait) feigne nt:pui6 <^)etCit) feur fi(l gruiit cÇc re:et fem: t^i^^TiCCe} auafcefTe inontaignc (i me a§^ meiie^ îne mment que )> trouuere^* 4L^ommeut grant vDofier (i (ÔaCeme(Ce afremit quérir fa mmciit/ctengcnSie^ reut <£)argantua*

5Donc par Ce eouiinanÇemct bcOf^^crfir)

/ff& U grant Cofier (i ôafemenc befcenSirent 7 0 1 ^^^^^^ famontaigncpouraffer que;^ ==^*=^nr fa grant tumenttôîat gofier qui fut fe premier au 6aehe((i montaigneregarSoitîenir <Oaremefre:^îp2enoit pfaifir a regarder fentre^euç) be fee cÇauffeeCcar i(} efïopent toue nu^f >2(6ôc q OaùmcCCe fut befcenCue : i( Cu)i> hcman^M qucffe cÇau(fcerfcuuottra,2i5oncruprcfpon§ei;efrargif faut fee cuvffeequeffeauoit cerrepfapc t>enatm€: SL)2antgoficrrfaart>antfa pfaj^e large (i rouge k^^ merefeufainct2(ntl)oine;remem62eru)?b2f|ffa:feiî quefifauoit 0X06 corne fe fictre tunecacq be Car?: ctfong a (a^ucn^inuiÇ hifi aOaTcmeffc^if efîoit

2t »i

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VIII.

0at6icr/ctqucbcfomnc62efccoitcfp2Ou..£ttcp(Jur fcauon:fifapfapccltoitparfoii6e:a faqueffc pfupc if iietcouurtnurfoii6;toutcffoj)0 fi 6ict) Cent a^tca (c icu que if?cfigcn$2event €>arg.':itua puie mctie tcnt(a^vantiutmnta<X}ttùt)ict (Çcrfii) fcutbiff* pou6(iuc^cngcu§2cîiigfif?quifcragra»i6faict]j tarmce^ct boimcra fccome nu rop 2(rtu6 a (cncon tvc bc fce c]uicmp6;(i pourtant îoub fe bc6uej Ôtfr) ttaictctctnomtimt (t îoue cofîiinan$c:ct nue fa< cic^ p:omf ior) bc "ûmrcô pom* qu at if fera 11^ fur ter;? rctérj oiiCtre le tjoue hit} q ic ne fcraj> pfue auccqs Uou6''ctîoii6commtui§efiir peiiiebc mebcfo6cit que quant "Coflrcfif^ fera et) fcagebefcptaii^/ que ioue bcuç) fa§incnc> a Ca court bu Hop artue ci; (a gr^t 62etaignc;Ct que (ippo2tc^aufcunc6 çÇofee be par bcca pour nianifc(]cr(;«ion(lrcrîo(?repui(faii ce*2^§5cbifîgrantgofierf(rrffcÇicr feigneurconi;^ metrouucrôô nou6 Ce cC)cmit) quant inmaw noue nj)fufrtic6f5Di|il Ob^crfu; îoug tournerez Ça tc^ct^c lôofîrc lumcnt i)cr6 occiôent/ct fa faiffc^ arfcr.(i cC? fc ^ou6 conSupza 6ic\} fane 'faiCùu'ét a^onc <ck)ct fii;p2mt cogic \>cuC^/t>ontii}b€mcncïcnt fi autant hueiÇqucot) (ce cuft 6ici) entendu} bc bt^iicucext pfourDpîtfitreffo!tqucbcnç)moufin6cuffentpcu mouf02c be (cauc qui (cui foitoit bce ycuC^*

iî\anti!C)oficc ct<3d(cmcf!Cc fcfjîonta fa cpaffepour ouôficr fciinup quiT? a^ juopctbc Cb)erfin ou iC} trouuercnt {me iQ{an'Sctioup\)ct>e ccrf^*02ant gofiec ^(et) affa ap2e6 et et) piint îne t>ou}aine

UepCueç^tane^lU^cnc regarda bcmVrc Cupct ne îcit point <ù(\(emcÙ'c/cateCCc nauoit point be coU't fiumc bc bcrtiuurcr bcrricrc*2(()5c chargea Cee bom^ }c6cftc6afot)CoCpout "dcoiï- on cCCc efloit hcmonn rcft^Jutmt if fut p2C0 bcffc iCdl^mfu qnc t(Cc cfloit iiconcÇcr(iappctccciutqucccfloitt>iin^fif}tnaife^ 2idonc fe nomma OdtgantimCfcquf f c f( îiig 13cr^ ec^tcc^qm'ï^anamtcintabitexommc tn ueSiig 6cau fir^*2l56nc fti merc bifî«:|ue eHc îoufoit qnc if cu(î aififi nortî.et fc pctc fut t)aco2dSo:e piinèicnt (enfant Oat^antua cÇufcw pat 3ncmair)/Çi. (c mci> ncxcnt a îa montax^ncou \(}fa\foftt fciire bcmom iiniccct Hwknne actmv^ '\>cniïcnt birc (\uc Onr^; gurifuafut totaffcnictnpuitpbc cÇairen^fofjni^ faficc,'l!cbi:6qucnoi;)Camfi qucbitOÇoiguir),: p(ii ficqre uuftrc6)car fa «icic pouoit 6ic porter a cÇaf/ ciincbc fce ftianimeOce cinqiuuitc pippcG bc faiet* i^cpcrcctfiuncrcpîcnopctpfuilir a fc noutrir/Cac- iikm faifoittout pfatij brpctie paffc tcmpe:au(cn ncffope II' fc cfGatoit agcttr t: bc6 picrrce bu Çauft et)6a6bcfamo»itaigiieconifMcfoiitpcti6cnfun0: icf<\ndïc(S ncflopc t point nioni<)2C6 br U\ pcfantcun bctt:op6tonncaiirj>bc15i>):ctpui:fo^6fcr)anroitcp Catre crjfdfoicf? comme font pcticiouucncfaufj): et quant ifîeoit aufcur) opfcau pour foi; pfaifir if (cmq,ettoit quefque pictrceifcfquerrcepieiTeeruj) fcmCfopct 6iej;)pcfitc0*^rrc6ne(îopêt pae moins gioffc6quebeuî)mcufrc6bcmourn><Bt fi (u^ pa fopct moine e^)famail^)qncfcroItînebempcllOlÇ cf) fa mai\) brmg Comme '^c maintenante

2t iiiï

fEiCom«te»ttgraJit<C)ofictftc5rtrrmrirf ptn^ fctent bc Cerne affiiirce pour affcr <fjcvcÇ)ct é^ctif Cit)a(acomtbuRoy2ittU6*

V\ant vDoficr a^uifc g (eut fi(} c\l cuvant i Gict) iiouri:)? (iq (ce (cpt ane (apioc^U et que i(f au(t quil) (c mènent a (a court bu î^oyTittue mn\i que (an a bit <X^ev^ Cit) a fot) bcpattemnitSoie fcf)ÎHi grât Ooftcrbiîgcofîc(i(a femme bcfuutrc pourcÇuffec bc6l[)mre6*CCatfii:ctqcr)pcubetcp6q()curcta(fcj pour faire feurl)0))agc»ètre6cÇiirçctctfcr5f(^Î5i^ nrc6 furfagrantiumct.quifftoitGicf) a re(iimciti3 bc cmq cêe cÇargce t>c pau) (i c6au6 frrfcÇc [i fafee* ï>c "ÙM) lie faifo)?ciit point be p2cuifioi>putt^ tout ncrct (a grât lumcut fa tcf?c 'ï>cïe (ce part lee bocci^ 6ciif : î boiiucrent a OarguJitua ïinr î)ergc pour (a toucOcr:raqucrree(îoitcômc\)iig graiitmaôbe na uire^2lu regaro bc ç^tàt Oofier (i ÔurcmelTe if^ p:! ôieiit c(}afcut) i)ug graJit rocÇicr (ur feur f e(?e pour mSfïrcrfcuipuj/fauceauro)? tlrtul^q^àt if^|'eroj>^t cr)foj;ropaufmcCainfiqucfcurtuioit côffilfcOt^cr ùt) a fot) bcpartf fuct )bc(quc(y rocfiieve \)0U6 02rc^ pacfrrpfu6aprûn;c»;fl)p(îoirf*

€E^o/nmcnt ifj fc mif62eut a cÇcmif) <Bt bee fûiefî? bc cÇampaignc*

Tint afaict (lïcint (Doficr dfacompav

^ -^^^1 gnie q^ font arriiic; a BômC'(i bc (a fot

ISl' ^^1 Xicnu}cn ciffeniiugue^eî) fou);>cc:<Bt1ûu

paye be £o2rauic:et be fa grunt cÇapai

y gneiou if p auoit pour ce (cpe (abc grâe

6op6:(Z bc ccCCuf tempe fa66uf opct Cce^tâefoiefl} iZat iifai((ûit pdffcr par tcÔane^jQuant Ta grunt lumcnt futbc'^àe iee fo2r jl^ jbc cÇûpaiçiie fce mou^ ct^cejcpiinbzcntaiapicquctducuCCat^ittcmmctit q auoit fa queue bc bcuç>ccn6 62cîf|e6»^t greffe a faÔuenat:(c p2nit a efmoucÇer:(i aioie'^oueeufjic^ îeu tô6t r jee groe cÇcfnce menu c^mc a,vc^(e:(}, tât cdtmuafaDictebcfïeqifupbemoura ar62e beèout qtoutncfu\ituc^tctt€:ct<iiitâtct)fifiet}Ca6caiit^ cc'Xiit il p2cf eut ny a nuf Bopeict fontcôf rainct^ ice gêe bu pape be eu f^) chauffer be feu rre OH bccÇaufjî mc^vis t Oargantua qui (upuoit fqb tumc t : (i ncCa pouoit arrcflcf fc mi(î îfigecot bc Bope ou petit 02^ teiC q pcfoit pfue bcbcuç) ccne fiurCe^Oargatua fc trûuua6rcccctfcp2mtacfocÇei:cr)bifantafei;pc^ re (i mete q il' fc làoufoit repofer^ 2i(o26 (et) oiTttent au riuaigc bc U mer ou a p2efent ef! (c mont famrt n]ic(}cr*âl}uat grunt go fier (tçarcmeiTe (lOargun^? tua fuvctdii riuaigebe la mer i(} furet 6ict}c{6a^ye bcîeoir tàt beaue.2iro26 grunt Ôofier bcmanêa Ce cficmir) pour a((ct et) fa gr5t 62etaignc ou fc tcnoit ffKopartueietorjfupbifiqiffeurcûucnoit puffci; famcrfir^)>ftowfo|.^ctafrpr.i[c pcn6at COargcitua pcfoit for) petit 02teirii y mcitoiî îne tante q nefloit pae monie fougue be trope toifee (i effoit fab tante fe6ûutbûgcfoct3ier bunepetiteparroiffcq'efJottfa aup2e6:buqiiefcfocÇierifer)auoitof?cfa crOîfceott f f?oit fc coq:car effc tuy cuft faict maf a fa pfapc a caufc bc6 a oifon6:(Xnc mifî guierce fa pfapc a ef?rc gueric^^t note? q if faiffoit quatre ccneanUice te

toiffc poiiv foire fa SanMu^it petit oitciCfavf bc m}' quartier iu|?cmêt ^Cariffauoit 1)ngpcu cnffe a eau fc bu mal qiufp auoit eu paraiiant»

BjCoieqfccurftfeegce l)u pape qif^ e(?oj>ct an riuaigc tjoue cuffic^ tant Îku i)emr bc gc6 î)c toiitC(5 pure pour Tes 13coir q ecfloit 'une eÇo;; fcîîic|?ima6rc bôt entre toutee nations quip ^im b:fntrcL^l3:ctoncfeiir firent 6eaueoupbemuf> <Bt beuc; fcûiion q ce quU) po2topent fur leur teflee if} fe mirent t)a6jfe6\)nirei) que po:toit fagrant im ment fur fopipuiefenuorerctpaillrcparmvfcefa^ 6c6:uomme6on6mcfnagierc ferrèrent 6iej) feur iJugaige» <;T)ai6nefceurentfi Bien faire ne garder leur V'itaiflc que er) peu M)eureTiouG ncuffie; îeu cee i5:etÔ6 a ^tourbe ces rocHiere cacBee be prnr queoi)ncrc6\>eif?:{îauecqL>gri3t^ coiifteauf^ fung couppoit "une grant pièce be Venaifon Tantre Tmc gro/fc pièce betîeuf tant pY)int>2ent be fo^eq grât gofier (ce appercnit»£o26 lura q fe if; namenSoré t ccquei('ru)?ano)>entbefro6e que ifx niunaerovrnt toutes fe6Î)aclk6bcreurpapi$.;CeY)0)^ant (œ6:c'. tonGif;reiir6ailTerentbeu,v>niirre\)acl)e6 pourrc; côpêfe/fanc fce îieauf^"^ qu I ne furent pae bu conte* 2lDoncgrant gofier iGafemerrebirent queir;gar 5crovvnt6ieijquepfu6nr feuffent befio6et> par (c rnopc be6bcuç> rocinere/ 'îft afore febif grat gofiei: et(3afenicrrcp2inb:eîitclHifcunre frenfur Cn tefrc ainfi que Ice auoré t appoitci bo:iêt*^î pinG fe nn^ renî cj; fa mer bifant que qiidtiC; en auiovêf affai^ rcquifcepourropftauffilJicif) n(Cct quenr comme

tCCc3 auoytt \j02tc}* ^t (\nât çvmt ^ofittfut affc} iiiiaiitiimiilic(icr)fiitCatmcbc Carnet (cqucito^ ci)ict a piefcntcfi appdCc (c mot fainct <^}ici)ci\'^t miflCcôit<itant^ofict(dpomctccontvcmont:ctk pme pioiiuet pat p(uficut6mic^cCct}^Btcft iVCi ro cÇicr ttcfSict) garDc bc prcfcfit au no^ic rop bc ^fià ce comme %:a^c6 tcùcqucô p2ecicu(c6.<OaCcmc((c Î)auroitmctticre('icr)côtrcmai6graiitv5o|tcrbi(t qucCCc net) fctoit tm (i que ttTe failYoït poitct plus aiiantpêfantaùv^ mcfmcequc tc(pouttoit'p:avy §:c (nni^qmncp2î^ioitpa6(auîtc OaCcmclïcfifl (c commdnÔcmcnt/i Ce poîta pfue foiag* ^îcfi ic^ dittoc^ietbep:cfcni appcCCc ti3Bcfauic* Tipice fci) font rctourfic6rc6bcuç>pfoiïnaigc60uiroîit trou/" ucOarqantua qm fe garboit q ke Sictàe ne 6cfon gm/fcjit a fa perte côme aiiftrcjfope auopêt faicU ^£iommcnt fcpeicct (amctebc Oat^ ^antnamoutntêt buiK fieSutc et com^ mentOatqantua cmpoita (ce cfocÇcG be nofltc bamc bc vatie^ =^'Pic6quegratgoficr(î (oafemcCCc finît A^l \5cf îu; be porter Tes beu5> roc|)icr6: liicut j pa/it iBricficiirccôtimicfaqucÛ'c fi trcf^î

rcntpfaurtcbuncpurgatior)*Paiqnoi)gaigatua fc CM)?5a bcfcfpcrec car if fc arracÇa Cce cÇciicu^(i fc grato it fa tciie^J\( fvappoit bu pic ptrc tcrrc/if fc be toîbottCceèiaôXcfloitnKvuciîCebubuciCqCbemc^ noit,pui6f6buciCpaffa^(uy'fouumtqCauoitou)^ Utc que Pane cfloit Ca p(ue grant îiife bu mon§c

^ u

i((uv ptinicmiic ^cy a(Cct dn îf appcfoita firoir d}o\c^.^ iioiîiiclïf 6 (dmc foi icmic6 çce. £oîe ifmô^ fu fin fil grîit iiiincnt j fc mif? a clkmir) qiult if fut pjccilYcmîjîapicÔjcnnovHipaifîrcfa mmft piiiB ïinruticrfî; ralnffe ctfcafra uffcoir fur \ine bce toiire-îtr iioflcc bamc-maie fco ui^ce i'iiy pç^oycnt iii\C}ea)(iitim€}:€^cfcmcct rajartioit fce doctes te Cane a puie bc ùwtve '^fi'punt a G^âflcr (ce br u^> qui foiJtfnfdgroffc four fcfqaflTce.fôt tfimce (ce pùw gioffce bc i^race .7i(^ôc "i^o^eujJiCy îku \)aut (ce panfile toue a fti foikff cj (c rcçarbopct d fc moc^ qifopêtbf ce q iTcftoit fiQrduCoîs pciifaq if crnpo! trroit CC6 bcuç> d'ocfic 6 > q iftV 6 prC:oit au co(hc ja iiutifritdnifi que ifduoif \)cubc6 fonHcttf^tiucof br6mu(c6*2(doJic fcnparf jfce fiMpo:tc/q fnrrnt marne ce fimt (ceparificne Ciitiic fcicc ne fa((oit po]nî'))fcï contre (n}\€o2efc mirent et) coiifnf.rt fut bit qucfon Vioit (c fuppl'ici q if (ce appo:tu|î et nnfîenlViirepfacceouifreeaiioit piinfeaetqucif ffiHirfriff fane pfuereueuir/et fupbôuerenf tro^>c CCU6 6eufi 1 bf M^"' cent? »nout56 pour fbn bifner ce^ rtcco:5a OiirQciutuupuiefcr) aflufeb Cjatc^âtiia furreriuaigebe(\iuierboiitiref?o!t lL)enU(i ro26rc coftiiiieufiifonbueifiquatifueTicit point fon père f f f«t jMcrr fii ou iC(ce cnwit fuiffe; nwie^ Ciir c^er; rij)qiffrctiuotf foutef?oitîeuupoinTcrccoiifo;fct fequerreonuoif faictrMterrer»itc$if Cf)cfii)VMit(i (OaranutuiufiiphifT/ietebe eôfo2teprut=: pourfu iuoirbeto^perr(7inrre'earrï' (cea>f> fiUct e/iterrcr ct)cc (icii (ii*iioi6 bifi OarQiîfua qui efue T^oui^fj

ainfi paifcô/bifl (î>ctCti) iefim ceCùiy qui c^maSa a tôt) pcïc que if "ùint parhcca pour te picfcntct au îi\op attne^J^cabift (Oiir^untnacffc'boueqauc} tiort}<^cï(it)OuybijhC{i pomtat bifpojctoypoiit tci) "vaut auecmoy Cl) Cil (n<int dictcaqm fcruirfe l\op^2iXo26bi\i Oargantua firc (^ciCit) ic fuie a l^oue^ycô pitic bu pouure o^pÇcfit)/ puie hifl O^et Cit) îa quctit ta mmcntct pajfctàe (a met cat i(cfi C)cutc bc pattir^Oarcjatua fifï fot) cômaiï5emeut(X auicuu fabictr lumcntpicebu riuaigcbc fa »ïcr fa qucCù:cutpcuïbcondc6et)fo:t€(\neot) (euftouyc rouffci bcbix> ficuç) pui6 fe piinta faiiCtct rurr et comit*<X>ct(u)'ï>oyàt que OargStua îcuroitaf? fer ap2(6 ùiy bi(î que if fa fuiffafî affcr (i qffe affoit et) fCan^2C6 et que (a'ôictc tumcnt efîoit cÇauCSi et pourroit cflre courjerfcbc 6eau(^ pouCaine b5f fce fCamane amoyWbc (a taffe^ que 1)nc tiuftrc foj>6 tapourrortrccouurfr»Ot}ai6tât)>futfa6iumctqG rcfif?poufaÎ6 j poufaiince pointât faicfie;qbej?ccf fc f \)cmi fe U01Î) bee giune iumc6 bc 'fCan^ice. CConuneiît <X}c\(ii)mcna Oargaiitua a;fagi\mt 6:cf(Hgne.

p.'f 6 fa perte bc Ca çi,rant lumcf <^>ern>i fifî i^efiîrYiiir nue q po2f cl fup(ï Oatqa^ \iia fui CcSoit hc Tvi jner p:c6 iToubrec* iToreïbiffCPctfina Cargtîfuci.fumdfê 6m6 icp î ic trav ^rre ff 6ûf) Kop artiie fequeffe fr ra ç^nuit cÇerc (i te brfnjrcra îna boj) qui mouft fr pCaiia.'Bt uoiirtaiir ne ferefïifc §r ne») q i( te c^mâ bc n5feiaricbi(î (Oai^antnajicfctavtout 'ùoftic

25 m

Ijowfoit^^tfoze fei) îa Ob^crfii; q faCaa (c Koj> pute bifï Crc|pui|fcwif p2incc lamauw: îîig pcrfonncu^; gcei; "ûouftrcpa)>6lcqiJcrc|îaffqpiii|fâtpour bcf^ faire iimcttrc affit) tou6 Vio> cjmwiipe fif^ cftoycnt affcmï)ù}ct)\)ii(ioii:'i pÇuebe cent miffc Çomince î)ar;n:6 i)imimîaigc,i)cabi|l (e Uop comment c(î Upoffi6rc/mopquiuptâtbe"5airfan6 gêebc gucr^^ tciappcrÔubcDÇ) êataiitce ccfîe fcpmaiiic pa/fcc* ^irc bi(î <^errif) a ccfîc fope fcut monflrcre^ que if ttc 'Dûue boi6ucm pae \)cmt "ucoir bc fi p^ee/ 2lb5c rcl^op(ifc0fngricur6i4 6aroii6aucc (^crfir) mon tentacÇcuaC»'6ttâto|?OJittrouuc Ocirgatuciqui fc p2omciioit bout fc Rop et fce 6aroii6 furent fo2t cfmcruciffee be fa groffcur (i Çauftcur. to2e fc ro)> fc fafua (i Oargantua fup rcnbit fot) fafut cômc a tcrp2nîccappcirtenoit:ctrc Hopfu)? hcmanSa foi) iu)iî),5>irc bc foo ne i)oii6 fonciee car if cfî pour fc beffen62c et) guette ptrc for) ÇÔme, €t gargatua feur rcfpon5i(îq fif pcr) auoit trente miffiômee q if ne fup fcropent rjeneraSôc Cuj? bif? fc Uop q fif îiou foit affercô6atre cotre fetfOoe^T Of)ago6 fcfqncf^ fupfaifopct guerre que iffat)iiïcroitbe Cimce(i (u^ Baifferoitgaigee (i éoucÇeacourt* £026 Ce mercia Oiirçïantua x bijt q fof) fu)? f ifî tjne maffc bc fer bc foi$>atepico;bcf(5g:iqpjrrc6outcfrc fciift gro/fc c5mc fe Tôcntre be 13ne tinc* £026 cômâ'Sa te V{or> 5 fenc^crcÇa/Jebcefourgeronepourccfairc 2tufuc p(u6 fc t\op (up bijî ^ ec6 O06 et (^agoe c(!opcnt fo!6 1 pmjjàe (i ^^îf; efîopct arme); be pierre be tai^ iic (z q ifcr) auoit î)ng q ef!oitfor) p2ifonnitr ttqC Cup

faifoyt peut quât iTfc vc%atdoit£o26 bif? Ocirga^ tua.èire îoue pfaifî ilquc ic ic Çoperct fc l%o>> bifï queou)?:(i ciinopa qucnr fcDit pnfonmct c5mc îJifî cfî^^etquâtOargatituafcîcitfcij?* ^irc îoufc^ îoueq fcp2i|otinici' ne îioi' 6 face pfnepciir* £026 î)i(ï Ce Kop faictce ce que "Soue îoul'^rce* <Bt fouf;; 6ai>)<;Otirgautuap2intre6itp2i|oiniicr par fe cofi? fctctfcgcttabcuanttouefce jèaronefitrcfÇauff q (on ne fepounoit îeoir puie tô^a tout moit auffi ftoifJcqfi{mctomfi\fltom6cc fut (uy* pme bi(î vôarçanfna^^tre ne ciatgnce net) pfue ccfluy uy car lïne Tioue fera pCua bc peur* ri=^g : 2i maffuc fujr tanî ofr fai'ctc par fa fciccc bc || ^j Oi)exùt) tcCquciCtuy faiffoit et et) 62icffufî lir^S.lanienfebc8un6Încgirttc()arretfccoirimc of)faictînc pièce bartifrcririct picfcntceasôargî! tuafequetïap2int6ier)feçicrfmfnt(î nira ^cucint tous fc6 affiffene queiatiiaie ne ficuroit ne mcn($c roi'tqucfce (]?06ct COa(^06 mu ff eut tous fcntuq pefoit fa maffc que iftffioitff) famaii)* 2lbôcîint îngpofîepar fe commanÇfnicntbu Hop artue q fc mena au camp bc6 (Soect OPaçoô^îfce nii5f?ra auSitdDargantua.bifantficffafce traiflrce éo6 et OPaçoe qui nuyt et tour noue Ticufent br fîrui^ tc*<Bt tout fou5ait) (rargantna fc fourre er) fa Sa^ taif6rcomme15ngroupc»^1)ng troupeau be 62e6i^ fcapant be fa maffuc fa et fn criât "Cnic fc 6or) Uoy artuercar ic^ouo môfîrerar Ccffcnce que fur <iuc6 faictc^£e6 CfoeetCDagoeîopant que ifefroitpi.< requcînggratbpa6fepoure«f^nef»i>fcauopcn(

J5 tui

que faire fo26 tcnhc (c boeict bnnanSojocrit mctc^ O^aiGif nauoit piticbe iml^ quct) quii) feuffcnt» iï^026^mt frtrmcc bu ro)? artue q fifi fe pillaigc^^Bt <Dat5autua rcîonrnaa i^onbzee par hcucte k rop ^t C^crf»; fcur conta le caeibôt ù ropfutfo2t ioj>jj cufj) bc fc6 5crt«6*£o26 commaiiSalc Uo)? b2c/fcr rc6ta6rc(5pour Oargatuaict commanda faire t'ce feu^bciopccr)racitepourfa'6ictoirequirauoitcô^ tre fee ennemie fee Ooe et <X>aç{06*£oi6 fe a/fifï <Dargantua a taBrei^z a cfîe affie p2e(entement,<6t pour entrée hcta^ù iuyfiit ferwp fee lamBone bc quatre cène pourceau fj) falïe^ifane fee anÔouiffee ct6ou6m6:ct beî)an6(or)potaigeracÇair be bcu^ ccii0neure6:(i quatre cène pani6:bCt\nigcljafcur) pefoitcmquaiucriurc6:(iracl3airbebfuç)CC6 6fuf^ qtae.bontiC aiioit mcn^c (c6 tripprebe feutrée be tad(c^<Btncbou6tc}pa6que(c Uàc?iouct fa ou ot) (uy fraucÇoit fa ci)air ne feuft merueiffcufe met 6u grantrcarifpouoitinen tenir belfuefeb tracÇoucr fa cÇaubetrore ou be quatre 6ciif::^^i)>auoitfi^()ô nito qui »ic ce/fo}Ynt be trancljcr la c!)air befjue fe^ $ict trancÇoucr et mettre par quarttereiet cïjafcur} quartier bcBeufncfupmontoît que "r^ngmo2ceau: <6t (\iu\ttc pni/fane Çommec qui fane ceffer a c^aj cur;mo2ceauqutfmangeoitru^iccîo):^entcj)afcuf) "Sncgiabcparcrecbemoufîaibe ei; fa go2ge:(î pour fabfffcrtcfiipferuct qnattctonncttcishc pommée ciiyttcoxt t)cut b:\> tomieauf^'^ bc ci^ic a cau(c quif ne tkuuoit point be îif)*

fcA;omment€>argantua fut ÇaBiffc be

(a fi-rcc bu i^oj) arfue* ^^^^ï^^^^iPice que U6 îaôCce futcnt Ccucce (T que \l^^^^<C>atq,antuamfipnn6 fa vefectiot) fc^

|jp^T^4^i9''*^r^»ï'^'ï^ iioï) pue comme fout în^ !|^^^jt(î6bcgarf(iîi6 mai6 en tfcoutant (ce ^^^^^ -^ édite paroffee et Çonfieftee leuf^ (i bC'^ lafee bu Kopct bce pimcce qui fa a/fi(ïopent/2( quo)>ii'p2caoitpfut>bcpratficce»it miffc fope quif nefaFfoita6o)):cîieamcîigcr+ iTeroj? '\^o\\\ntc\nc ç,ïdcc6 cfîopciit t:eu5ac6 ;i ac^cnzce bc birc if maii 6ij qucrir foi) gcatmatflrc bijofîcr et fup cofuman^î 5a que iffifl faire fcsÇaSilTcmcebcrmrecbc Oar^ gâtua iquiffu (if fou m)) bc cÇcmifcfZbe tous <xuù très 1)c|îemcfi6^it026 bijt fe maifîrc bÇo(ïcf q ^mfi feroitiffaict puiequciriup pfaîfott fe cômafibcu puiefutfeueparfccommaiibcmciitbuôictgraut mailîrebÇoIïcfÇuptceueaufiicebetorffcpourfai re15uec()emifeau5ict <ùciïq,aina/cttcnt pourfaiV rcfeecouffoiieet) foitebe Cdïïcîmi^/kfqnd} (ont micfouB^feôc/Jcffee*

CEPour faire for) pourpomtfutfeucfcpt ccneanî nc6 bc fatn;ino)>tic crafnopfi et mo>^tic taufîie/^t trcte bcn^ auùxte (i btmf quartier bc "Dcfoure îcct pour faire ta 6o26eure bu5ict pourpoints Cnpour faire bcecÇauffca au^ict (oax^atua fut <id)a\>tcbzu'$cteauînte'^t\Cinîattitttïo>;>e(\uav^ ticre T bcmp 'C0cu^ fcbiappicr* flPourfaircfcfa^cbcriurecfutfeueneufcceauf nce, i bcms> quattict/moftit rouge (i iauîwu CPour faire fa 6o26ure fut acÇaptCtf5>:c)*aufnc6

hc Refonte ttamo^fi:mo^tic rouge (i moitié lauù ne ainfi comme c\lbict par hcuanU Cpour faire (imâtcau fut (cucquin}e ccneauù nc6 î)ng carticr (i bcmy bc biap m ftcmenU €Lpom faite fee fouficre fut acÇuptccÇr^ tcecon ropcur6a>i(|uantcpeaurç)beîtvÇe(ibcmyc* CL Pour faire (ce courropee a (ce fermer fu t ccÇap te beuç> boujiaince be peaur$)bc "veau lufîeuicnt» fLPourcarrefcrfcfb fouffierefut ac^apte c^cuf^ (ce tancu^ Ce cuyi be trente fi$) I5cuf}* Crpour faire for) Bonnet a fa coquar6e fut Chiii'Ce au èonnctier bcuf^ ceno quintau j> bc Came bcu^ Ci^ wrceet bempeet^ng quart mf?cmcnt, CE^Oï) pCumatt pcfoil Bict) cent tvoye fiuree îng quarterof) (ibauantaïae» CI<i3argantuaauoit1i)ngfi$nctbo2eï;) îmgbe (ce bop6*2(uquerauoittroj?6cc6niarc6bo2 biç^oncce (ibeu^bcmer6{ibem)> (ipauoitfmg ruBi^encfiaf^ f e bédane Ce^ict ftgnct qui cfîoit merueiffcufcnicr 6ict) cfïtme:(i pefoit ccntttcntt fiurce (i beuipe* CHitu regarô be monteure quop quot) en bpc/ rf ref fufabtet)p2end2eacaufeque ilafloit 6ier) apieÔ; (areI)trcntepa6IffaIfoItautantbc c§fmit)q 1)ng pofîeeufîfccu fairea quatce c^cuauc^cce auec^e îngBoncÇeuaf»

d^omment (f^argantua rcmercpa Opcrfirjafecrct.

aP^ee ^ fee ÇaÔiffcmene furet paracÇeuc^ (i que (Batqantua fe'ïteit et) ce point atomnc(i îef?u bcfeefumpfeurç» ^a^iStcmene ifre/femBloit

au paof) cj fakt Caronc^caviC tnift (ce beii^ main» (mc€ebcu^€0uftc}ct)(ap2cfmcc bii$ot) lAoyat^ tue ctbctou6(c6ç^cntiï}ï)ûmmc6(} noèCce 6arÔ6 (i affifîaiie t)c fa court qui ta cfioytnt pfcne^'Monc licD gutgâtua cjîat cffcue fur cce beu^ pie^} if fc tc^ garôa bung fier couraigc cr) faifant beuç> ou trope toure be fa tc(îe/pui6 bifî:6of) faict croire fc confcif bun^ p2u§cjit (Z faigc Comme tcf comme ccCCuy te monfcigiieurè^^crrir):car6icr)mcbif?ccqucie1i)Oj> mamtciirtt quiiut if bift q ne rctfufa/fc et) tit Ce Coi) l\op artu6/car pour 'DJig fimpic fcruicc que (uy ap faictbauoirbcftm)>t^(i^amcu^ Cce go6(; mugoe: ifmatatapmcqïmtJb5nccc6 fumptucu^ ^adit}: b5ticfui6jfb2ttcnu afup^i^oiebififc Uojartuea Operfif)»^Çeram)?nou6 rcgur5ô6 gargatua qcft 6iî aife befîrc nc:(i bit tiu 6ic te îoue bc fa court* Parquop if me fcm6fcq iffcroitCof^q îoue affic^ 15oU6 fîtoiifîrcrbeiiaiit fiip îcoir (if fera ceq ifbict: pme bifl mcrrir)»éire if fera pfue fo2t tni((e fope» 2l§onc OÇerfir) fet) t)a bcuat (]5argantua*<6t quat vDargatuaappcrceut<^frfir)iflDtnt îere fup (ifc fafua»pui6 Ôb}crfir) beman§a (\ueÇ(e cÇcrc (icômr iffepo2toit«<^tgargatuaqut cltoit gap/ rcfpon6 cj trcf6icfepo2toit/ctfurceif(ep2i»it a rire fitreffo2t (ibefigraiitaffcctiorj:pourfaçcntiffcf|cbc fapcr^ fon)ie (i be fumour q if auoit a (^crfit) (i au roy> ^t^ tue ^ or) fctc6oitnrebefcptficue6(i bempe> 2ïp2eo t)i|îOargantua»écigncur'0Perfii)/iamai6 65me neut autant be 6icj) au monde come ict) ap pat î)o^ fîremopci)parquopieiJou6 rcmcrcpe.

£ ii

l)ole)i6op6Ct 31rf(in§op6*

maufumfcfoitunc cSuimta awfcut) piiii;? ce grant feiçneut on auftrc poui; înc if ci) arment biç>*2im|î fil tif au Koy> 2lrtu6 quant liVut çufire contre fc6 dE oe (X <Ç(igo6/cat fce ^ofcn^oy^e (i^lr^ (cti^o^eq(uyc\hfU triButairce fe reuoftercnt et quâtrcrop2(ttu6rcurman6ott qucnrfee bcmciô ouap§c(iconfo2tt)cgenfbarmc6/if^faifoî>êtbuc5 trrtirc^parquo j) fup lDO]î>at fot) Co») côfcir(i Ta pwtf fcnicc bcC^argatuo/concfuS^fcut cnuopcr am6<if^ faî!c(i fi9'"f'"^"ï^> f"P etîffrnta rcnÔ2e fc tn6ut bc cuiq anncee/et mettre fcure IDiÛee cÇaffcaufç) entre fc6 maine/ii q feur toj> fcîint rcn52c pjifou:? mer a fa court pour et) faite influe tcffe q lic raifoi): itec 'Jlrfan^opeçi i3oic6op60uirctfam6affa§e/bc Caqucfrcncfcfïrent^mocquer/(ibirct q if> efîopêt bcu^natiô6/(Xquei(^fetien62opent fifoie qfc roj> bc fa grant 62etaigne ne feur feroit rieneet bc ffen^ Sirct au^am^afjademe hetiot) pfuepatferbu top 2lrtU6 fur peine be tenir pîifoj)*

^jLomment (ce am^affa^cme firent feur rapo2t/(i be fa p2cporatror) ^c guerre* —1 <S6 am6affa$cur6 hu rop 2irtu6 "iJot^^t [fafoffcre(pôncebc6'3|rfan6op6(i^ofê J$op6 fe font mie furmcr pour tirer îcre

i iron§2C6 ou efîoit ferop 2(rtu6* 31^? ^*^^ eu 6oi)îent/ctontfo2t6ici[) e^ppfoicte/tant quif^p

arriuercnt par îngfunSp mati>)/(ifc jt^ûpcf) fccut

(cenouueÇCe6Xc(\iîcCCceman^a incontinat îcttir patbcmt6fuyct}(ixc?iami>2c,£luantil}fmcntcn tve}i(}(cfaù\etcntcotnincit)fcauoycnt^ict)faivef il€Uo)f> (eut tenait (cm [aiiitci) (cm hcman^ant (^m((c6noum((c6 U\o})po2topU jioie rcfpôôirêt (ceamdajja^cmequcice J\t(im^oy6(i îjo(î^o^6 totiûïcmcnt cfloycnt fce cnncmyect que i(} ncpii^ foyhiicnefapu\ffonccSctoy(cm\)nnan\)adcm auc}'èou6pav(cic(apmfJcincctic a^xix^àtuai (ii(} tefponditcnt <\uc noi) i comôiet) que i( (cm et) fouuc noitaffc'y/maieacaufc hc (tm ou(îtccuyX>ancc ne (ce auone îoufu? aêuertii be (cm pioufjit^ Hc rop fcur bifï queccfîoit 6ici; faict/(4 cce paroKce fmece fc rop fifî affcmOret: (or) coiifci fpoui bcû6cicr be fa gucric/uuqrfut uppeffe <i}cifir)/ct pfuficuie auf;? trc6:etfut côcfu$ qucdSargantua picmioit ^cnf^ Sarmee ce que ifCup pfairoit fouC^ foj) enfeignei et q O^erfir) fee conÇupzoit (i Baifreroitconfnfa (I5ar gantuaumfiqueifauoitbecoufîumc* <L:^ommentOt?crrit) compta a dSurgantua q

iffu^fciiffoit faire Ta guerre cÔtrcfce J^ttati^

dopectfytcndoye*

"^iDyàt <X}ctiit) (a concfufiorjbu cÔfei(bu 63 ro)>2trtu6CÔmecerfuj> q îeuftû:p2of?

Ifit be (ot) maififre iffcr) c\i icnu a <^atçâ

tuactdiy a hit*€^ar^âtua (cm} (a mdii) (i faictee fcrmét au Uop be (e ferutr et) cevtamc guette mou^ uee entre fup fc6 3]rfâ5op6 (X Çofê5o)?6. i^026 gat gantuaquîeffoitbucoPebcuererefofeifquiePort cÇauft et pénétrant/ lûa (cuct(amaintout au(at^

£ iii

REV. DES ET. RABELAISIENNES. VIII.

0cct)fo2tc(|ueffefaîfoitî)cmpcricuc (ibcmp quati tàli2ctouta(<itù^c\u\lcmH:(ic\ioiti€ foffirfurfe pointbcmi6p/(i quant (Gargantua eut faictfe fcif meat/iCpna <^ct{u) q if fup bonnajî coufcif: (X que oc foiccauoit <(ffe}:(i(\ue et) 62icf if tu)? moiijlreroit fouuraigcqifjcauoit faite be (a ma(Jue:pui6fup bijiO^crfirjigargatiiairtefaurt mener auccquee top bcu5>mifte gommée feu flcmcnt: qui feront fc pUlaigc quant tu auraegaigne fa 6ataiffc:et fai^ cÇce que tu pienôiae fcur rop p2ifonnicr/ fequcf tu uDmcneraeauÎAop artu6/(ite6pfu6apparê6 ^c\a court/et reebetienepiifonmere lufquee ace ca\o)) et) aitfaict piefent au 6or) rop attue* iioie bi|r gar gantua/commêtpaffcionenouôramer^puiebifi mcrfirj^'Je i)0U6 paffcrap et)l)ng tefnauirc au no*^ paffafmce a îcnir bc fa petite 62etaigtie et) (a gra^j $e*^t62icf fut af[em6feerarmecet enuopec furfc po2tbefamer»pui6 OÇcrfiljfïfîîcnir înc gro/fc nuecnoûe/(ief)^ngmou«ementfijrent tou6 paf^? fe} fa Ijaufte mcr:(xfe trouuerent tous ceu(^ be far^ mcc/fauf O^erftr) q fer) retourna a fa courtbu îivop artu6*2t5onc quant ^at^antua îeit fee gène p2C6 bcfupifncfutpointef6a5p:mai6feiirbi(î'mc6en^ fane attente} moy> icp et) ce fieuicar le îcuf^ affet Seoir fi fee po2tc6 be ceffe îiffe font 6iet) fcrmec6:(Z fcaHOir cotnmceCCc fappeffeicar noue fommee et) pa^ be c^uefle*'^tonc <ôatçantua piint fa maf^ fue fut for) efpauffe*^t fet) îa îere fa îiffe ou if contraîng ^ommc arme /tequeflàoufoit monter ac5euaf/etfupbift/2tquicetu/ct qui cfttoi) maU

ftret2(55cf9ommc(ïrmefi|irc fîgnc ticCa <roiç> et) bifaiit/^Smicmp ictc comme* £oî6(iatqantiid Ce 'p2nU(;rcmi(îer)î)»ig comg bc (a giôcffiere: et fcjj (iffa Sers fe6 po2tC6 biccftc f)tiïe ou if tf cuiia 6ea« coup be menu peupfc/bout if ne tint côte/(î fc6 faifl? fa couru: et) (a "Diftc (Z fcrmcrent fce po2te6 (i founc^ têt fcecfocÇce pour alfcmSfcr toute fa commune: faqucQc fut mcàîmcnt fut (ce muraiffce pour ^cU tet bc6 picrrce contre (S)at^âtua:mai6 ticne ne fce î)ou6toit.\ibcuajittou6 fe a((a affeoir fur fungbes 6oufreucr6bcfa1)irre:iifcurbcmau§a c5mc auoit non} (a 'diÛc/(i a qui cfle efioitSoie fup Uxent que cffc cfioit au kop birrau§c/et c^ucCÇe fappeffoit Ùc;; 6ourf»)*2t6onc iemâ^a %axq,atvi<x fi fcur rop cfïoit Cf)fa1)ine:etif^birentquc bup;ct a6oJic Oargan^ tua fcur bifî (\ue i^ Cuy> aiïa\]ent btre que if fattcn^ 6oit fuj> (X toutcfa pui/fancc pour fccomCatrc me lier p2ifonnter au Kop 2(rtU6*

CiLommcntfcUopîDirfanSc^ ^ofeSc fo2^

iitcm<\cenQ gommée barmce pour combatte

(bai^anina*

|9i»Tfiq«c<5argatuapatfoit aaç)Citoj> |w; eneifcUop birfôSefoititpar %nzfanî^, g;!cc po2te (ectette auecquee cinq cens ^5

v^mee Siet) armcj/et ^Mient pour affaif

ftï gargàturt q cfîoit affié fur fe 6ouCeuatt:(t quant çavi^âtua Ces lôeit îcnir a(enconttehe fuj> ifpaff a ouftre fa 6arrtcrc bcSSe fe 6outcuatt:(ifcp2Ît ao«^ •iirir fa gucuffc/e») fe mocquautbc ft peu be gce ^ iC^ c{iopct*2t§oncc§afcutr^ regarSoit^ bifoj>êt qc»

£ ttii

fîoitÇfigbiaBfe cati( aaoit Ca qicuCCc fendue be quatre Biacce^pme c^afcw) fe piit <\ tirer ar6afic fle6(iatC6c6trc gargatîia:(i fc dopant COargdtua foitCe^ietcmlthu doukucttct fane frapper au feu cou\)hcfamafJiic(eep2intadc(ice main6(i et) tm pfîfï towtk f56 'te ces cÇauffce* ^t îïic partie mifï cj; fa faute "(ie ces manc^ce/puee fej) retouinaîcre cce ge»i6 qui fatteiiSopcut au 8o2t bc fa mer et fc« t SatÏÏa fecp2ifbiinicr6 a garder b5t if^ furet monft io)>cuf$)befa6effep2iufequc anoii faictfeur capiV taluc gargantuo* d^ommeiit gargantwa Xsemanda anç> \>ii\on niexe \i fe Uo)> cfîoit er; frur compagnie*

ï>ant<3ar(Tantnafu(ï15enu5e6aiffer kU<xxmoixc?ie a faînffe be te6our(ïi) (f f fîott fa tiiffe capitaffe bu ropaufme (i q 1 if eutp2t6 pdi^itme piifômcre rf fee ap porta et) (a f 3tc be <ïc6 ttiàc^em ai\ foutJ be ces cÇauffcô (i fee fifï e5pter par cee gêf^armeô (Z fcf)troHuaaufi582ebctro^6 dis d neuf (i îngqui tfioittt\oit^n'\ilt\iûtpttqanùitfa\ct(k)at(^Kmtua et) ces C0au/fe6 fr auoi't fe pouurc pnfonuier fa tcf?c toutefêSuetTfaeernenfecfpaôuebe ce coup be 62011 6ietcarifpetoitfiru5emetqbut)^tq (bitoitbe fot) CO2pôifenfaifoit15erfertn)pôc5arretec0befoittg(i hxine Çefl^eei)faifottntquf52C qiiatte niofine a1)ct* j2D2 Cai^^e^ fe pet (Z fÇJf ne m^ït(i reuenôe au trope cc6(rneîif(|furêtc3tc6(itterrogac6 ei>ceftemanfo repargargatua»£)2fame6p2if(5m'er6ftiou6\)o« fi^faufucr îûfîrc '\>\c'(iicte6 Utoj) et) generaf (i îo^

çcncta(q iïn\>cfloitpoint:ct(\(cfîoitcfcf)appe pat Ijnc petite me c\itoictc ccjloitmiiffcei)'ïHK petite maifor) iSdffe et) titant IJere fa cuvant rmîci-e* C^omineut '^ato^antna fc bifpofabc afCct QaiCÇct farawnc ct)Xa 13iffe bc rcBourfir):^! bes trcfuee qui furent fatctee^

<Bn^cmait} au poithu iom fe bifpofa Oav^ ^antua be 6ai(Cet (af(au(t a (a ^iffc he ÎAc; &om{it)pCu6fo2tK]patl)enantpomfcauoit {i Ce Roy fo2tiroit c^me iCauoit la faict Ca picmietc foyeaCcàmâda a fee $C6 q i(} garSiffcnt 6ie (ce piVy forimer0''(i pimt \a niaffue a fot) coi(i fct) affa acou §er fmCce minaiHkehc (a^iùchç tcBourfifj^âDuat ûr6 ajjifiàe fe îcirêt 15cnir if^ Ca((ctcnt bive au rop: feilf fup enuoya 13ng meffaigc pour fup birc qf Cu^ pfcufî bc fup éaîffcr trcfuce (\uin}e iomeii} qf fup fc toit bcfiurcr be (a'ûiikbeu^ nauivce cÇargece be Çarac ftayeKibcu^âecacqueebc macquercaufip faCCc} (X fa moufîar^e pour fee ma^ev.a quop fe aCi? COî0a <Dargatua^par amfi q fe rop pparcroit foç) ar ftieebcÇae fee quinze icute et q fup mcfmeô affifîCi? toit au c^M aucc toute fa puifjancc feqf dppouitc mcntfutainfic^du^ (zp:efenteauî5 çatçâtua(c6 beu^nauitee chargées beÇarencfrapô et fee bcu^ CÎ6 cac^6 be macqteau(^ faCfc} et*^^+6ariffcè pCai liée be moufîar§e*^c5opat <5at^antua q if cfïoit 6ii appoi/foimeifcnuopaa feegcfôarmceîtîebce nauïrcebeÇarauî; frapefcuffcmêt amcqucebcv^ cacqebcmoufïarSc (icccp fup fut fernt? a fa taQCc

3D

^cuat fil po2fc^f faÎMCfc aîiigbffiniufr parî»^ ùin^y maui) entre frpt (i fjiiyt Çcnrc6.2<p:c6 q gur^J Qantuacut^cfuunci(ciitcnuyct)c^o:mit(ifci)aù ia a îiig (\ucixi be ficiic î)c {a îiffe c r)înc Çaffcc \i\ccoi\c^iXtt fe cnSoimit.^tufcnnebefaîifrc fu^ notent 13eu cnf>oimyk\(\m(}(t)^\xU fcrapoîtitôt it'fiitbitprtrfccojifcifqucir^re j^rofcnt ciffuiffir fa n\\)H et qmf^ (c nicropcrit cnÔû2nip»<£t quat if^ fu^ rct iin (ku \Ï} cmbopct bcualïcr {a Vidlff r (i if^ tum^; 6opctbeba6t'ag«culTe: bcCdrgafuaqbozmoit fa gucuffc ouucrtc:(i )> tii6crct beuç> Cf ii6 a cinq iu^C'^ inciit,*î5t qiiar Oargaiif ua fut efuciffc iTf ut grat |oif(Kciufebccc6Miacqucrfuufç>(afff^qfuuoitm? gcaf uffa a (a nuierc pour 6oirc (i 6cut te ffcrtif nt qf inifiruôictcrminc \x\ccSoi6 ff6CitO)?ce q cfîopct to»i6f^fr)fa gufulïc furent touL>norf6« , ^;;Comnicnt fc iUop birfunbc (i Ooflrnbc fc p2f pa^^ ra(i(i/ffui6ra for; o|t pour rcfiffa- côfrc gavgafua* ^Stç^s^- i0pairtrclÀo^'lDirrtin6c(i l;^oiïfn6c5 iCnauoit guerre bctrefue6Ufi|]birigc;; /^[cc bc /nauDcr pur tout for; pape bc Çofc^ ^M. bc et bc 'Jtraubc que tout 6cin et arrière 6iu;fu|tp2c(tbeîienir tifa Bonne în fie bc Ue6o«r^ fu;fe trop^icfmciûur te <.^)u)? procfiainemetit îc^ iiiMit:et que cfiufcunfu fi frmieufji^ en point pour fc beffenbrequif lercitpoijriGfe.cTtint fij? kV<oy(\uc Ci) peu be tempe if eut a |u court bcu\"> cenemiffc 65 mee Bien equippe; be ce q feur eftoit necf fjuire pour fcfaictbe fa gncrre»<6t quant fcl\0)?fe\icit fi6ict) i:côpaigncct hc fi 6one gcnfbarmce (i dict) c\) point

n^ccptc bc artiCCcticiCav ci) tc((uy tcpe it nay c^oit fcpe ifucrjcf^oit point irmarT6aparîmgt)crauft|a Ôargâtuacimcftoitauccquccceegcnefur rf6o2t bc ia mer a faxu grant cficrcq if îint a (a cÇ)ampaH qMc (I (jnc k î^op futtm§oitaucc 6effc côpagfiic^rt que fifuc \5moi( 6icj) toft que if k "DrcnSîoit "ûcoir^ £oi6 Otirgantua fut 6tri) aifc-- ctbifî au Çcrau (t q tf ne piint pas fa pcMie et que iCfcBctroit pfuetofl q lie fup fcroit 6c(biiig a tât fepart fc fierciuft: puis î)tfI»Ô(îrgâtuaa ces gcnt^q quant ifÇucÇeroit il if^ înenfiffent pour fane Ce pinatge.iEoie ^ay îa Coad gâtua a fannee fa greffe maffucfiir fon eof.ctquât iffutpîeeifrcgarSa que tout fc pape :f?oitprair) et anovcnt f<\ict bce attgnie pour fe faire tom6cr*iCf 1)o^at iffc appiocfia p:c6:^î if^ lup UxctopU "bcc^ ffr^ c6e6 tant ne fc îeoit pas con5ur2c*2(6onc p:mt fil ma^uc<i\>cu^ marne :i\cc\moncÇ)cbccactMa anffi fermement q faict îjng fpoi; quant if x>imi fa p20)>e et et) peu bc tcpe if en tua cent miffc beu^ cce cth\^iu^cmlt:(i'^m<^ qui faifopctre6mo2Gfou6? fee auftrc6:et an mcilTieu "^z (armcccfioit (c î^o)? (t cinquante graiiôfeigneurebe fa rourt qui mo)>cnt miff rico:5e«iro26 hanan'^a (ôaxt^antua : qui cffee Çou6etir^rffpon5irentqucccfloitrcl\Oî>(ifc6 6a; rone^npavL^.7i^otKCcu\:c5manda<:ôar^antua^ if;nc Bougeafffnt.^qTfeprnucrott p2ifonnier6au ÎAor artuô aiiccquce (ce auftreij pour en faire a fa Îonfente*£o26 0argatuafep2mtaf(fffcrcnpauf fne a fee gène (cfqiicC} cfloycnt au riuaige hc (a met atrop6pctitc6fieue6bera»iro:6incontinentquir;

3D II

on^îcnt fait eapitamcOcîrgciufna qui fifïïoit et) paufmcif^fauanccrétbcaftcrfcsrnjMCdf if; fca^ uopct6icf) que itTceappcffcroît pour faire (c piffui çc^ceg^cnequicfloyctmoieict quanti(}futcnt fa ctquci^ycawitdict) tout piiïc^Oatqantua p:tnt Cc6 cinquantcpiifonmctô et (c6m\^ict)3nc bcnt ctmfcqui(auoiU<Bi)(a^hcntacufcauoit "ancien bcpaufmc pont cfQ(itvc(c\^it}p2ifonmcr6i^miflic Uoytc^àefa qiScfficïr.piiiefont^cnu} au num gcbc fa met (a ou if; ont ttônuc îc fcigucur <^^ctUt) qui fcertttcii^oît a'%m\t^1ioieOi)ctÇ\\)^i^ fcenv^ cÇuntmiciie comme if auottfcccouflumcictnicon^ tmaut quif; furent fain iC} furent toue trrtJifmie a racourtbuUoj^cirtUB/faouôarçatuafifîprefcnt an no6rcUo)>artu6 bee beffufDict^piijonnicre <S( f f?o^ent pzefcne toue fee 6arou6 bc fa court bu6ict Ko^artusq furent mouftiopeur^/(Z fupfaifopcnt grant donneur et citant rcuercnce (z p2ifo)?ctit èeau coupùifoice etpuifftuicebcOcirganfua*

CliTomment (f (irgantucnnifî 5ng gcnnt en fa qideffictc* ^ .^|£^2Cî quant (]fargatua(îOperPi»)(Z foute fôt^ larmcc furentarriue^afa comt>)u^oy ■^'^$\\2iïtneet fiure^ feepzifonnicreifc 62upt ^7 Jfnt par toute (a^ike queif jxiuoitîmg grant qauûitbou.;ecoH$ee6beÇaurtcje(?oit pour fouf?enir (a partie beedroe (i 0K)ago6^:£equcrou if paffoit ifbf (îrupfoit tout Ce paye (Z X^eman^oitnon iirncebc (Gargantua ^ifant quffîoufoit com^a^; tre contre Tup tt îenger fc meurtre quif anoxifaict

xiufdit} goe et maçoe:(i et) fhtCcBîuyt fiçtant quit îmt tufquce au^ oiciCCce be (3(itç^atua:Ccquc( fut 6ict)ayfct>couyî pat:ferbc(apm/fance:(zbifï que fi k^it ^cant 3ou(oit (tmn fe Ûop attueqiCCuf 0atf Cctoit (a mo^tic be fce gaigce que if auoit bu îRoj> 2trtu6*jl^026(l5arga))tuap2mtfamaffucctfef)îa îcoirortefïoit fcgcautquinc/îoit que acinqpctU tee (icuce bciLon(>2C6 ou ifauoit afficç^e 15ng cÇa^î flcauct auoit iatont t>cfim^t k 'BttTatgc*:â§onc quant <S>at(x,antua Ce 15eit iffe faCua/(i (edict qcant Ce regarda et Cu)f> bi(l: cefî top queie cÇercÇc iamaie tu nctctoutnetaehont tu'èieneimaiemaintenât feront îengce lire $06 et inago6*2l6onc fe géant q auoit Ca'ïfcue Baffe pzuitînc gro/fe maffue be 6o^e (i cup^oit frapper (éargâtua.et if frappa long gros cÇcfne*2iro26gar$antua re15ap2cn52e et fup pùa fee raine et) îa fomie et manière ^ (ot) pfierort '^nc bou^ainebcfguiTrcttee et fe mi(?ef) fa gi6f/fiere et fe po2ta tout mo2ta fa court buKop artue* C<St ainfï '\>cfc{mt<^aïa,at\tua au feruîce Xiu î^op 2(rtu6 fcfpace tieheu^cetie atxe tropemopeet+mû iour6tu(teHient*pui6futpo2tect)faicrie par gai>) fa p?}ce/et<^eCu\\txeiauecquee piufieure auCtxes Écfqud^ p font be p2cfent*

CEa)mfiiptfafa6fcî)c Ccflc piefentc Çpfîoirc

^t ctonicc{uc bc iÔat^antua* CI<Bt picmictcmmt* ^{!lommcnt<^ctCit)futa]>pe(Cepîincc\>c6ni(^to mancicjiôacaufebcsgrcifiemeruciffcô faifoit* CliC^ment C^crfcj; bcmanSa côgic baffer cr) ozict pour faire grant (ôofiet(i^aÇemcC(c<\tti cfîopmt fc père et fa mcrebccèargantuo* C^Commefit Qct:Cit) fifî fa grat mment pour poî;; ter (c pcre et di merc bc C»argarttua. CLC^ment grant «loo fier (iCDaremcffc cngctiSre^ rent <Dargan^ua:(t be fcuf aucc buSict <5argatua* CCôftient grant goficr (i gafcmeflfe (i gargautua furent c5ercÇer<.1^errit):ct continent fa grat ûinict d^atit(cGfoîefl^\i€C^ampai(inc(ibc (a6eau(ce et) fo\> cfmouc^antbe fa (\ucue* €E:Commcnt gargautua (Z for) pcre et fa mcre arri iirrêt au po2t be fa mer p2C6 Ce mont §amct micÇcf et fc mcfcÇief que fenr firent fee 62eton6* Clîî^^mcnt fee 62ef one BaiTferent a gargâtiia et a for) pf rc (la fa merc gr3t n362e be lîacfice (i îcaufj) pour Ce Catcit) quiC} (eut avoycnt faict* C[;Commentrepcre(zfamerebeQargan(uapo2tc rentrcmojitfainctCpicÇef et t56efaineou if;font bc p2cfcnt«.

^^iômcntCcpctcctCa mcrebegarganfua mouru rcnt:ftbubueifqnefi(îfepouuregargantua* C]^ommfntgargantuafci)afra a parie pour paf fer fonbucif* ^■£ôtmt i( piint fcc ^cii^cCocf)c6 be nof?re l>ame

île paiiepomCte pcn^ic aa CoCbc fa^vat iumciiU ^uàmcnticô pati\icn6 iïpzmît q uif (ee tani]l cr) (cure places ottctTe font bc p2cfentcc q fifî iV^Kt gurçautiki moyennant^ ^c(icuna(\(}(uyfitaiU CEèôi/ictgtiigâîua fci; retourna au mont famct Ct)icl)cl\; cômciit <\}ciùi) (appurnt a (u^ (; femmes ua a ta court bu i-^op^îirtue pour fcrmrfcèictKop* C!;^o/jmifJitçargantwabcjfi|îfc0 9O6ct<^)a$o6 be (a nTaffuc.«6t cornet feSit gargantua f i(î (op p2C micrrcpuGa facourt bwro)?2(rtu6 et fut ferup hc pl'ufurure met} et hc (ceaSiffetiicne bc fiurcc» Cl ;Cô/ncjitgargatuafilî guerre auç>§olVen$op6 cfJirranèopeMicoMicntif^rujD OailTcrentbcu^ua^ uircepfaineebcÇaruucfrapeet tropeBarricques beinacquereaurç)farfe^pour for) beficunct poura^ woir ttcfiic6,<Bt ciment fcu^ozmit i<x ^onc^c ou uerterni tomSa trope de hcQ cttop^e tt) fa gucuftc» Ç[£Iômeutrf gaignafa^ataiCrcct m\\\ k Uopci) fagi6e/fierc/ctîjnggrat n^^Jttt grane feigneurô quifini(îer)p2ifor)cr)fabcntcreufe* €E/C5mcnt gargautua retourna a fa court bu rop artu6(ifupfi:fîp2efcntbe6p2ifonmer6(;buKopbc lÔoffcnSc et te %ïï<\n^e^

^t^JLàmentQ,atg,antuaaiU\ compatit contïc'\>n^ geant^^t comment leSictgargatua fuppfcia fes rame et fc mi|î e\) fa gi6cf[ierc*

fH^^finiffcnt Cce ^roni'equcebu gtaiit et puifi

faut ^Cimt,(&arQantua/contcnât fa gcneafo^

gic/iEa grandeur (i foicc be fot} coipe^^ufi'

fi (eemtmeiCCcu^ faict^battnee quif

fifipout fcno6t^cKoj>arttt6/Cat

contre fee ©ce et ^agoe/quc

a faicÔttc bu Uo j> 5Dirfatt

§c et ^cfan5c.:2(ucc(|ue6

ùe metuciffee be O^er

ft»)* f!louuei!fcment

3mp2imee6 2i

RABELAIS ET FLAUBERT.

Le tome II des Œuvres complètes de Flaubert, qui vient de paraître chez l'éditeur Conard, renferme une lettre adressée, le 29 octobre i838, par Gustave Flaubert à son ami Ernest Chevalier et inédite jusqu'ici. Flaubert n'avait en i838 que dix-sept ans, et il avait déjà commencé la lec- ture du Gargantua et du Pantagruel.

... A peine sorti du lit, dit Flaubert, j"ai repris la lecture de ce bon Rabelais que j'avais un peu négligé depuis quelque temps, mais j'ai continué avec un nouveau plaisir et je touche à la fin. Je te recommande le chapitre il est question de Me Gaster. Mon Rabelais est tout bourré de notes et commen- taires philosophiques, philologiques, bacchiques, etc.

Malgré le jeune âge du commentateur, ce volume pou- vait présenter quelque intérêt. J'en ai entretenu M. Conard au moment il se rendait à Antibes, habite l'héri- tière de Flaubert. Il a bien voulu compulser le livre, mais il n'y a trouvé que des passages soulignés, sans aucune annotation. D'après lui, les notes et commentaires aux- quels Flaubert fait allusion dans sa lettre doivent avoir été écrits sur des feuillets détachés, qu'il pense pouvoir retrouver lorsqu'il aura été mis en possession des papiers du célèbre écrivain. Il fera connaître à la Société le résul- tat de ses recherches. L'intéressant article que M. H. Patry a publié dans la Revue sur Rabelais et Flaubert^ se trou- vera ainsi complété.

A ce propos, il me semble intéressant de rappeler ici la suite de la lettre de Flaubert à Ernest Chevalier du i3 sep- tembre i838, dont M. Patry n'a cité qu'une partie.

Je lis toujours Rabelais, dit Flaubert, et j'y ai adjoint I. Voir Revue des Etudes rabelaisiennes, 1904, p. 27.

94 RABELAIS ET FLAUBERT.

Montaigne. Je me propose de faire plus tard sur ces deux hommes une étude spéciale de philosophie et de littérature.

A ce passage reproduit par M. Patry, Flaubert ajoute ces quelques lignes, son pessimisme se fait déjà jour :

C'est, selon moi, un point d'où est parti la littérature et l'esprit français.

Vraiment je n'estime profondément que deux hommes, Rabe- lais et Byron, les deux seuls qui aient écrit dans l'intention de nuire au genre humain et de lui rire à la face. Quelle immense position que celle d'un homme ainsi placé devant le monde !

Il semble que Flaubert n'ait vu dans Rabelais qu'un contempteur de l'humanité. Il a rectifié son jugement lorsqu'il a dit en parlant du roman de Rabelais, dans l'étude qu'il paraît avoir écrite un an plus tard, en iSBg :

Œuvre unique... parce qu'elle est à elle seule l'expression d'un siècle, d'une époque..., immense sarcasme sur ce passé hideux du moyen âge qui palpitait encore au xvi^ siècle et dont le xvie siècle avait horreur lui-même.

Quand Flaubert dit qu'il estime Rabelais parce qu'il a eu l'intention de nuire au genre humain, il est manifeste qu'il veut parler du genre humain déforme par le moyen âge, et non de Thommc en tant qu'homme.

Lionel Laroze.

LE « PANTAGRUEL » ET LES PROTESTANTS. UN TÉMOIGNAGE INCONNU DE i352.

On sait avec quelle curiosité les fervents de Rabelais ont toujours souhaité de voir éclaircir la question de ses rapports avec la Réforme et avec les Réformés. En atten- dant que l'étude d'ensemble qui s'impose sur cette matière puisse être écrite, je puis produire un précieux témoi- gnage qui n'a jamais été introduit dans le débat et qui offre ce grand intérêt d'être contemporain de Rabelais et de l'apparition du Quart-Livre complet. Il se rencontre dans Le Triomphe de Vérité sont monstre^ infinis maux, commis soub\ la tyrannie de V Antéchrist fil:[ de perdition, Tiré d'un Autheur nommé Mapheus Vegeus et mis en vers. Par Pierre Du Val, humble membre de TEglise de Jesus-Christ. || Ipsum audite. Veraces, ac fidèles, inter mortales desierunt. Psal. 12. Omnes homi- nes mendaces sunt. Psal. 116. Quorum os loquitur vani- tatem. Psal. 144. || i552. S. /., pet. in-8 de 182 ff.

Ce curieux volume, probablement publié à Londres, est une satire protestante de la société française. Son auteur a été étudié par notre confrère M. Emile Picot dans un ouvrage intitulé : Théâtre mystique de Pierre Du Val et des libertins spirituels de Rouen au XVI'^ siècle, publié avec une introduction (Paris, in-80, D. Morgand, 1882). Pierre Du Val quitta la France pour cause de reli- gion et se réfugia en Angleterre un peu avant i552. Son poème est dédié à l'Église française de Londres :

Pierre du Val à l'Eglise françoyse Servante à Dieu, à Londre en Angleterre, Par la faveur et grâce très courtoise D'un Chrestien Roy désire paix en terre.

Cet ardent écrivain réformé critique dans Le Triomphe

96 LE « PANTAGRUEL » ET LES PROTESTANTS.

de Vérité^ et de la manière la plus âpre, toutes les classes, conditions, dignités, professions qui existaient alors dans la société de notre pays. La Vérité est censée les visiter les unes après les autres : chassée successivement par les médecins, les apothicaires, chirurgiens, barbiers et sem- blables, elle s'en va aux imprimeurs et traite en ces termes des livres qu'ils impriment :

Si ne sont pas les imprimeurs sans crime

Veu que pour gain un chacun d'eux imprime

Livres lascifz, puans, ordz et ineptes,

Remplis d'erreurs, de fables et sornettes,

D'impiété, d'infameté et rage.

Comme entendras par leur subtil ouvrage :

D'un Amadis, d'un Flammette et Pamphile,

D'un Fierabras, d'un sot Ecatomphile,

D'un Olivier, un Oger, d'un Fourmon,

lehan de Paris, des quattre filz Aymon,

Mille et Amy, Regnaut de Montaubon (sic)

Et d'un Merlin, autant faux que Laban,

D'un Melusine, d'un Romant de la Rose,

D'un Peregrin, qui a besoing de glose,

Des actes preux du grand Roy Charlemaigne,

Des vaillans fais d'un Arthus de Bretaigne,

Les grans hazardz d'un Pierre de Provence,

Pantagruel qui entre tous s'advance,

Et tant et plus d'autres sottes histoires,

Ramentevans incredibles victoires :

Combien que soyent des mensonges très amples.

Mais le pis est sont mauvais exemples.

De meurtres grans, rapines, convoitises.

D'impiété et toutes paillardises;

n'apprent on qu'orgueil, vengeance et ire,

A décevoir par beau parler et dire.

Et mille maux que je ne compte pas.

Voilà donc un texte décisif à joindre à ceux que nous apportent les œuvres de Calvin, de H. Estienne, les registres de Genève, etc., et qui paraît encore plus expli- cite. Pantagruel est considéré par Pierre Du Val comme

LE « PANTAGRUEL » ET LES PROTESTANTS. 97

le livre le plus mauvais, le plus dangereux, le plus con- damnable de son temps, comme celui qui, entre tous les ouvrages lascifs, ineptes, faux ou impies, « s'advance » au premier rang. Et ce jugement est daté de i352. Ce texte figurera désormais, en une place toute spéciale, parmi les mentions les plus anciennes et les plus caractéristiques du Pantagj'uel. Ajoutons qu'il apporte en même temps une énumération curieuse des lectures de nos pères au xvi« siècle. Catholiques et protestants militants s'entendent, vers i55o, pour réprouver au premier chef les idées du Pantagruel. Il faudra tenir compte de tout cela pour l'étude du V^ livre et de son authenticité.

Abel Lefranc.

REV. DES ET. RABELAISIENNES. Vlll.

COMPTES-RENDUS

N. Martin - DrpoNT. François Rabelais. Paris, Albin Michel, 1910, In-80, xi-332 pages, avec reproductions.

Nous avons évoqué à plus d'une reprise le souvenir de l'in- téressant groupement des « Amis et admirateurs de Rabelais » qui, de 1886 à 1892, réunit un certain nombre de fervents du Maître et contribua pour sa part à entretenir, dans plusieurs provinces, d'activés sympathies rabelaisiennes. Une mention toute particulière est due à son dévoué fondateur, M. Audiger, qui fut l'âme des divers congrès qui se tinrent, durant ces années, à Tours et deux fois à Chinon. Parmi les auteurs de communications faites à ces réunions figure plusieurs fois le nom de M. N. Martin-Dupont : sur les idées de R. touchant la politique, sur R. moraliste, sur la femme dans le panta- gruélisme. Demeuré depuis, malgré la dispersion de la Société, un ardent « Ami et admirateur de Rabelais » et devenu notre confrère, M. Martin-Dupont a songé à publier le résultat de ses réflexions sur l'auteur du Pantagruel. Son volume com- prend dix chapitres : la vie, l'écrivain, l'artiste, le politique, la morale, R. et la femme, le moine, la religion de R., le méde- cin, l'alchimie. Un épilogue nous fait connaître ce que quelques contemporains ont pensé de R. : Budé, Calvin, Th. de Bèze, les Sainte-Marthe, de Thou, Van Dale. L'auteur nous donne ensuite l'opinion de La Bruyère, celle de Fontenelle et celle de Voltaire. Il définit, pour finir, « l'âme de R. ». M. M.-D. a joint à son ouvrage plusieurs portraits de notre écrivain, dont celui du musée de Châteauroux, diverses vues anciennes de Chinon et de bonnes reproductions des photographies de C. Peigné de Tours, mises en circulation au moment du pre- mier congrès des « Amis de Rabelais », tenu à Chinon le i3 juin 1886. On s'étonne que le rabelaisant enthousiaste qu'est M. M.-D. n'ait pas cherché à se mettre au courant des récents travaux publiés sur l'auteur qu'il étudie. Il n'a guère tenu de compte des recherches accumulées depuis une vingtaine d'an- nées sur la biographie, le commentaire et l'explication de

COMPTES-RENDUS. 99

l'œuvre'. Son livre, écrit con amore, est trop resté ce qu'il aurait pu être au temps se tenaient les réunions rabelai- siennes que nous venons d'évoquer. Quoi qu'il en soit, sa fer- veur rabelaisienne est méritoire ; elle vaut d'être signalée à nos confrères. On peut en juger par cette touchante confes- sion (p. 2) : « Pour moi, depuis que j'ai l'âge d'homme, le Gar- gantua et le Pantagruel ont été mon livre de chevet, et je puis dire que dans tous les hasards de la vie, dans les luttes de la pensée, crises de la volonté, au plus fort de la bataille pour l'existence, alors que, las, j'allais m'abandonner peut-être à une désespérance stérile et lâche, la lecture de ce livre m'a tenu le cœur et l'esprit haut; d'où je puis regarder, non point avec l'indifférence du jouisseur ou du sceptique, mais confiant et serein, les contingences et accidents de la vie : « certaine « gaîté d'esprit confite en mépris des choses fortuites ! » L.

Charles Beaulieux. Catalogue de la Réserve XVI" siècle ( 1 5oi-i54o) de la bibliothèque de l'Université de Paris. Paris, H. Champion, 1910. In-8°. 8 fr.

M. Charles Beaulieux, bibliothécaire à la Sorbonne, nous donne dans ce catalogue un excellent instrument de recherches et de travail. La Réserve xvie siècle de la bibliothèque de l'Uni- versité de Paris comprend 1,200 ouvrages; toutes les sciences y sont représentées; elle nous offre une idée exacte de ce qu'était la « librairie » d'un humaniste du xvi^ siècle, d'un Budé ou d'un Rabelais. A la description de ces 1,200 ouvrages sont jointes dix-neuf reproductions de marques typographiques, une liste des imprimeurs et libraires figurant dans le catalogue, une liste des personnages mentionnés dans les notes manus- crites et quelques commentaires sur ces notes; L'ouvrage de M. Beaulieux se recommande à tous ceux qu'intéresse l'étude de l'humanisme à l'époque de Rabelais. J. Plattard.

I. Les sept volumes de la R. E. R., les études ou ouvrages publiés dans ces dernières années sur les sources de R., sur R. anatomiste et physiologiste, sur les voyages de Pantagruel, sur la topographie rabelaisienne, sur la « querelle des femmes », sur le V" livre, etc., n'ont pas été utilisés. Il faudrait aussi plus de préci- sion : p. 9, l'acte de partage est de i5o5 (anc. style) et non de i525; le père de R. n'était pas apothicaire, etc.

CHRONIQUE.

Société des Études rabelaisiennes. Le Conseil de la Société s'est réuni le lo mars igio. Après avoir approuvé les nouvelles candidatures, il a discuté une intéressante pro- position de M. H. Grimàud sur l'utilité de placer une plaque commémorative à la Devinière, maison natale de Rabelais. M. Grimaud sera prié de représenter à la Société du Vieux- Chinon, dont il est membre, que le soin de poser cette plaque lui revient au premier chef et que, si elle veut bien s'en char- ger, la Société des Études rabelaisiennes sera heureuse de l'y aider pécuniairement. Le Conseil a ensuite tiré au sort les noms de ses membres sortants, conformément aux statuts. Ont été désignés : MM. Henry Grimaud, Lionel Laroze, Antoine Thomas, Maurice Tourneux; M. A. Maugeret étant décédé.

La Société a tenu son assemblée générale annuelle le 10 mars 1910, à cinq heures, dans l'École pratique des Hautes- Études, salle Gaston Paris, sous la présidence de M. Abel Lefranc.

M. Jacques Boulenger, secrétaire, lui a communiqué les noms des nouveaux candidats, qui ont été admis à l'unani- mité. La Société comptait l'an dernier 872 souscriptions. Elle a perdu 7 de ses membres par décès, radiations ou démis- sions. En revanche, elle a acquis 16 adhésions nouvelles, si bien qu'elle sert aujourd'hui ses publications à 38i sous- cripteurs.

M. Henri Clouzot, trésorier, a ensuite présenté les comptes de l'exercice 1909, qui se solde de la sorte :

Recettes.

En caisse au ie<" janvier 1909 573 4S

Produit des cotisations payées à la Société . . . 2,i5o »»

CHRONIQUE. 101

Produit des cotisations payées à M. Champion . 1,387 »»

Vente de collections 8 »»

Vente de publications 17 60

Intérêts du compte 4 »»

Don de la fondation Peyrat 5oo »»

4,640 o5

Dépenses.

Impression des numéros 3,36o 10

Tirages à part 247 60

Droits d'auteurs 266 25

Clichés et reproductions 164 80

Prospectus et convocations 72 o5

Affranchissement des fascicules 33i 60

Recouvrements et timbres 61 65

Frais de séances 25

Fournitures de bureau 10 10

Dépôt au Crédit lyonnais 100 go

4,640 o5 Ces chiffres, mis aux voix, sont approuvés à l'unanimité.

M. Abel Lefranc présente alors son rapport sur l'année qui vient de s'écouler. Il fait observer que, grâce à la libéralité d'une généreuse donatrice, nous avons pu en 1909 grossir le volume de notre Revue, ainsi que le nombre des clichés qui l'illustrent, c'est-à-dire publier plus de travaux sur Rabelais et faire avancer sensiblement nos études. Il serait regrettable que nous nous vissions forcés de restreindre notre publication en 1910, et en conséquence M. Lefranc, tout en se félicitant de constater que chaque année jusqu'ici le nombre des membres de la Société s'est régulièrement accru, engage chacun de nous à faire de son mieux pour procurer à la Société de nou- velles adhésions encore. Notre président récapitule ensuite les principaux articles publiés Tan passé et en fait ressortir les conclusions. Knhn il rappelle la mémoire de notre ancien vice-président et doyen M. A. Maugeret, dont nous avons

102 CHRONIQUE.

malheureusement à déplorer la perte depuis le i3 février dernier'.

L'assemblée procède à l'élection de cinq membres du Con- seil : MM, H. Grimaud,

Lionel Laroze, Antoine Thomas, Maurice Tourneux, membres sortants, sont réélus. M. Jean Plattard est élu.

Enfin l'assemblée écoute les communications fort intéres- santes de MM. Lionel Laroze sur Rabelais et Flaubert, Henri Clouzot sur 3/i3i/re Charles Charmoy, le commandant G. Pinet sur La grande salle de Navarre, et Abel Lefranc sur Chasse- neux et Rabelais, que nous reproduisons dans le présent fas- cicule ou reproduirons dans les prochains.

Le Conseil de la Société s'est réuni le 21 mars 1910 pour nommer son Bureau. Ont été élus : MM. Abel Lefranc, président,

Lionel Laroze, L.-G. Pélissier, vice-présidents, Jacques Boulenger, secrétaire, Louis LovioT, secrétaire-adjoint, Henri Clouzot, trésorier, [Maurice Du Bos, trésorier-adjoint.]

Notre bibliothèque. M. Pierre Dufay nous a remis : Pierre Dufay, Fernand Bournon f i SSy-KjogJiPans, H. Cham- pion, 1909, in-80, 29 pages, tiré à 100 exemplaires). M. Georges Beaurain : Le prieure d'Hornoy et son prieur au commence- ment du XF/« siècle, par Georges Beaurain (Amiens, impr. Yvert et Tellier, 1908, in-80, 42 p.; illustrations). M. Joseph Orsier : Joseph Orsier, Propos historiques et littéraires. La

1. M. Abel Lefranc se propose de consacrer une notice nécrolo- gique à cet érudit excellent dont il ne saurait oublier le rôle actif et dévoué lors de l'organisation de noire Société.

CHRONIQUE. . I03

moquerie savoyarde. Apologue en vers patois de la fin du XVh siècle et ses origines (Paris, H. Champion, 1910, in-S»,

28 p.).

Sont entrés par voie d'échange les périodiques suivants : L'Amateur d'autographes, année 1909. Modem language notes, année 1909. Bulletin du bibliophile, année 1909. Bulletin de la Société archéologique de Touraine, année 1909, fascicules I à III.

L'invention et la composition dans l'œuvre de Rabelais. Notre confrère M. Jean Plattard a soutenu en Sorbonne, le 19 janvier, ses thèses pour le doctorat ès lettres. Sa thèse com- plémentaire est V Édition critique du Quart Livre de i548, que nos lecteurs recevront avec le présent fascicule. Sa thèse principale est une étude sur V Invention et la composition dans l'œuvre de Rabelais. C'est le premier ouvrage sur Rabelais qui ait été soumis à l'examen de la Faculté depuis la fondation de notre Société : il a valu à son auteur le titre de docteur avec mention très honorable.

Nous avons noté pour nos lecteurs les remarques, conjec- tures et aperçus qui ont trouvé place dans cette soutenance. Le jury, présidé par M. le doyen Croiset, était composé, pour la thèse complémentaire, de MM. Roques, Brunot et Chamard; pour la thèse principale, de MM. Croiset, Lanson et Gazier. M. Roques, entre autres remarques, insiste sur l'assertion de Ménage, rapportée dans la note i de la page i de l'édition du Quart Livre. Ménage prétend avoir eu une édition séparée du prologue du Quart Livre en caractères gothiques. Son affirma- tion est nette; d'autre part, nous ne trouvons nulle autre men- tion de cette édition spéciale du Prologue : M. Roques émet cette hypothèse que peut-être Rabelais a voulu tâter l'opinion par un tirage à part du Prologue. Les caractères gothiques furent précisément employés pour l'impression des plaquettes, longtemps après qu'ils eurent été abandonnés pour les ouvrages plus considérables.

M. Brunot loue M. Plattard d'avoir étudié le travail du style chez Rabelais dans les corrections de i552 (p. 8-22), mais n'ad- met point ses conclusions. Les changements dans l'ordre des mots ne doivent pas être considérés comme une recherche d'archaïsme, mais comme un procédé commun à tous les

104 CHRONIQUE.

écrivains latinisants de l'époque, particulièrement en honneur dans l'école lyonnaise (voir Maurice Scève) que Rabelais a bien connue.

M. Chamard présente quelques observations sur la notation des variantes et signale quelques coquilles qui appellent un erratum.

M. le doyen Croiset demande des éclaircissements sur le chapitre de l'humanisme. Pourrait-on savoir jusqu'à quel point Rabelais connaissait le grec et le lisait? M. Plattard fait obser- ver qu'il est difficile de préciser ce point : en effet, la plu- part des fragments que Rabelais traduit des auteurs grecs avaient déjà été traduits en latin et Rabelais pouvait s'aider de ces traductions; en outre, il paraphrase plutôt qu'il ne tra- duit. M. le doyen Croiset insiste alors sur les rapports qu'il trouve entre la prose de Rabelais et celle de Platon. Rabelais, comme Platon, a un rythme de phrase très sûr; son style est une imitation du langage parlé, consciente, savante et artiste.

M. Lanson fait un mérite à M. Plattard de la précision de ses recherches et aussi de la discrétion et de la prudence avec lesquelles il les a présentées, « ne voulant jamais avoir l'air de savoir plus qu'il ne savait ». Peut-être même a-t-il poussé trop loin la modestie, en se refusant à utiliser tout ce qu'il savait? M. Lanson regrette que les sources antiques et les sources populaires masquent l'inspiration moderne, qui n'est pas popu- laire. Il y avait lieu d'examiner un passage de Cœlius Calca- gninus qui présente de grandes analogies avec le plan d'édu- cation de Gargantua. De même, l'art architectural de Thélème ne se rattacherait-il pas à une conception de l'architecture commune aux humanistes du temps? Malgré ces réserves, M. Lanson estime que le travail de M. Plattard deviendra désormais inséparable de l'œuvre de Rabelais pour ceux qui voudront étudisr cette œuvre.

M. Brunot, bien qu'il ait été convoqué pour le seul examen de la thèse complémentaire, tient à prendre part à la discus- sion de la thèse principale. Il loue M. Plattard de la connais- sance et de l'intelligence qu'il a de Rabelais et de son temps. Puis il redresse avec un soin minutieux, qui atteste l'intérêt qu'il a mis à lire cette thèse, un certain nombre d'inadver- tances, H corriger par un erratum. Il regrette que M. Plattard n'ait pas fait une place plus importante aux sources scriptu-

CHRONIQUE. I05

raires de Rabelais'. Il eût été bon d'étudier les parodies de la Bible, qui peut-être ont motivé les condamnations du livre par la Sorbonne. M. Plattard fait remarquer que la plus auda- cieuse de ces parodies, le Sitio des « Propos des bien yvres m, a été maintenue dans l'édition de 042, celle d'où ont disparu les plaisanteries irrévérencieuses sur la Sorbonne et les théo- logiens. M. Brunot fait observer en outre que la précision que Rabelais apporte dans son réalisme local est sans doute un procédé d'auteur pour éveiller la curiosité du public. Il insiste sur ce fait que l'humanisme qui faisait revenir les médecins aux pratiques des anciens a été un obstacle à la méthode d'expérimentation, qui commençait à s'introduire. Les progrès de la médecine sont venus des ignorants, comme A. Paré, qui, ne connaissant pas le latin, demandaient à l'expérience ce qu'ils ne pouvaient tirer des textes. M. Brunot termine en constatant que la valeur du travail de M. Plattard est d'un heureux augure pour l'édition de Rabelais à laquelle il col- labore.

M. Gazier critique le titre qui annonce de la rhétorique-. Sur les sources bibliques, il présente les mêmes observations que M. Brunot. Il fait observer que plusieurs des parodies de la Bible s'expliquent par l'habitude, fréquente dans les milieux cléricaux, de jouer avec le texte de l'Écriture. Pourtant, le Sitio des « Propos des bien yvres » risquait de conduire Rabelais au bûcher. Il note que les citations de la Bible dis- paraissent presque, à partir du Tiers Livre.

Telles sont les principales remarques auxquelles cette soute- nance a donné lieu. En somme, les réserves et les critiques du jury n'ont porté que sur des détails, sur des questions de composition ou de proportion. Sur la valeur littéraire, critique et documentaire de son ouvrage, M. Plattard n'a reçu que des éloges, et nous sommes particulièrement heureux de le noter ici, en attendant le compte-rendu critique et détaillé que la Revue publiera dans son prochain fascicule. J. B.

1. Nous publierons prochainement un article de M. Plattard sur Rabelais et ses sources scnpturaires et théologiques.

2. L'ouvrage de M. Plattard porte maintenant pour titre : L'Œuvre de Rabelais {sources, invention et composition). Paris, II. Champion, 1910.

I06 CHRONIQUE.

Rabelais docteur. Sans qu'on doive y attacher une importance exagérée, il est bon de remarquer que Pierre de Saint-Romuald, dans le passage cité par M. Lefranc(i?. É. /?., t. VII, p. 5o3), place le doctorat de Rabelais avant la bulle pro apostasia. H. C.

Talasman et haymachy (1. II, ch. ix). Notre confrère M. Paul Casanova, professeur au Collège de France, nous adresse l'intéressante lettre suivante :

Paris, 3o janvier 1910.

Vous avez bien voulu me faire parvenir les numéros de l'année 190g de la Revue des Etudes rabelaisiennes. Ils m'ont vivement intéressé. Voulez-vous me permettre de payer mon écot à la Revue en vous soumettant les observations suivantes sur un point de ma compétence :

Page 89, 1. 7 : « Lettres signées et escrites par les prestres de Turquie, qu'on nomme Talasmans, qui appellent ces lettres Hay- machy; ce brevet préservant celuy qui le porte à la guerre. »

Je ne partage pas l'opinion de M. C. Huart rapportée par l'auteur de l'article. A mon avis, les Talasmans sont les Daniclimends, prêtres (ou plus exactement étudiants en théologie et aspirants prêtres) de Turquie. On les appelle aussi softas et ils sont plus connus sous cette seconde dénomination. L'altération de danich- mend (littéralement : savant) se retrouve assez semblable chez les auteurs occidentaux et byzantins qui, parlant d'un prince turcoman de la famille dite des Danichmend, écrivent : (Guillaume de Tyr) Danisman, (Albert d'Aix) Doniman, (Cinnamus) Tavi(T[i.avioç. Je crois, d'ailleurs très volontiers, qu'ici la déformation de Vn en / (très fréquente par voie orale) est sous l'influence du mot : talisman.

Quant à haymachy, qu'il faut probablement lire haymail:[, c'est le mot arabe hamail (littéralement : choses qui se portent) et qui est consacré pour les amulettes, scapulaircs et autres que portent sur eux les Musulmans afin d'être protégés de tout malheur. C'est le mot couran'. en Turquie pour ces sortes de choses.

Sur danichmend, cf M. d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, II, 469, et sur hamail, cf. Ibid., V, 681.

Paul Casanova.

Alcofribas son bon facteur (1. I, ch. viii). A Lyon (ceci à l'appui de la note de M. Henri Clouzot), le mot facteur a été uniquement employé dans le sens d'homme de confiance chargé d'agir en l'absence du chef de maison. Il était souvent

CHRONIQUE. 107

muni de la procuration générale de son maître et en devenait généralement l'associé. Le mot de facteur implique toujours l'idée d'un employé supérieur, en général d'un niveau social égal à celui du maître. Jean-Baptiste Buysson, libraire, fut successivement le facteur, le petit-gendre et l'associé de Guil- laume Rouillé. Ceci bien entendu pour les xve et xvi^ siècles.

J. Baudrier.

Garasse et Rabelais. A l'appui de l'excellente note de M. Abel Lefranc publiée dans le dernier fascicule, nous ren- voyons à la lettre de Reneaume (vers 1620) publiée dans la Revue, t. IV, p. 80 : « Je n'ay peu trouver mon Rabelais en ma bibliothèque. Je ne sçay si mon [fils], trop imbu de phan- taisies jésuitiques, ne me l'a point ou faict brusler ou jette quelque part. » H. G.

MoNOUC, « EUNUQUE ». Un de nos confrères nous écrit :

A propos de Monouc, qui est savamment commenté dans le der- nier numéro de la Revue, permettez-moi de vous rapporter un sou- venir de voyage en Turkestan, oîi se parle le turc dzâgataï. Je rencontrais fréquemment à Boukhara un vieux marchand de bon- nets du bazar qui était un ami de notre drogman et que ce dernier mettait dans des rages folles en l'appelant Hadji-Menoiik, c'est-à-dire homosexuel. N'étant pas orientaliste, je n'insiste pas, mais c'est dans cette direction qu'il faudrait chercher.

Rabelais et Bussy-Rabutin. Dans le charmant livre qu'il a consacré à Bussy-Rabutin (Paris, Champion, 1909), M. Gérard- Gailly montre en Bussy un admirateur de Rabelais, dont il avait fait une de ses lectures favorites. Témoin ces trois lignes tracées sur une muraille de son château : « Curé de Meudon, ayant fait un livre qu'on n'estimait pas, parce qu'il était d'un savoir trop profond, composa cette folle et fine satire contre son siècle, qui eut ensuite un cours merveilleux et qui en aura toujours. »

Citons encore en passant l'inscription réservée à Montaigne : « Gentilhomme gascon qui, dans un livre intitulé les Essais, a mis tout le bon sens du monde » {op. cit., p. 343).

Portrait de Rabelais par Delacroix (1834). Le portrait

108 CHRONIQUE.

de Rabelais par E. Delacroix (1834), tout de convention comme la plupart des portraits historiques de l'époque, réédite de parfaite façon, avec une différence d'expression bien entendu, les traits de l'homme couché dans le célèbre tableau du Louvre Le Massacre de Scio, tableau qui, au Salon de 1824, porta, dit Théophile Gautier, au dernier degré d'exaspération les colères de l'école classique.

Quel était ce modèle dont deux fois en dix ans et pour des sujets si différents se servit Delacroix?

Certains remarquent une étrange affinité entre ces deux per- sonnages et le portrait de Petrus Borel.

Petrus Borel et Rabelais ! L'aimable railleur sous les traits du farouche lycanthrope ! Quel romantisme! Il serait curieux que Delacroix, qui se piquait de fréquenter le juste milieu, eût portraituré le bousingot dont les truculences émerveillaient l'atelier de Deveria et qui passait pour maître chez Louis Bou- langer. Si cette identification de personnages pouvait être faite, elle éclairerait d'un jour tout nouveau les rapports du Cénacle avec Delacroix. Chacun sait que si Delacroix a des- siné les costumes du drame A77iy Robsart, il ne garda pas moins vis-à-vis de Victor Hugo et son entourage une constante réserve et ne s'enrôla pas dans les bandes frénétiques aux soirs de Hernani. M. Du Bos.

La toile dont il est ici question fut achetée par l'État, qui en fit don à la commune de Chinon, elle décore aujour- d'hui le salon de l'hôtel de ville, nous écrit M. Henry Grimaud.

Il La figure souriante, l'auteur de Pantagruel est représenté assis au milieu d'un fouillis de livres. Traités avec une grande richesse de tons, les meubles et accessoires Renaissance se détachent d'un fond qui a malheureusement passé au noir. En i885, cette toile a figuré à Paris à l'exposition des œuvres d'Eugène Delacroix. »

Rabelais nom de ville. Pendant la Révolution, on chan- gea tous les noms de ville rappelant de près ou de loin l'an- cien régime; ainsi, Château-Chinon (Nièvre) s'appela Chinon- Moniagne; on supprimait ainsi le mot château qui offusquait les Jacobins.

Ce changement occasionna de nombreuses confusions pos-

CHRONIQUE. 109

taies entre la ville nivernaise Ghinon-Montagne et la cité touran- gelle restée Chinon tout court. Pour obvier à cet inconvénient, les édiles chinonais délibérèrent sur cette question le 7 floréal an II. La dénomination de Chinon-sur-Vienne fut adoptée par 7 voix contre 6 en faveur de Ghinon-Rabelais ; cette décision fut prise malgré un pompeux discours du citoyen Lemanceau, qui fit ressortir les avantages de cette appellation, le mot Chinon était accolé à celui du plus illustre de ses enfants.

H. G.

Rabelais et Boursault (1709). Notre confrère M. F. Bru- not veut bien nous communiquer l'intéressante note que l'on va lire :

La Robe de Rabelais est en si grande vénération à Montpellier qu'aucun médecin n'y est reçu qui ne la mette sept fois. Quelques étudians en médecine ayant fait des actions indignes d'eux furent cause que tous les privilèges de la Faculté furent abolis. Rabelais, qui étoit un des plus considérables Membres de ce Corps, vint à Paris et s'adressa au Suisse du Chancelier Duprat, à qui il parla latin. Le Suisse ayant fait venir un homme qui sçavoit cette langue, Rabelais luy parla Grec. Un autre qui entendoit le Grec ayant paru, il luy parla Hébreu. Par hazard, un professeur en langue hébraïque s'étant trouvé là, Rabelais luy parla en Arabe, et à un autre encore en Syriaque : de sorte qu'un tel homme ayant quelque chose de prodigieux, on courut en avertir le Chancelier qui, charmé de la harangue qu'il luy fit et de la science qu'il avoit, rétablit, à sa con- sidération, tous les privilèges qui avoient été abolis. Rabelais étoit de Chinon, petite ville de Touraine, et se fit cordelier au couvent de Fontenay-Ie-Comte, dans le Bas-Poitou, d'où il s'enfuit : ensuite de quoy il fut médecin à Montpellier, alla à Rome avec le cardinal de Lorraine et mourut curé de Meudon. Il avoit beaucoup d'esprit et de sçavoir, mais peu de religion : et quoique son livre soit estimé